Lot no. 70
ARMOIRE
Par Thomas HACHE (1664-1747)
Chambéry, vers 1690 et 1695
Noyer, ronce de noyer, bois teintés et au naturel, scagiola bleue
H. 218 cm, L. 144,5 cm, P. 55,5 cm
Fonds et pieds boules rapportés, restaurations d’entretien
Expert Mme Françoise Rouge
Cette armoire aux lignes droites ouvre par deux vantaux ornés d’un très riche décor en marqueterie composé de trois réserves de fleurs, rinceaux feuillagés et bouquets de fleurs dans un vase en marqueterie de bois teintés et au naturel et de scagiola bleue, sur fond de bois brûlé ou teinté et contre-fond de ronce de noyer. L’ensemble est cerné d’une frise formant feston noir et blanc. La corniche s’orne d’une frise avec un personnage à mi-corps tenant des rinceaux feuillagés et floraux surmontés d’une frise de dés bruns et clairs et d’une galerie de petits balustres en noyer. Les côtés de l’armoire sont simplement marquetés de filets clairs formant réserves géométriques sur placage de noyer. Elle repose sur six pieds boules.
Ce meuble d’une grande richesse est une réalisation de Thomas Hache, ébéniste grenoblois, fils aîné de Noël Hache, fondateur de la dynastie. D’après certaines hypothèses, Noël Hache aurait exprimé le voeu que son fils entre en apprentissage chez le meilleur ébéniste parisien de l’époque, Pierre Gole (1620-1685). Aucun document, connu à ce jour, n’atteste de lien entre les deux hommes. Cependant, compte tenu de la grande qualité des décors et des références iconographiques très nettes, il n’est pas impossible que Thomas ait fréquenté l’atelier de Pierre
Gole, tout comme il eut connaissance des créations d’André Charles Boulle. On retrouve ce même registre en feston ainsi que le personnage en corniche sur une armoire aux mascarons et l’armoire aux Pégases reproduites dans l’ouvrage par Pierre Rouge et Françoise Hache, Le Génie des Hache, p. 84-85 et 88-89 . Quant à la galerie, un seul autre modèle est répertorié dans le catalogue d’exposition, Quand les Hache meublaient Longpra, par Françoise Rouge et Pierre-François Dayot, p. 46-47. Notre armoire témoigne de toutes les influences que subit Thomas comme le décor si particulier de la scagliole, technique italienne destinée à imiter la marqueterie de pierres dures. Cette utilisation fut très rare en France. L’ornementation de marqueterie de fleurs, dites peintures en bois, s’inspirant des oeuvres de Jean-Baptiste Monnoyer (1635-1699) fournit aux ébénistes
parisiens, dont Pierre Gole, les modèles de fleurs traitées au naturel. Arabesques, Renommées, feuillages, lambrequins et feuilles d’acanthe déchiquetées proviennent du répertoire d’André-Charles Boulle (1642-1732) puisé lui-même dans les recueils d’ornemanistes comme Paul Androuet du Cerceau (1630-1710) ou Jean I Bérain (1640-1711). Amalgamant les influences, Thomas Hache affiche une explosion de couleurs et de motifs d’une richesse exubérante sur les vantaux des armoires qu’il réalisa pour une clientèle de hauts dignitaires locaux. Chaque meuble présente une particularité iconographique qui en fait une pièce unique.
Références bibliographiques
Pierre Rouge et Françoise Hache, Le Génie des Hache, Éd. Faton, Dijon, 2005
Françoise Rouge et Pierre-François Dayot, Quand les Hache meublaient Longpra, catalogue de
l’exposition au Château de Longpra, Saint-Geoire-en-Valdaine, du 10 juin au 26 septembre
2010, Éd. Glénat, 2010
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