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Lot no. 20
DAVID (Jacques-Louis). Lettre autographe signée à Claude Thiénon, dessinateur du Cabinet du roi de Hollande Louis Bonaparte. S.l., 16 septembre 1807. 3 pp. in-12 d’une fine écriture serrée, adresse au dos, fentes aux pliures et aux marges avec restaurations. Magnifique lettre sur la peinture de son chef-d’œuvre Le Sacre de Napoléon, sur une demande de modification par Louis Bonaparte, et sur ses conceptions artistiques « Il ne sera pas dit que le roi aura formé un désir sans que je me mette en devoir de le satisfaire , SA MAJESTE DESIRE UN CHANGEMENT, IL FAUT QUE JE LUI OBEISSE. Ce sera un surcroît de travail pour moi mais n’importe, il est trop content de tout mon ouvrage que je veux le satisfaire en tout , mais priés... Sa Majesté de me seconder, et de ne pas me faire recommencer une figure aussi essentielle que celle-là et puis ensuite me laisser dans l’embarras , car COMME VOUS SAVES TOUT EST CALCULE DANS UN TABLEAU, ET LE CHANGEMENT D’UNE FIGURE PEUT AMENER UNE SUITE INCALCULABLE ET DESORGANISER TOUT UN COTE D’UN TABLEAU ET SOUVENT TOUT L’OUVRAGE. Mais il faudroit, pour y réussir, que Sa Majesté eût la complaisance de faire apporter des habits de cérémonies. S’il n’en a pas de la couleur, n’importe, je n’en ai pas besoin pour LE CROQUIS QUE JE VAIS FAIRE D’APRES LE ROI, VENDREDI. Ils ne me serviront que pour la forme : j’ai besoin également de la tocque et surtout d’une épée qu’il auroit au côté, partie essentielle pour un connétable. Si Sa Majesté n’a pas de tocque à Paris, elle pourroit envoyer prendre celle du prince de Berg [Joachim Murat]. Il est inutile qu’il soit chaussé, je saurai bien y suppléer. Je ne dis pas qu’il ait les habillemens sur le corps pour venir, j’entends seulement qu’il les fasse porter, pour les passer sur lui quand Sa Majesté sera à mon atelier. JE FAIS POUR LE ROI CE QUE JE N’AI JAMAIS FAIT DE MA VIE, mais il est si bon, mais il est si aimable que j’aimerois mieux risquer mon tableau que de lui déplaire. JE SUIS AUX ANGES D’AVOIR RETOUCHE LA TETE DE LA REINE. PEUT-ETRE REUSSIRAI-JE AUSSI BIEN POUR LE ROI, mais ceci est un peu plus sérieux, refaire une figure entière. N’importe, le motif en est trop beau. J’ESPERE QUE LA POSTERITE M’EN SAURA GRE. Faites, je vous prie,... toutes ces demandes à Sa Majesté, qui consistent à faire porter un habit de cérémonie avec le manteau, une cravatte, le grand cordon, la tocque, l’écharpe, l’épée avec le ceinturon. ASSURES SA MAJESTE QUE JE NE SERAI QU’UNE HEURE AU PLUS POUR FAIRE LE DESSIN, encore se reposera-t-elle. Je compte assés sur l’amitié qui nous lie pour être persuadé que vous en ferés part à Sa Majesté , vous en sentés mieux qu’un autre toute l’importance. Je suis, avec un dévouement éternel, votre très humble serviteur... » Le sacre, cérémonie mythique AU CŒUR DE LA LEGENDE NAPOLEONIENNE, LE TABLEAU DE DAVID IMMORTALISA LA JOURNEE DU 2 DECEMBRE 1804 qui vit, dans le chœur de Notre-Dame, l’empereur se faire sacrer par le pape, se couronner lui-même et couronner l’impératrice. Solennité civile et religieuse, le sacre fut décidé par Napoléon Ier dans une optique complexe : il s’agissait pour lui d’asseoir sa légitimité en faisant pièce au souvenir monarchique des Bourbons, de ménager ses soutiens républicains en ayant soin de proclamer son respect des lois, mais aussi de faire rêver les Français sortant d’une période troublée, et d’éblouir l’Europe. Cette longue cérémonie, bien que tenue un morne jour d’hiver et pour un bénéfice immédiat ambigu, devint néanmoins un des épisodes mythiques de cette période singulière de l’histoire de France : extraordinaire mise en scène du pouvoir, le sacre fut le principal moment de cette politique de l’image que suivit Napoléon à partir de la campagne d’Italie, et l’incarnation parfaite du style Empire par la réunion de tous les arts autour du nouveau monarque, à travers des contributions de Biennais, David, Denon, Fontaine, Isabey, Lesueur, Paisiello... C’EST TEL QUE LE PEIGNIT DAVID, QUE LE SACRE DEMEURE AUX YEUX DE LA POSTERITE. Le Sacre de Napoléon, chef-d’œuvre de David UNE SOMPTUEUSE PAGE D’HISTOIRE REECRITE POUR LA POSTERITE. Au faîte de sa célébrité, le peintre David était devenu le chef de file du néo-classicisme et, homme politique radical ayant laissé des œuvres inoubliables magnifiant les grandes heures de la Révolution, il s’était rallié avec enthousiasme au nouveau régime. Bonaparte faisait montre d’une grande admiration pour lui : devenu empereur, il le nomma son premier peintre et lui commanda le tableau du Sacre dès le printemps 1804. David obtint une place en loge à la cérémonie pour exécuter des dessins sur place, puis mena un long travail de peinture de 1805 à la fin de 1807 dans la chapelle de l’hôtel de Cluny, avec entre autres des séances de pose auxquelles de nombreuses personnalités représentées acceptèrent de se plier. S’inspirant du Couronnement de Marie de Médicis par Rubens, mais conférant à sa composition un hiératisme antique, le peintre inscrivit l’événement dans la grande tradition européenne tout en appliquant des principes