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Lot no. 27
CAMPAGNE DE RUSSIE . – Montesquiou-FEZENSA C (Ambroise Anatole Augustin de). Correspondance de 39 lettres autographes à son épouse Élodie. Mai 1812-octobre 1813. Environ 90 pp. de formats divers. Extraordinaire correspondance qui comprend de très rares lettres de Russie . Dans cet exceptionnel et captivant témoignage, Anatole de Montesquiou décrit ses difficiles conditions de vie et son état psychologique, la situation de l’armée après la bataille de la Moskova, son admiration pour la magnificence de Moscou, son indignation contre l’incendie de cette capitale... Ces lettres de Russie sont d’une rareté insigne , le courrier durant cette campagne ayant été réduit pour les Français au service de l’estafette réservé à l’empereur et au haut commandement : Anatole de Montesquiou eut le privilège d’en bénéficier comme fils du grand-chambellan et aide de camp du maréchal Berthier. D’où le fait qu’il transmet des nouvelles pour les familles d’autres officiers de la campagne ne bénéficiant pas de ce privilège. D’autres lettres , écrites durant la campagne d’Allemagne de 1813, évoquent les troupes russes et allemandes , la bataille de Lützen (lettre écrite sur le champ de bataille ), la victoire de Leip zig ... Futur général et pair de France , Anatole de Montesquiou (1788-1878) appartenait à une famille de la plus haute noblesse française ralliée à la Révolution et à l’Empire : il était le fils du grand-chambellan de l’empereur Élisabeth-Pierre de Montesquiou et de la gouvernante du roi de Rome Louise-Charlotte Françoise Le Tellier, et le petit-fils du général et homme politique Anne-Pierre de Montesquiou-Fezensac. Il avait épousé sa cousine germaine Élodie Marie Joséphine de Montesquiou-Fezensac, destinataire des présentes lettres. Ayant choisi la carrière des armes, il fut lieutenant en 1808, capitaine en 1810, chef d’escadron en mars 1812, colonel en novembre 1813, et participa aux campagnes d’Autriche en 1809, de Russie en 1812 et d’Allemagne en 1813, comme aide de camp du maréchal Davout (12 octobre 1808-27 mars 1809), officier d’ordonnance de l’empereur (28 mars 1809- 13 mars 1812), aide de camp du maréchal Berthier (14 mars 1812-17 janvier 1814) et aide de camp de l’empereur (18 janvier-6 avril 1814). Il s’illustra notamment à Essling et Hanau, obtenant grades et décorations pour sa belle conduite, ainsi que le titre de baron de l’Empire en 1810. Après avoir sollicité en vain l’honneur d’accompagner l’empereur à l’île d’Elbe, il se retira à Vienne et figura un temps sur la liste des proscrits. Quand il put rentrer en France, il attacha sa fortune au sort de la famille d’Orléans, devenant chevalier d’honneur de la duchesse en 1823, et remplit une mission diplomatique à Naples en 1830 pour Louis-Philippe Ier qui le fit général en 1831. Plusieurs fois député à partir de 1834, il entra à la Chambre des pairs en 1841, puis suivit en Angleterre le roi déchu en 1848 et ne rentra en France qu’à la mort de ce dernier. Anatole de Montesquiou publia des oeuvres de littérature, des traductions de Pétrarque et Michel-Ange, et laissa surtout d’intéressants Souvenirs concernant entre autres la campagne de Russie, publiés seulement en 1961. Cette veine littéraire se maintiendrait dans la famille jusqu’à son petit-fils Robert de Montesquiou, ami intime de Marcel Proust. – Vilnius, dans l’actuelle Lituanie, 28 juin 1812 : « À notre gran d étonn ement, nous sommes entrés aujourd’hui dan s cette vi lle... et nous y av ons remplacé les Russes qui s’éloignent toujours san s av oir l’ai r de vouloir résister. Nous ne nous attendions pas à passer av ec tan t de facilité le Niémen, et à entrer dan s cette capitale. L’empereur y a été reçu av ec tout l’enthousia sme dont les Polonai s sont capab les, et c’est beaucoup dire. Au milieu de tous ces événemens brillans vous ne sentez peut-être que l’inquiétude qu’ils vous causent. Elle sera, j’espère, dissipée par l’éclat et la rapidité de nos succès et par une paix que nous n’attendrons pas longtemps... » – Vilnius, 7 juillet 1812 : « Nous fesons un long séjour dans cette ville... Nous aimerions mieux terminer promptement les affaires qui nous ont amenés si loin, et retourner chez nous... Les Russes