Photo 1/2 du lotPhoto 2/2 du lot

Find similar lots for sale on Interencheres

Lot no. 41
CORDAY (Charlotte). Manuscrit autographe intitulé « Adresse aux Français amis des loix et de la paix ». 3 pp. in-4 sur un bifeuillet de papier vergé azuré monté sur onglet sur un feuillet de papier fort in-folio ; quelques piqûres d'épingle ; apostilles de l'époque. Rarissime document historique écrit de sa main, le seul conservé aujourd'hui avec quelques lettres LE MANUSCRIT QUI FUT TROUVE SUR ELLE LORS DE LA FOUILLE QU'ELLE SUBIT A SON ARRIVEE A LA PRISON DE L'ABBAYE. « Elle est écrite de la main de Charlotte Corday, d'une écriture à grands traits, mâle, ferme, fortement tracée, et comme destinée à frapper de loin les regards. La feuille de papier est pliée en huit pour occuper moins de place sous le vêtement ; elle est percée de huit piqûres encore visibles par l'épingle qui l'attachait sur le sein de Charlotte » (Alphonse de Lamartine, Histoire des Girondins). L'écrivain avait eu communication du présent document pour la rédaction de son ouvrage. CHARLOTTE CORDAY, « L'ANGE DE L'ASSASSINAT » (Alphonse de Lamartine, ibid.). D'une famille aristocratique normande peu fortunée descendant de Pierre Corneille, Charlotte de Corday d'Armont vécut dans le grand Ouest français contrerévolutionnaire. Sensible aux idées nouvelles, mais horrifiée par les massacres sous la Terreur, elle conçut le projet d'assassiner le médecin, publiciste et conventionnel Jean-Paul Marat comme l'un des principaux responsables de ces excès. Elle parvint à se faire admettre au domicile de sa victime le 13 juillet 1793, et l'assassina d'un coup de couteau porté au cœur. Empêchée de s'enfuir mais épargnée par les personnes présentes, elle fut rapidement appréhendée par la police rejointe par des membres du Comité de Sûreté générale dont François Chabot, et par le substitut du procureur de la Commune de Paris Jacques-René Hébert, qui conduisirent un premier interrogatoire. Jean-Paul Marat était une figure très aimée du peuple et, à la nouvelle de son assassinat, plusieurs milliers de personnes se rassemblèrent devant chez lui et représentaient une menace réelle de lynchage. Cependant, les autorités sur place tenaient au maintien de l'ordre pour éviter une émeute du genre de celle de septembre 1792, voulaient affirmer l'autorité du Gouvernement face aux sans-culottes et donc organiser un procès en bonne et due forme, et surtout désiraient tirer de la meurtrière toutes les informations possibles sur son acte : en cette période où la Révolution était menacée par la guerre extérieure et par des conflits intérieurs, François Chabot et les autres étaient persuadés que leur prisonnière faisait partie d'un complot girondin – les fédéralistes (ou Girondins) réunissaient des troupes, notamment à Caen, patrie de Charlotte Corday, pour marcher sur Paris. Ils protégèrent donc leur prisonnière et réussirent à la faire transférer de nuit à la prison de l'Abbaye : elle y subit un nouvel interrogatoire et une fouille par les mêmes membres du Comité de Sûreté générale – c'est François Chabot qui trouva sur elle la présente Adresse aux Français, dont lecture fut faite sur le champ. Le lendemain, 14 juillet, on chargea de l'affaire l'accusateur public près le Tribunal révolutionnaire, Antoine-Quentin Fouquier-Tinville, le procès se tint le 17 juillet, et Charlotte Corday fut condamnée et exécutée le même jour. LE TESTAMENT POLITIQUE QU'ELLE ECRIVIT LA VEILLE DE SON ACTE MEURTRIER. Quoique d'une certaine naïveté sur la portée réelle de son acte, Charlotte Corday avait une armature intellectuelle très solide et désirait que ses motivations bénéficient de la plus grande publicité – elle avait d'abord pensé perpétrer son attentat en pleine Convention. Elle porta donc sur elle son Adresse aux Français (épinglée dans son corsage avec un extrait de baptême, car elle pensait