Lot no. 9
DEIBLER (Anatole). Ensemble de 14 carnets
Des carnets d'exécution inédits.
Dès le tout début de sa carrière auprès de son grand-père en Algérie en 1885, Anatole Deibler, qu'on surnommait familièrement «Monsieur de Paris», consigna des renseignements sur les personnes qu'il exécutait. Il entama une première série de carnets intitulés «Exécutions» dans lesquels il inscrivait le lieu et la date de son action (progressivement il ajouta l'heure et des mentions météorologiques), le nom du condamné à mort, les éléments de la condamnation (date, tribunal, et motifs). Chaque exécuté était numéroté dans l'ordre chronologique.
A partir de 1891, il ouvrit parallèlement à la première une seconde série de carnets, intitulés «Condamnations» dans lesquels il exposait, à la date des condamnations, le détail des circonstances du crime, parfois sous la forme d'une narration littéraire avec dialogues, en ajoutant quand il l'estimait nécessaire des renseignements sur le déroulement du procès : ««Brouillon» plus intime que les «carnets d'exécutions», cet exercice constitue une soupape de sécurité psychologique dans son existence d'»écorcheur» (selon Gérard A. Jaeger, Anatole Deibler (1863-1939). L'Homme qui trancha 400 têtes, Paris, Editions du Félin, 2001, p. 92).
Très méticuleux, Anatole Deibler annota ces carnets de condamnations en désignant d'une croix rouge les personnes exécutées, d'une croix bleue celles qui bénéficièrent d'une grâce, et barrant d'une grande croix bleue les procès annulés (vices de formes, suicides et autres décès des condamnés, fusillés militaires...).
Ces carnets constituent une source historique de tout premier plan.
En près de quarante ans d'exercice, Anatole Deibler a tranché la tête de 395 hommes et femmes dont la diversité offre un témoignage inestimable sur la sociologie des auteurs de crimes et délits : rôdeurs des villes et des campagnes, empoisonneuses, rois de la cambriole, jaloux, parricides et fratricides, maquisards corses, anarchistes et adeptes illégalistes du radicalisme politique, membres du crime organisé, pirates, violeurs, déments, etc.
Les sinistres singularités du «moment suprême».
Certaines notices précisent des anecdotes marquantes concernant le moment de l'exécution, «moment suprême» selon Deibler lui-même : derniers actes ou paroles, comportements intriguants ou excessifs, etc. : «Il donna un violent coup de poing en pleine poitrine au gardien qui lui enlevait les fers et il fallut le ligoter à terre» (l'Italien Spagiari, exécuté à Chambéry, 9 mai 1891).
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