Lot no. 135
BUREAU plat de forme rectangulaire en acajou, placage de sycomore maillé et bois teinté marqueté de rinceaux feuillagés, losanges. La ceinture présente trois petits tiroirs, le tiroir central découvre une écritoire à glissière. Il repose sur huit pieds cannelés réunis par des entretoises ajourées. Très riche décoration de bronze ciselé et doré tels que : frises de rosaces, chapiteaux à feuilles d'acanthe, entrées de serrure décorées des monogrammes M.V. et J.B. estampille J.F. Leleu. Il porte la marque au feu du château de Bellevue : BV surmontée d'une couronne fermée. Époque Louis XVI (Fentes, transformations) 75 x 100 x 50 cm Jean-François Leleu, ébéniste reçu maître en 1764. Provenance : Château de Bellevue Collection Lady Baillie, vente Londres le 13 décembre 1974 no 215 Bibliographie : “Les ébénistes de Louis XVI à la Révolution” A. Pradère Paris 1989 p. 334 C'est lors de sa formation dans l'atelier de l'ébéniste Jean-François Oeben à l'Arsenal, que Jean-François Leleu (1729-1807) fait la connaissance de Jean-Henri Riesener. A la mort du maître en 1763, Riesener reprend l'atelier et Leleu sollicite l'accession à la maîtrise afin d'ouvrir son propre atelier. Il s'établit rue de la Contrescarpe puis rue Royale Saint-Antoine. Il connaît alors un rapide succès grâce à la qualité de sa production d'un style néoclassique d'une grande sobriété, aux formes fortement architecturées et toujours réalisée avec des matériaux très choisis. Sa clientèle se compose de la haute aristocratie et de riches financiers parmi lesquels : la comtesse du Barry, le marquis de Laborde, le duc d'Uzès, le prince de Soubise et le prince de Condé dont il devient un des principaux fournisseurs. Leleu ne livre pas moins de quatre-vingt meubles pour le Palais Bourbon dont certains ont pu être identifiés (1). En 1774, il devient juré de sa corporation pour deux ans et siège au bureau jusqu'à la Révolution. Vers 1780, il s'associe avec son gendre Charles-Antoine Stadler, à qui il cède son entreprise après la Révolution. Ce bureau par l'originalité de sa structure est à rapprocher d'un dessin de l'architecte Charles de Wailly reproduit ci-contre publié en 1760 (2) ; ce dernier permet aussi de replacer cet exemplaire dans la chronologie de la production de cet ébéniste dans les années 1760-1770. On retrouve sur ce meuble un certain néoclassicisme qui n'a rien de sévère, souligné par des pilastres cannelés et une marqueterie d'arabesques de bois satiné sur fond de sycomore ondé caractéristiques de Jean-François Leleu comme en atteste aussi une commode (3) provenant de la collection Akram Ojjeh. Par ailleurs l'inventaire du Palais de Bourbon de 1772 (4) mentionne le 28 novembre sous le n°30 “avoir raccomodé une table en secrétaire ouvrant à machine ; la voir raclé, polie à neuf, remis les bronzes en couleur d'or, rebruni à neuf, fourni des vis, 38 L (réd. à 33L). Pour le port et le rapport 3 L.” En effet, l'examen du meuble que nous présentons nous laisse penser qu'un ancien mécanisme pouvait commander l'ouverture d'un gradin : ce système présenta t-il des défaillances ? l'inventaire de 1779 (5) mentionne sous le n° 55 “une petite table à écrire mécanique d'un bois de marqueterie très riche ornée de bronze ciselée et dorée d'or moulu” Dans l'appartement de la Duchesse de Bourbon, dans le salon de musique, sous le no 147 “une autre table à secrétaire et ayant au-dessus quatre compartiments dont trois fermants à clé en bois à placage, ornés de fontes ciselés et dorés d'or moulu” (1) Secrétaire à cylindre livré en 1772 pour le salon rose : vente à Paris, 28 novembre 1795 no 137, ou la commode livrée pour la chambre à coucher conservée au Musée du Louvre (OA 9589) (2) Reproduit dans “Early Neoclassicism in France” par Svend Eriksen, Londres 1974 fig. 330 (3) Vente Monaco le 26 juin 1979 no 33 et reproduite dans “Les ébénistes de Louis XIV à la Révolution” par A. Pradère Paris 1989 p. 334 (4) Chantilly, archives du Musée Condé : AC/7 (5) Chantilly, archives du Musée Condé : 117 D 27 Louis XV achète des terrains : une terrasse à la “belle vue” dominant la boucle de la Seine en 1749 pour Madame de Pompadour. L'architecte Jacques Lassurance construit le château de Bellevue avec un corps central achevé en 1750, une glacière et des bains. En 1757, le Roi aimant beaucoup l'endroit rachète le château et demande à l'architecte Ange Gabriel de modifier l'intérieur et de construire deux ailes basses. Le château est attribué à l'avènement de Louis XVI à Mesdames Victoire, Sophie et Adélaïde, ses tantes. Elles font aménager vers 1780 par Mique (architecte de la Reine Marie-Antoinette) un jardin à la mode dont la pièce d'eau est entourée de nombreuses fabriques. Confisqué en 1796, pillé et vendu, le château est partiellement détruit. 200 000 / 300 000 €
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