qu'elle serait tuée), écrivit ensuite plusieurs lettres en prison et donna une forme claire et précise à ses idées, dédouanant ses proches en assumant tout personnellement. La présente Adresse, surtout, s'avère essentielle pour connaître ses vrais mobiles politiques pour un acte criminel paradoxalement perpétré au nom du respect des lois et de la paix civile. Dans un style relevant de l'esthétique du sublime propre à cette époque, Charlotte Corday s'applique à y justifier son attentat en recourant à différentes rhétoriques : celle antique du tyrannicide, justifié quand il frappe un pouvoir illégitime, celle moderne de l'honneur, donc du duel propre à l'éthique aristocratique, celle du pragmatisme (la violence contre un seul permettrait de mettre fin à la violence contre tous), et celle du sacrifice qui s'offre pour le salut d'autrui. LA PIECE QUE LE COMITE DE SURETE GENERALE FIT DISPARAITRE AVANT LE PROCES. Les conventionnels montagnards Nicolas-Sylvestre Maure et François Chabot, membres du Comité de Sûreté générale, étaient bien décidés à utiliser le procès de Charlotte Corday pour porter un coup fatal aux Girondins, et n'hésitèrent pas, pour en faire ses complices, à falsifier les faits et à susciter de faux témoins. Avant d'être transmise au Tribunal révolutionnaire, une partie des pièces de procédure passa entre les mains de François Chabot qui en avait besoin pour son rapport à la Convention, et il en retira la présente Adresse aux Français, car son contenu ne cadrait pas suffisamment avec sa thèse du complot girondin : elle ne fut pas remise à Antoine-Quentin Fouquier-Tinville et disparut pendant près de quarante ans. « PENDANT DEUX SIECLES, L’ASSASSINAT DE MARAT FUT UN DES PILIERS D’UNE MEMOIRE BIPOLAIRE OPPOSANT "LA REVOLUTION" (MARAT) A "LA CONTRE-REVOLUTION" (CORDAY) » (Guillaume Mazeau, « Le Procès Corday : retour aux sources », dans Annales historiques de la Révolution française, n° 343, janvier-mars 2006). « Jusqu'à quand, ô malheureux Français, vous plairés-vous dans le trouble et les divisions [?] Assés et trop longtems des factieux, des scélérats ont mis l'intérest de leur ambition à la place de l'intérest général..., pourquoi, ô infortuné[e]s victimes de leur fureur, pourquoi vous égorger, vous anéantir vous-même[s] pour établir l'édifice de leur tyranie sur les ruines de la France désolée. LES FACTIONS ECLATENT DE TOUTES PARTS, LA M[ON]TAGNE TRIOMPHE PAR LE CRIME ET PAR L'OPPRESSION, quelques monstres, abreuvés de notre sang conduisent [c]es détestables complots, et nous mènent au précipice par mille chemins divers, aveuglés par leurs assignats et plus encore par leurs insinuations perfides. Nous travaillons à notre perte avec plus de zèle et d'énergie que l'on ne nous en vit jamais pour conquérir la liberté ; ô Français, encore un peu de tems, et il ne restera de vous que le souvenir de votre existance passée. DEJA LES DEPARTEMENTS INDIGNES MARCHENT SUR PARIS [plusieurs insurrections girondines avaient éclaté en province, notamment à Caen où Charlotte Corday avait vécu], déjà le feu de la discorde et de la guerre civile embrase la moitié de ce vaste empire ; il est encore un moyen de l'éteindre, mais ce moyen, pour être efficace, doit être prompt ; déjà le plus vil des scélérats, Marat, dont le nom seul présente l'image de tous les crimes, en tombant sous le fer vangeur, ébranle la Montagne et fait pâlir Danton, Robespierre et autres brigands assis sur ce thrône sanglant, environné de la foudre que les dieux vangeurs de l'humanité ne suspendent sans doute que pour rendre leur chute plus éclatante, et pour effrayer à jamais tous ceux qui tenteraient d'établir leur fortune sur les ruines des peuples abusés. FRANÇAIS, VOUS CONNAISSES VOS ENNEMIS, LEVES-VOUS, MARCHES, QUE LA MONTAGNE ANEANTIE NE LAISSE PLUS QUE DES FRERES, DES AMIS ; j'ignore si le ciel vous réserve un Gouvernement