Lot no. 22
BAUDELAIRE (Charles). Poème autographe signé de ses initiales, adressé sous forme de lettre à Auguste Poulet-Malassis. 14 vers sur la première p. d'un bi-feuillet in-8 avec adresse autographe signée de ses initiales sur la dernière page du bi-feuillet, petite déchirure sur le feuillet d'adresse due à l'ouverture sans atteinte au texte , montage sur onglet sur un f. in-folio de papier fort doré sur tranches. « Vers laissés chez un ami absent » Brillant sonnet épistolaire im provisé dans un café de Bruxelles , comme le précise une mention autographe en tête du feuillet : « 5 heures à L'Hermitage ». Adressé à son ami et éditeur Poulet-Malassis, exilé comme lui à Bruxelles, il marque une visite infructueuse du poète au domicile de celui-ci. Y sont également cités trois autres proches : « Mam'selle Fanny », c'est-à-dire Françoise Daum, la compagne et future épouse de Poulet-Malassis, « l'ami Lécrivain », le libraire Alphonse Lécrivain qui servait d'agent littéraire à Charles Baudelaire, et « Mam'selle Jeanne », c'est-à-dire Jeanne Naeltjens, la compagne de Lécrivain. Pi èce de ci rconstance à usage intim e, rendue publiq ue dès 1865. C'est Auguste Poulet-Malassis qui en publia d'abord les deux premiers quatrains (car ils le concernaient seul), sous le titre apocryphe « Vers laissés chez un ami absent », dans La Petite revue du 29 avril 1865, périodique édité par son ancien commis René Pincebourde. En 1872, Auguste Poulet-Malassis intégra ces deux premières strophes sous le même titre dans le recueil de textes de Baudelaire Souvenirs, correspondance, bibliographie, préparé avec Charles Asselineau et Charles de Spoelberch de Lovenjoul, et publié chez le même René Pincebourde. Le texte intégral des quatre strophes ne parut qu'en 1896, toujours sous le même titre, dans le recueil collectif intitulé Tombeau de Charles Baudelaire (Paris, édition de La Plume). Malgré la forme poétique de cette pièce de vers, l'éditeur de la Pléiade a retenu sa fonction épistolaire comme critère principal pour la faire figurer non pas dans les OEuvres complètes mais dans la Correspondance. « Mon cher, je suis venu chez vous Pour entendre une langue humaine... » Trib ut facétieux à l'ami tié qui liait Baudelaire et Poulet- Malassis. Éditeur de plusieurs des grands ouvrages de Charles Baudelaire comme Les Fleurs du mal ou Les Paradis artificiels, Auguste Poulet-Malassis fut étroitement lié avec le poète, notamment à Bruxelles où ils s'étaient tous deux exilés pour dettes. Baudelaire put ainsi lui dédicacer un de ses portraits comme au « seul être dont le rire ait allégé [sa] tristesse en Belgique ». « Parmi les Papous... » Sarcasmes dans la veine de Pauvre Belgi que. Persécuté par ses créanciers, le poète quitta Paris en avril 1864 pour s'exiler en Belgique, comme Auguste Poulet-Malassis arrivé un an auparavant. Il alla de déceptions en déceptions : ses conférences ne rencontrèrent pas le succès escompté et furent mal payées, les éditeurs Lacroix et Verboeckhoven refusèrent de l'éditer, ce qui nourrit son aigreur sarcastique naturelle (déjà entretenue par sa maladie nerveuse) contre les Belges, qu'il traite ici de « papous » et de « topinambous ». Il s'attela alors à la rédaction d'un véritable pamphlet, Pauvre Belgique, qu'il ne put achever avant sa mort – l'ouvrage fut publié en 1952 dans les OEuvres posthumes. « Mon cher, je suis venu chez vous Pour entendre une langue humaine , – Comme un, qui, parmi les Papous, Chercherait son ancienne Athène [sic]. Puisque chez les Topinambous Dieu me fait faire quarantaine, Aux sots je préfère les Fous, – Dont je suis, chose, hélas ! certaine. Offrez à Mam'selle Fanny, (Qui ne répondra pas : Nenny, Le salut [« L'hommage » biffé, corrigé en « Le salut »] n'étant pas d'un âne) L'hommage [« Le salut » biffé, corrigé en « L'hommage »] d'un bon écrivain, – Ainsi qu'à l'ami Lécrivain Et qu'à Mam'selle Jeanne. » Provenance : bib liothèque du grand collectionneur baudelairien Armand Godoy (n° 14 du catalogue d'une partie de cette bibliothèque, Paris, Hôtel Drouot, 12 octobre 1988, avec reproduction). D'origine cubaine, poète francophone et traducteur de l'espagnol, Armand Godoy (1880-1964) réunit une importante bibliothèque d'imprimés et de manuscrits de Baudelaire. Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 429-430. « Paris me fait une pe ur de chien... »
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Collection Baudelaire & Grands écrivains
77300 Fontainebleau - France
11/04/2018