Lot no. 1
ATTRIBUÉ À MIGUEL GONZALEZ (ÉCOLE MEXICAINE SECONDE MOITIÉ DU XVIIÈME SIÈCLE)
VIERGE DE GUADALUPE
Panneau entoilé, incrusté de nacre, rehauts d’or
97 X 72 CM
Manques et fente
Inscription autour de la Vierge : SIGNVM MAGNVM APPARVIT IN COELO MVLIER / AMICTA SOLE, ET LVNA SVB PEDIBVS EIVS
Inscription postérieure dans un ruban sous la Vierge : NON FECIT TALITER OMNI NATIONI
Miguel et Juan Gonzalez sont considérés comme les premiers et les plus talentueux peintres d’ enconchados .
Ces œuvres, qui mêlent l’utilisation de la nacre à celle de la peinture, utilisent une technique remontant aux traditions indigènes les plus anciennes.
Le terme dérive du mot espagnol concha , qui signifie coquillage.
Il est probable qu’une telle peinture ait aussi subi l’influence des arts décoratifs asiatiques, savoir-faire véhiculé par les missionnaires jésuites ayant été envoyés en mission dans les différents pays colonisés par les Européens à partir du XVIème siècle.
On connaît à peu près deux-cent cinquante peintures mexicaines incluant de la nacre, dont quatre-vingt cinq sont sans conteste l’œuvre de Miguel et Juan Gonzalez, celles-ci étant signées et datées.
La beauté et la nouveauté de ces œuvres eurent un succès énorme en leur temps, et les espagnols en rapportèrent de nombreux exemplaires dans leur pays d’origine.
On connait peu de choses au sujet de ces artistes.
Certains considèrent leur famille d’origine espagnole, d’autres, mexicaine. Quoiqu’il en soit, il est certain qu’ils furent actifs au cœur du Nouveau-Monde au XVIIème siècle.
Nous pouvons voir sur notre tableau une représentation de l’Immaculée Conception entourée d’un rosier grimpant fleuri.
Elle est placée dans un médaillon formé par un ovale de couleur orange autour duquel on peut lire de gauche à droite en arc de cercle SIGNVM MAGNVM APPARVIT IN COELO MVLIER / AMICTA SOLE, ET LVNA SVB PEDIBVS EIVS, puis en dessous dans le ruban ajouté postérieurement NON FECIT TALITER OMNI NATIONI.
La première inscription est un extrait du livre de l’Apocalypse (chapitre 12, verset 1), et peut être traduite par Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le Soleil pour manteau, la Lune sous ses pieds .
Celle-ci peut être interprétée comme la volonté du peintre de rappeler que sa représentation de la Vierge fait référence à une apparition.
La seconde phrase est un extrait du verset 20 du psaume 147, et signifie Pas un peuple qu’il ait ainsi traité.
Ces quelques mots font référence aux paroles du Pape Benoît XIV lorsqu’il apprend, en 1754, l’existence d’une apparition sur le Mont Guadalupe, au Mexique.
Cet événement lui fut relaté par un prêtre jésuite arrivé au Vatican depuis Mexico, avec une peinture de la Vierge de Guadalupe.
Dès lors, le verset accompagne traditionnellement les représentations de la Vierge.
Notre tableau représenterait donc Notre-Dame de Guadalupe.
En 1531, celle-ci serait apparue à plusieurs reprises à un indigène mexicain du nom de Juan Diego. Sur la colline de Tepeyac, anciennement Mont Guadalupe, au nord de Mexico, celui-ci aurait vu apparaître une jeune dame éblouissante de lumière qui se révèle à lui comme la Vierge Marie.
La belle dame s’adresse à lui en Nahualt, dialecte local, et lui demande de prier l’évêque de faire construire une église sur le lieu même de l’apparition.
Pour que l’évêque, incrédule, lui accorde crédit, la Vierge remplit le manteau de Juan Diego des plus belles roses qui soient, alors que la saison sèche empêche la pousse de quelque fleur que ce soit.
Les fleurs visibles sur notre tableau constituent probablement une référence à ce nouveau miracle.
Lorsque Juan Diego montre les fleurs à l’évêque, l’image de la Vierge revêtue d’un manteau couvert d’or s’imprime miraculeusement sur le manteau. Cinq cents ans plus tard, ce manteau et son image imprimée sont toujours accessibles aux milliers de pèlerins qui viennent chaque année sur le Mont Tepeyac.
C’est à partir de cet événement que le Mexique se convertit petit à petit au catholicisme, après un rejet massif de cette religion liée pour les indigènes à l’horreur engendrée par la prise de possession de leur territoire par les forces européennes.
A partir de cette apparition, et en dix ans seulement, neuf millions de mexicains sont baptisés dans cette région du Mexique.
Nous pouvons rapprocher notre tableau de La Virgen de Guadalupe conservée au Museo de America à Madrid (panneau entoilé incrusté de nacre, 97,50 x 72, 50cm ; inv. 00163).
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