continuent à nous éviter, et nous espérons peut-être de les poursuivre après avoir obtenu à bon marché de vastes États. Je voudrais que mes chevaux fussent en meilleur état qu’ils ne sont. Sur 9 j’en ai un en arrière ; j’ai été obligé de l’y laisser pour quelque temps, parce qu’il était très dangereusement malade ; un autre est depuis deux jours dans un état beaucoup plus inquiétant encore ; et j’apprends à l’instant qu’un 3me commence à souffrir, et a les mêmes symptômes que les autres. Ce qu’il y a de plus fâcheux, c’est que ce sont mes plus beaux chevaux qui sont atteints de cette maladie. Elle est causée par la mauvaise nourriture... » – Vitebsk, dans l’actuelle Biélorussie, 29-30 juillet 1812 : « ... À notre grand étonnement, tout le quartier impérial est revenu aujourd›hui dans cette ville. Les Russes s›éloignent toujours, mais c’est maintenant avec une telle vitesse que nous les abandonnerons peut-être pour occuper paisiblement l’immense pays qu’ils nous ont si facilement cédé... Nous aurions voulu une gran de batai lle, parce qu’elle aurait amené la paix, et les ennemis l’évitent, afin de nous faire le chagrin de voir longtemps encore leur affreux pays... Il y a quelques jours... j’étais malade ; j’avais la fièvre et un mal de tête très fort. je me suis remis entre les mains d’Yvan [le chirurgien de l’empereur Alexandre Yvan] qui a eu pour moi tous les soins possibles, et m’a guéri... À peine ce vomitif avait-il fait son effet que j’ai été obligé de monter à cheval et de faire douze lieues fort vite, et sans m’arrêter. Le grand maréchal [le général Géraud Christophe Michel Duroc] m’a donné une grosse bouteille de vin de Malaga qui a achevé de rétablir mon estomac... » – Vitebsk, 4 août 1812 : « ... Nous sommes pour un an peut-être confinés à Witebsk. On y forme un véritable établissement, cela fait frémir ; l’hyver approche, et l’hyver le plus rigoureux et le plus long et nous sommes à 660 lieues de vous !... » – Vitebsk, 9 août 1812 : « ... Je suis si occupé des choses que je regrette, que sans cesse je dis un nom pour un autre. Par exemple, il m’arrive continuellement d’apeller Tuileries le château que l’empereur habi te à Witebsk. Nous av ons tous les diman ches la messe dan s l’appartement de l’empereur ; cela fait illusion, parce que c’est comme on fait à Paris... » – Vitebsk, 10 août 1812 : « ... Je suis établi dans une petite maison de bois assez jolie avec... deux aides de camp du prince de Neuchâtel [le maréchal Berthier] pour cette campagne seulement... On étend par terre un peu de foin que l’on couvre avec deux chabraques mises l’une au bout de l’autre ; je me fourre dans un sac de toile qui monte jusque par dessus ma tête ; et je me couche n’ayant pour couverture que ma petite redingotte, car un de mes gens a perdu il y a quelques jours mon excellent manteau. C’est sur ce triste lit que je passe la nuit... à être dévoré par des nuées de puces de punaises... Audelà de cette chambre se trouve un petit cabinet où j’ai une chaise, une table et tous les coffres de ma voiture... » – Smolensk, 23 août 1812 : « ... Quelle bienheureuse vie vous devez mener... Vous ne vous faites pas l’idée de celle que nous menons ici. Vous nous croyez dans l’abondance... L’on ne se doute pas à Paris de l’état dans lequel nous sommes. Comment veut-on que nous trouvions dans ce pays si dévasté, si malheureux, autre chose que le triste nécessaire ?... » – « Route de Moscou à 30 lieues de Smolensk », 27 août 1812 : « ... Je suis malheureux, je suis triste, surtout pendant de longs repos. Lorsque l’on est en marche, lorsque l’on se bat, il y a quelque chose qui soutient ; mais lorsque cela est fini, on retombe, et c’est alors que l’on souffre... On vient de nous donner l’ordre de partir pour nous approcher encore de Moscou... » v– Viazma, entre Smolensk et Moscou, 30 août 1812 : « ... Vous recevriez plus souvent de mes nouvelles si ce malheureux encrier portatif existait encore... Plus je m’éloigne, et plus je m’apperçois de l’énorme dépense que cette campagne exige ; un de nos chevaux de voiture est mort de fatigue hier, ma calèche est dans un état vraiment ridicule, je ne conçois pas comment elle peut encore être traînée... » – Mojaïsk, 10-11 septembre 1812 : « ... Après vous avoir écrit