conformes aux inclinations de l’empereur et à ses propres conceptions esthétiques. « Œuvre de propagande, [Le Sacre de Napoléon] est un mélange de témoignage (costumes, portraits), d’air du temps (ambiance antique), de politique (même les adversaires du sacre ont l’air figés par l’émotion) et d’idéalisation de commande (décor, postures, position et choix des acteurs) » (Thierry Lentz). Dans son autobiographie, David affirme la valeur documentaire de son œuvre : « Aussi le tableau représente-t-il la cérémonie avec la dernière fidélité. J’y dessinai l’ensemble d’après nature, et je fis séparément tous les groupes principaux. Je fis des notes pour tout ce que je n’eus pas le temps de dessiner , aussi on peut croire, en voyant ce tableau, avoir assisté à la cérémonie. Chacun y occupe la place qui lui convient, étant revêtu des habillements de sa dignité. On s’empressa de venir se faire peindre, et dans un tableau qui contient plus de deux cents figures, on peut assurer que les principales (au nombre de cent et plus) sont la ressemblance fidèle des personnages qui y figurent, le pape Pie VII compris, qui s’y prêta avec la meilleure grâce du monde » (cité par J.-L.-J. David, p. 432). en fait, si David recréa le moment essentiel de l’événement, insufflant la vie à ses personnages, il procéda parfois, selon les désirs de Napoléon Ier, à une réécriture de l’histoire : il représenta par exemple Letizia Bonaparte, alors que celle-ci, hostile à Joséphine, fut en réalité absente. Pour autant, le tableau du Sacre, parce que devenu un monument universellement connu, a finalement imposé sa version comme plus vraie que la vie. Le tableau ne fut exposé que six mois sous l’Empire : au Louvre à partir de janvier 1808, au Salon en octobre 1808, puis en 1810 lors du concours décennal. Le divorce puis le remariage de Napoléon Ier reléguèrent dans l’ombre cette œuvre dont Joséphine occupe le centre, et qui ne serait à nouveau offerte aux yeux du public qu’à partir de la monarchie de Juillet. LE SACRE DE NAPOLEON EST DEVENU UN DES TABLEAUX LES PLUS CELEBRES DU MONDE. « Comme vous savés tout est calculé dans un tableau... » Cette lettre de David s’avère un de ses écrits importants sur l’art, mais offre aussi l’illustration de la manière paradoxale dont il concilia sa liberté d’artiste et son adhésion au régime impérial, c’est-à-dire récriminant mais acceptant de modifier son œuvre. « Je fais pour le Roi ce que je n’ai jamais fait de ma vie... » LOUIS BONAPARTE RECLAMA UNE PLACE PLUS HONORABLE DANS LA COMPOSITION DU TABLEAU : le roi de Hollande, frère de l’empereur, se montra insatisfait de la version presque achevée. Comme le révèle une étude au lavis conservée au musée du Louvre, il s’y trouvait en effet presque caché par le portrait en pied de son frère Joseph. David accepta par la présente lettre de réviser son œuvre et plaça alors Louis Bonaparte également en pied à droite de son frère. Il dut pour cela déplacer 5 dignitaires qui se retrouvèrent de ce fait à moitié cachés : les maréchaux Kellermann, Lefebvre, Pérignon, le grand maréchal du Palais Duroc, et un cinquième devenu inidentifiable. Louis Bonaparte, cette fois pleinement satisfait, demanderait même à David une copie de l’œuvre, qui ne se ferait pas. David avait déjà accédé semblablement à des demandes de modifications de la part de l’empereur, retravaillant ainsi significativement les effigies de celui-ci et du pape. « Vous en sentés mieux qu’un autre toute l’importance... » AMI DU ROI LOUIS ET INTIME DE LA REINE HORTENSE, LE PEINTRE CLAUDE THIENON (1772-1846) se spécialisa dans les compositions de paysages, et demeure également connu comme aquarelliste et lithographe. Il fut attaché au service de Louis Bonaparte, en Hollande puis à Paris où il devint « directeur des pensionnaires du royaume de Hollande », c’est-à-dire des artistes hollandais séjournant en France avant d’être envoyés à l’École française de Rome. David s’adresse donc à lui comme à un intermédiaire obligé avec Louis Bonaparte mais aussi comme à un confrère à même de comprendre ses exigences en matière artistique. Claude Thiénon fut très proche de la reine Hortense, au point d’avoir été parfois désigné comme le véritable père de Napoléon III. LA PRESENTE LETTRE, BIEN QUE CELEBRE, EST GENERALEMENT CITEE DANS UNE VERSION FAUTIVE ET LACUNAIRE établie par son premier éditeur, Jacques-Louis-Jules David, dans Le Peintre Louis David. 1748-1821. Souvenirs & documents inédits (Paris, Victor Havard, t. I, 1880, pp. 435-436). Cette version est ainsi reprise dans Documents complémentaires au catalogue de l’œuvre de Louis David, de Daniel et Guy Wildenstein (Paris, Fondation Wildenstein, 1973, p. 175, n° 1507), ou encore dans Le Sacre de Napoléon, peint par David, de Sylvain Laveissière (Paris, musée du Louvre, 2004, p. 9). .JOINT, le certificat d’exportation concernant ce document.
Pictures credits: Contact organization
Books, Manuscripts and Comic books
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Catalog
L'Empire à Fontainebleau
92500 Rueil-Malmaison - France
09/21/2014

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