Lot no. 13
CAMILLE BRYEN (1907-1977)
ECLACTIQUE CONTINUE, 1954-1957
Huile sur toile.
Signée en bas à droite.
Contresignée et datée au dos.
100 x 81 cm - 391/4 x 313/4 in.
Expositions :
- Paris, Galerie Pierre, Bryen, 14 - 30 mai 1954, (exposée dans sa première version sous le titre d'Eclactique éclaté, avant d'être remaniée et achevée sous son titre définitif en décembre 1957)
- Nantes, Musée des Beaux-Arts, 28 février - 29 mars 1959, n°50 du catalogue
Bibliographie :
- Jacqueline Boutet-Loyer, Camille Bryen, l'œuvre peint, édité par l'auteur, Paris, 1986, n°180, reproduit p.133
« L'apparition des formes libre est trop imprévisible, liée à des états dont le fonctionnement de l'oeil et les jeux de la main ne sauraient révéler tous les secrets. Leur contact se fait en dehors des complicités sensorielles. La peinture aveugle, la peinture braille. Il faut s'abitumer à en cristalliser les paillettes, à la haillonner, à la bruiter. L'oeil est en face et si le dessin était voyance il ne raconterait aucune histoire, il ne reproduirait rien. Il ne tendrait qu'à saisir l'oeil, à le désorbiter comme une fleur, à le faire s'éveiller délivré de lui-même. Ce serait l'aventure des sudations du hasard, de l'éclat du plaisir, des pactes avec les quartz, les poils et les pierres. L'aventure organiquement vécue d'un peyotl qui émerveille les yeux.
C'est en plongeant vers ma plus lointaine enfance que je réalise combien ce qui me troublait à cette époque participe peu des passions de l'homme. Les formes y ajoutaient un grand rôle et je me souviens du contour et de la couleur violette et rose d'une cicatrice sur un genou enfantin. Je découvrais aussi une collection d'essences de bois rares. Chaque ligne, chaque contour, évoquait pour moi ou un monde imaginaire ou de très réels paysages, des profils d'hommes ou d'animaux. Plus tard je devais retrouver ces mêmes imaginations dans les racines, les pierres, les rochers, les taches, les peaux, les affiches déchirées, les étoffes usées, les lits défaits, les moisissures. Je sais que les occultistes nomment ces structures des « Gamahés » et encore cet été une montagne du Massif des Diablerets m'apparut sous certains éclairages d'une tête assyrienne ou celle d'un grand-duc géant, dont les yeux nous suivaient longuement sur la route. La nature crée des formes qui entrent en communication avec nous, qui même se mettent à jouer de l'homme. Sans doute pour nous rappeler que nous pouvons que nous devons jouer de la pierre de l'oiseau ou du nuage. Et quel humour de penser que certaines de ses créations ont même le finish, le délire des oeuvres poétiques… »
(Camille Bryen, « Parole… parle », extrait d'une conférence, Paris Galerie Pierre, 23 novembre 1950).
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