républicain, mais il ne peut nous donner un Montagnard pour maître que dans l'excès de ses vangeances. Ô FRANCE, TON REPOS DEPEND DE L'EXECUTION DE LA LOI, JE N'Y PORTE POINT ATTEINTE EN TUANT MARAT, CONDAMNE PAR L'UNIVERS, IL EST HORS LA LOI ; quel tribunal me jugera ? Si je suis coupable, Alcide [autre nom d'Héraclès] l'était donc lorsqu'il détruisait les monstres, mais en rencontra-t-il de si odieux [?] O AMIS DE L'HUMANITE, VOUS NE REGRETTERES POINT UNE BETE FEROCE ENGRAISSE[E] DE VOTRE SANG, et vous tristes aristocrates que la Révolution n'a pas assés ménagés, vous ne le regretterés pas non plus, vous n'avez rien de commun avec lui. Ô ma Patrie, tes infortunes déchirent mon cœur, je ne puis t'offrir que ma vie, et je rends grâce au Ciel de la liberté que j'ai d'en disposer. Personne ne perdra par ma mort, je n'imiterai point Pâris en me tuant [Philippe-Nicolas-Marie de Pâris qui, pour venger l'exécution de Louis XVI, avait assassiné le conventionnel régicide Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, et s'était suicidé peu de jours après pour échapper à une arrestation certaine], je veux que mon dernier soupir soit utile à mes concitoyens – que ma tête, portée dans Paris, soit un signe de ralliement pour tous les amis des loix, que la Montagne chancelante voye sa perte écrite avec mon sang, que je sois leur dernière victime et que l'univers vangé déclare que j'ai bien mérité de l'humanité ; au reste, si l'on voyait ma conduite d'un autre œil, je m'en inquiette peu. "Qu'à l'univers surpris, cette grande action Soit un objet d'horreur ou d'admiration, Mon esprit peu jaloux de vivre en la mémoire, Ne considère point le reproche ou la gloire, Toujours indépendant et toujours citoyen, Mon devoir me suffit, tout le reste n'est rien. Allés, ne songés plus qu'à sortir d'esclavage." [citation de la tirade de Brutus dans la scène 2 de l'acte III de la tragédie de VOLTAIRE La Mort de César] Mes parents et amis ne doivent point être inquiettés, personne ne savait mes projets. Je joins mon extrait de baptême à cette adresse pour montrer ce que peut la plus faible main conduite par un entier dévouement. Si je ne réussis point dans mon entreprise, Français, je vous ai montré le chemin, vous connaissés vos ennemis, levés vous, marchés et frappés. » Provenance : l'historien lyonnais François-Nicolas COCHARD (1834, vente aux enchères). — Le baron Ferdinand de LA ROCHE-LACARELLE. — L'avocat et député Alphonse PAILLET, qui le communiqua à Alphonse Lamartine (Catalogue d'une belle collection de lettres autographes provenant de plusieurs cabinets, Paris, maison Sylvestre, 24 avril 1855, n° 399). — Le maître de forges et député Paul Vogt de HUNOLSTEIN. — Le diplomate, collectionneur et historien Félix-Sébastien FEUILLET DE CONCHES (d'après Adolphe de Lescure, Les Autographes et le goût des autographes en France et à l'étranger, Paris, J. Gay, 1865, p. 100). — L'historien et numismate Benjamin FILLON (Paris, maison Sylvestre, Étienne Charavay expert, séries I et II, 20-21 avril 1877, n° 557-4). — Alfred MORRISON (Alphonse Wyatt Thibaudeau, Catalogue of the collection of autograph letters and historical documents formed... by Alfred Morrison, [London, Strangeway & sons], vol. I, 1883, p. 242, avec reproduction intégrale pl. n° 52 ; troisième vente de sa collection chez Sotheby's, Londres, décembre 1918). — Arthur MEYER (Mes livres, mes dessins, mes autographes, Paris, s.n., 1921, n° 123, autographes, 5/III-1 ; Paris, Drouot, Francisque Lefrançois et Noël Charavay experts, 3-6 juin 1924, n° 129, autographes, 5/III-1). — Le banquier Christian LAZARD (Paris, Drouot, 19 mai 1967, n° 62). — Robert GERARD (Paris, Drouot, 19-20 juin 1996, n° 226). Ce lot est vendu sous réserve d'obtention d'une décision définitive concernant le statut du manuscrit. En attendant ce document reste sous séquestre dans les coffres de notre étude.
