Lot no. 148
ASTROLABE PLANISPHERIQUE COMPOSITE, NON SIGNE, NON DATE, ANDALOUSIE ET MAGHREB, XIIIE-XVIIE SIECLES Laiton coulé, martelé et gravé en coufique maghribî. Astrolabe comprenant une mère, surmontée d'un trône, kursî, à anneau de suspension, une alidade, cinq tympans et une araignée, maintenus par une clavette recourbée. Astrolabe de la fin du Moyen Age remanié à plusieurs époques après avoir été fortement endommagé. L'astrolabe comporte ainsi cinq tympans, dont un abîmé (n°5 ; manque peut-être un sixième). Quatre sont vraisemblablement attribuables au plus tard au XVe siècle andalou. Ils se sont vus complétés par un cinquième (n°4) à une époque postérieure, certainement au XVIIe siècle. Tous présentent des tracés astrolabiques, à savoir les courbes marquant les altitudes et les azimuts. Sur le tympan 4b rajouté, on trouve également les heures inégales de la prière. Chaque face présente en son centre une inscription précisant une latitude associée avec une ville comme suit : 1a. 31 Marrakech 1b. 35 Sabta/Ceuta 2a. 33 Barqa 2b. 36°30' Almería 3a. 22° La Mekke 3b. 25° Yathrib/Médine 4a. 34° Tahert 4b. 37°30' (latitude de Séville) 5a. 39°30' Balansiyya/Valence 5b. 34° al-Basra (Maroc) Ces tympans ont été associés à une mère faisant partie d'un autre instrument. Le fond uni présente des traces de tournages. Au dos, la moitié supérieure est gravée de deux quadrants de 90°, et numérotés en abjad. Disposés en cercles concentriques, on trouve ensuite une échelle de 360° divisée en intervalles de 5° numérotées en abjad également, un calendrier zodiacal, tous deux regravés postérieurement, puis un calendrier des mois juliens transcrit en arabe. Ces deux calendriers sont en correspondance, et donnent l'équinoxe au 14 mars. Dans les deux quadrants inférieurs figure un carré des ombres, dont le texte a été partiellement regravé en même temps que l'a été le calendrier zodiacal. Le limbe est inscrit d'une échelle de 360° divisés de 5° en 5° numérotés en abjad à partir du sommet, et dans le sens des aiguilles d'une montre. L'ensemble fortement abimé fait penser à une tentative de destruction volontaire. Le soin apporté à sa réparation et sa restauration par des petits clous et un rivet, est d'autant plus notable. De même, le kursî, ou trône, visiblement perdu a été remplacé par un autre petit et court, et percé de trois trous circulaires au niveau de l'émerillon. Il semble de facture orientale, de même que le calendrier zodiacal regravé sur le dos de la mère, tous deux éléments mis en place au XVIIe siècle. L'araignée, qui a perdu toute la partie du dehors du cercle écliptique est contemporaine de la mère. Elle est caractéristique des astrolabes produits dans l'Occident musulman, avec ses douze index en forme de fleuron à flammèche, évidés à la base d'un motif en goutte ou marqués d'un petit clou en argent. Chacun d'entre eux représente une étoile identifiée par une inscription qui donne : - al-Faras ; - Mankib al-Hût ; - al-‘Ayûq ; - (non identifiée) ; - al-Sarfa ; - al-Râmih ; - al-Hayya ; - al-Hawâ ; - al-Wâqi‘ ; - al-Tâyir ; - al-Ridf ; - Mankib. On note par ailleurs que l'araignée ne présente pas de barre marquant l'orientation Est-Ouest. Cette araignée amputée de la partie extérieure à l'écliptique témoignerait une nouvelle fois d'une tentative de destruction violente, et certainement volontaire. Diam.11cm et Haut.13cm. Provenance : Bernard et Bertrand Bottet Numéro 25 dans l'inventaire Bottet II, commenté et dessiné : « […] il est très analogue à un [astrolabe] conservé dans le vieil observatoire de Strasbourg, daté 1208 (voir lettre du British Museum) » De tous les instruments de mesure astronomique, l'astrolabe planisphérique est sans conteste celui qui a connu la plus large diffusion. Objet mathématique avant tout, il fonctionne selon le principe de la projection stéréographique de la sphère céleste sur le plan de l'équateur. Simulant l'apparente rotation des étoiles autour du pôle céleste, il permet de fixer la position des astres et du soleil ainsi que leur hauteur au-dessus de l'horizon, et donc, de déterminer les heures. En contexte islamique, il