hier, je suis parti pour le quartier gal du roi de Naples. Je l’ai trouvé à 17 lieues de Moscou. J’en suis revenu ce matin, et je continue cette lettre... Vous n’avez donc pas encore pu vous faire l’idée de notre dénuement ? Vous croyez que nous trouvons ici les logemens les plus commodes, les ameublemens les plus complets? Songez donc que toute la partie de la Russie que nous av ons parcourue jusqu’à présent est non seulement déserte, mAIs rAVAgée et Brûlée... J’ai vu... mr d’harcour dont le gal a le corps d’armée que commandait le gal montbrun [Louis-Pierre Montbrun, tué à la bataille de la MOSKOVA le 7 septembre 1812]. Je vous envoie une lettre du colonel romeuf dont le fr ère qui était auprès du pce d’eckmühl a été tué [le général Jean-Louis Romeuf fut blessé à mort à la bataille de la MOSKOVA, son frère le futur général Jacques-Alexandre Romeuf servant également dans la Grande Armée en Russie]. ON N’eNteNd pArler IcI que de morts et de mourANs. mAIs c’est BIeN pIre dANs l’Armée russe ; elle A horrIBlemeNt souffert, et ses pertes soNt éNormes... » – Moscou, 19 septembre 1812 : « uN INceNdIe terrIBle, quI A détruIt lA moItIé de cette VIlle Nous eN A chAssé peNdANt deux Jours. Nous y sommes rentrés hier matin. oN espère AVoIr eNfIN Arrêté tous les russes INceNdIAIres lAIssés IcI pAr cette Armée BArBAre, et chArgés de réduIre eN ceNdre lA plus Belle cApItAle que J’AIe Vue. Ils croyaient ainsi nous ôter les ressources immenses qu’elle renferme, mais nous avons sauvé des magasins inépuisables. on ne peut se faire l’idée des pertes énormes que les particuliers ont faites. dans aucun pays je n’ai vu autant de goût et de magnifi cence qu’à moscou. je m’attendais à trouver une ville antique dont l’aspect devait être sombre ; au lieu de cela, à chaque pas l’on rencontre les palais les plus élégans et les plus somptueux. cette capoue déserte ne diminue pas le désir que nous avons de sortir de ce pays pour n’y jamais rentrer, quand même elle serait habitée par les plus aimables gens du monde. mais il n’est pas encore question même d’armistice... » – Moscou, 4-5 octobre 1812 : « ... J’hABIte IcI uNe mAIsoN Assés grANde où me voilà établi pour y passer l’hiver. J’ai engagé Arthur de lA BourdoNNAye à venir y demeurer avec moi ; il y est depuis hier. Il est parfaitement bien maintenant, mais il nous a donné beaucoup d›inquiétude. Il souffrira longtemps encore de sa jambe [le futur général et futur député Arthur de La Bourdonnaye avait été blessé à la jambe lors de la bataille de la MOSKOVA]... » – Moscou, 7 octobre 1812 : « ... Nous avons eu à notre arrivée à moscou quelques jours de fr oid, et la température est devenue depuis très douce ; le petit nombre d’habitans restés ici disent que c’est sans exemple ; ils croyent sérieusement que l›empereur en est cause... » – Viazma, 1er novembre 1812 : « enfin nous avons un instant de repos après une marche de plusieurs jours... sur neuf chevaux que j’ai amenés de paris, dont le moins cher m’avait coûté 35 louis, j’en ai laissé quatre sur la route, celui que je vous réservais mourra probablement, et un autre qui n’est pas moins joli ni moins bon n’est pas en état de faire plus de dix lieues ; ainsi il ne m’en restera que trois fort éclopés. J’ai été obligé de laisser ma calèche à moscou. J’en ai acheté une autre. Je fais des voeux pour n’être pas obligé de la brûler avec tout ce qu’elle renferme, comme beaucoup de personnes ont été obligées de le faire. une fois arrivés à smolensk nous irons moins vite, et nous serons plus tranquilles... cette cAmpAgNe Nous AurA pour loNgtemps ruINés... mr de mAIlly est pArfAItemeNt BIeN. Il est AVec mr de BeAuVeAu dANs uNe cAlèche de l’empereur. on ne peut être mieux soignés qu’ils ne le sont [le comte Adrien de Mailly, futur pair de France, le futur prince Charles Just François Victurnien de Beauvau-Craon, blessés l’un à KALOUGA, l’autre à la MOSKOVA]. mr de Gramont d›Aster est parfaitement rétabli [le comte et futur colonel et pair de France Antoine Louis Raymond Geneviève de Gramont d’Aster, blessé à la bataille de la MOSKOVA]... »
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Catalog
L'Empire à Fontainebleau
77300 Fontainebleau - France
03/23/2014

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