Pictures credits: Contact organization
Antique art and decorative objects
About the sale
Live
La Royauté à Versailles
78000 Versailles - France
06/11/2023
Offered by OSENAT
06 40 79 60 65

Find similar lots for sale on Interencheres

See more lots for sale on Interencheres
Value:€400 - €600
Live
06/07/2026
Offered by ROUILLAC
Value:€18,000 - €22,000
Live
06/07/2026
Offered by ROUILLAC
Value:€2,500 - €4,500
Live
06/04/2026
Offered by La Suite Subastas
Value:€600 - €800
Live
06/09/2026
Offered by ALDE
Value:€20,000
Live
06/07/2026
Offered by ROUILLAC
Value:€5,000 - €10,000
Live
06/04/2026
Offered by La Suite Subastas
Value:€250 - €300
Live
06/09/2026
Offered by ALDE
Value:€400 - €500
Live
06/09/2026
Offered by ALDE
Value:€200 - €300
Live
06/11/2026
Offered by WASSILIEFF D'ESPALUNGUE
Value:€3,000 - €5,000
Live
06/08/2026
Offered by ROUILLAC
Value:€600 - €800
Live
06/11/2026
Offered by WASSILIEFF D'ESPALUNGUE
Value:€50 - €100
Live
06/11/2026
Offered by BELLIER & FIERFORT Commissaires de Justice associés
Value:€1,200 - €1,500
Live
06/14/2026
Offered by Osenat
Value:€1,500 - €2,000
Live
06/14/2026
Offered by Osenat
Value:€300 - €500
Live
06/15/2026
Offered by KÂ- MONDO / KAPANDJI MORHANGE
Value:€400 - €500
Live
06/15/2026
Offered by KÂ- MONDO / KAPANDJI MORHANGE
Value:€15,000 - €20,000
Live
06/14/2026
Offered by Osenat
Value:€1,500 - €2,000
Live
06/15/2026
Offered by KÂ- MONDO / KAPANDJI MORHANGE
Value:€500 - €800
Live
06/18/2026
Offered by Rossini
Value:€100 - €200
Live
06/18/2026
Offered by Rossini
Value:€300 - €500
Live
06/15/2026
Offered by KÂ- MONDO / KAPANDJI MORHANGE
Value:€800 - €1,200
Live
06/18/2026
Offered by Rossini
Value:€300
Live
06/18/2026
Offered by OGER-BLANCHET
Value:€200 - €300
Live
06/18/2026
Offered by Rossini
Value:€400 - €600
Live
06/18/2026
Offered by Rossini
Value:€10,000 - €15,000
Live
06/16/2026
Offered by LE HAVRE ENCHERES - Maxence MAZZONI & Vincent NEYT
Value:€10,000 - €15,000
Live
06/16/2026
Offered by LE HAVRE ENCHERES - Maxence MAZZONI & Vincent NEYT
Value:€10,000 - €15,000
Live
06/16/2026
Offered by LE HAVRE ENCHERES - Maxence MAZZONI & Vincent NEYT
Value:€1,200
Live
06/18/2026
Offered by OGER-BLANCHET
Value:€150
Live
06/18/2026
Offered by OGER-BLANCHET