servait aussi à déterminer la direction exacte de la qibla, les heures de la prière, ou encore, dans certains cas, à établir un horoscope. Mais il était également largement utilisé pour résoudre différents problèmes astronomiques et mathématiques. L'astrolabe présenté ici est tout à fait exceptionnel. D'une part, la présence de réparations, d'un tympan et d'inscriptions rajoutés, à savoir une échelle en abjad, un calendrier zodiacal au dos de la mère et une retouche au niveau du carré des ombres, témoignent de la volonté de le conserver sur la longue durée, probablement comme un véritable outil. D'autre part, les tympans, semblent avoir été conçus en al-Andalus ou au nord du Maroc, comme l'indiquent les toponymes espagnols et maghrébins. La mention de Valence, Almería et Ceuta, villes sorties du Dâr al-Islâm entre le milieu du XIIIe siècle et le début du XVe siècle, donne un certain indice chronologique quant à sa production. Les mentions d'al-Basra (5b) ainsi que de Tahert (4a) sont assez problématiques car ces deux villes ont été abandonnées dès les Xe et XIe siècles. Cependant, nous ne pouvons en tirer aucune conclusion en l'état. Cette attribution chronologique et géographique à l'empire Almohade puis Mérénido-Wattasside, est confortée par l'analyse des exemples andalous et marocains connus par ailleurs. En effet, tous présentent une organisation, une graphie, et surtout, un double calendrier zodiacal et solaire (julien) qui témoignent de leur production en contexte occidental. Une comparaison est déjà suggérée par l'antiquaire qui dans ses notes, rapproche notre astrolabe de celui signé Abû Bakr b. Yûsuf, réalisé à Marrakech en 1208, et conservé à l'Observatoire de Strasbourg (voir. Gunther n°124). Un autre astrolabe de ce facteur, tout à fait comparable à celui -ci par ses dimensions et structure, a été vendu chez Sotheby's Londres, 18 avril 2007, n°51, de même que celui signé de Muhammad b. Futûh et daté 1224 (coll. Dr Evans, Gunther n°130). Notre astrolabe peut également être rapproché des astrolabes grenadins datés 1265 et1304, et signés par Ahmad b. Husayn b. Bâso (Real Academia de la Historia de Madrid, exposition Madrid 1992, n°42 et coll. Leonard Linton, opus.cit. n°162), ainsi que de celui marocain signé de ‘Abd Allâh Ibn al-Sasî (Gunther n°145) et daté c. 1400. Le kursî peut quant à lui être rapproché des exemples anciens proche-orientaux, tel celui de la Bibliothèque Nationale, (inv.Ge A 324), témoignant peut être de l'histoire de l'objet rapporté en orient avant de se voir réparer par l'adjonction d'un trône oriental. Références : - Alain BRIEUX et Francis MADDISON, Répertoire des facteurs d'astrolabes et de leurs œuvres, (sous presse) ; - Robert T. GUNTHER, The Astrolabes of the World, vol.I, The Eastern Astrolabes, Oxford, 1932 ; - David A. KING, In Synchrony with the Heavens. Studies in Astronomical Timekeeping and Instrumentation in Medieval Civilization, vol. II, Instruments of Mass Calculation, Leiden, 2005 ; - David A. KING, « On the History of Astronomy in the Medieval Maghrib », in Etudes d'histoire des sciences arabes, Casablanca, 2007, p.175-218 ; - Julio SAMSO MOYA, « Instrumentos astronómicos », in Historia de la ciencia árabe, Madrid, 1981, p.127-162 ; - Mercè VILADRICH, « Astrolabios Andalusíes », in El Legado Científico Andalusí, Museo Arqueológico Nacional, Madrid, avril-juin 1992, p. 53-65 et nos 40, 42 et 43 ; - Catalogue de l'exposition L'Age d'or des sciences arabes, IMA, 25 octobre 2005-19 mars 2006, Paris, 2005 ; - Catalogue de l'exposition Arts de l'Islam des origines à l700 dans les collections publiques françaises, Orangerie des Tuileries, juin-août 1971, n°1887; - Catalogue de l'exposition L'Islam dans les collections nationales, Grand Palais, mai-août 1977, n°4547; - Catalogue de l'exposition L'Apparence des cieux. Astronomie et astrologie en terre d'Islam, Musée du Louvre, 18 juin 1998 - 21 septembre 1998, Paris, 1998. Nous remercions chaleureusement le professeur David King et Anthony Turner pour leur collaboration à l'étude de cet astrolabe.
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