Lot no. 70
Auguste HERBIN (1882-1960) « JOKER », 1947 Huile sur toile signée et datée en bas à droite 120 x 95 cm Provenance Galerie Melki, Paris Collection particulière, Paris, acquis en 1975 C’est parce qu’Auguste Herbin a longuement étudié les diverses théories de couleurs énoncées par Fréderic Portalis et par Goethe qu’il a réussi à conceptualiser sa propre théorie de la couleur. « La couleur étant le moyen de la peinture, celle-ci devra donc se concevoir dans une forme en deux dimensions pour obtenir une unité d’expression. La peinture n’a pas besoin de la troisième dimension, ni en réalité, ni par un artifice quelconque, parce que la couleur exprimée en deux dimensions possède en soi un pouvoir spatial... » Il ne fait pas de doute que pour Herbin les couleurs sont langage, moyen d’expression, sensibilité et moralité. Le bleu par exemple exprime l’espace en profondeur, le rouge l’espace en avant, le jaune le rayonnement du dedans au dehors, les bleus le rayonnement du dehors au dedans, la mobilité est l’affaire des jaunes et des violets, tandis que le blanc, le noir et les verts expriment l’immobilité, les roses et les violets quant à eux expriment la mobilité tout autant que l’immobilité. Mais nous ne sommes pas en présence de couleurs statufiées, fixées à jamais ; leurs proximités modifient leurs rapports et par voie de conséquence leurs langages. Joker est une oeuvre majeure issue des « alphabets-plastiques » élaborés par Auguste Herbin en 1946, fondés sur les couleurs pures combinées avec les figures élémentaires de la géométrie plane : cercle, carré, rectangle, triangle et losange, correspondant aux lettres de l’alphabet fondamental, codifié dans un ouvrage théorique « l’art non figuratif, non objectif », publié aux Éditions Lydia Conti en 1949. Il est évident que l’oeuvre d’Herbin est essentiellement plastique. En ce sens, on peut apprécier son esthétisme, y prendre plaisir, la goûter sans même savoir qu’elle repose sur un système rigoureux, un système dépendant d’une physique-mathématique qui examine les phénomènes optiques. Joker ne se réfère qu’à elle-même employant les moyens qui lui sont propres : moyens de la couleur, du graphisme et de la force des formes géométriques qui en font une oeuvre aboutie, « parlante », qui exclut tout ce qui n’est pas peinture et plasticité, rejetant l’unité politique, religieuse et littéraire. En ’alchimiste » d’un nouvel ordre, Herbin fait cohabiter magistralement les formes et les couleurs en créant des rapports particuliers et hautement plastiques entre les couleurs et les formes. Ce tableau d’Auguste Herbin, Joker, de 1947 ouvre un champ nouveau à une immensité qui développe l’imaginaire par une formidable puissance graphique et colorique alliée à la finesse des rapports formels et chromatiques. Si la couleur est l’élément prédominant du travail d’Herbin, elle s’appuie sur une géométrie juxtaposée d’une grande noblesse qui s’efforce de retrouver l’ordre et la structure originelle de l’univers. Il faut considérer les peintures d’Auguste Herbin comme des expressions de l’invisible et un accès vers l’inexprimable, tout en conservant son statut d’oeuvre d’art. Joker offre par sa plastique, force, dignité et pureté. OEuvre rigoureuse, didactique, issue d’une expérience scientifique fort complexe dont l’intelligence intéresse l’intelligence.
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12/15/2019
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