Lot no. 187
Épée d'uniforme de Joseph Bonaparte, offerte à Louis Maillard. Lame droite triangulaire, bleuie au premier tiers avec décors gravés et dorés. Au talon, sont gravées la marque aux raisins et les lettres « N. K », cravate en drap écarlate (L. : 84 cm). Monture en vermeil entièrement ciselé d'un décor en bas-relief sur fond amati : le clavier présente Minerve, assise sur un trophée d'armes, armée d'un bouclier et tenant un faisceau de licteurs. La branche de garde est ornée de culots, fleurs, palmes et masque de lion. Le pommeau porte un griffon. La fusée est recouverte de deux plaques de nacre cannelée entre deux baguettes en vermeil ciselé de lauriers. Dans la plaque de fusée externe est incrusté un motif en navette décoré d'une victoire ailée. Fourreau en cuir noir avec deux garnitures en vermeil : chape ciselée de palmes avec un bouton de suspension orné d'une abeille, et bouterolle, avec petit dard en fer, gravée de palmes et flèches. L. : 101,5 cm. Avec son ceinturon porte-épée en drap de laine blanc décoré d'un rameau de laurier, ondulant entre deux bandes, en broderie directe de filé couvert argent doré, et portant passants et boucle en vermeil avec fermeture en S. L. : 97 cm - H : 15,5 cm France, Paris vers 1810. État de conservation : excellent. Consolidations à la couture du fourreau en cuir. Ceinturon renforcé par une doublure moderne comblant de petites lacunes, dorure usée sur les broderies. Provenance : Joseph Bonaparte Louis Maillard vers 1839 Adolphe Maillard, fils de Louis Descendance d'Adolphe Maillard en Californie depuis 1867 Musée de San Francisco, jusque dans les années 1980. Note - Antoine-Modeste Fournera était un célèbre fourbisseur parisien ainsi qu'un orfèvre de renom. Installé 8 rue de Perpignan puis, à partir de 1811, 28 rue Neuve Saint-Nicolas, il commença d'insculper son poinçon d'orfèvre en 1806 (voir Arminjon 1991, p.59). Fournera travailla pour la Cour de Napoléon I et fournit des garnitures en argent ou vermeil à d'autres grands armuriers de son temps. Il exécuta les pièces en vermeil de la monture et du fourreau pour le couteau de chasse, commandé à E. Pirmet pour le Prince Camille Borghèse (1775-1832), époux de Pauline Bonaparte, et il cisela une abeille sur le bouton de chape (voir MMA de New York n°1982.136). Après Waterloo, Joseph Bonaparte fut contraint à l'exil et il se rendit en Amérique où il prit le nom de Comte de Survilliers, le nom de la commune où se trouvait son ancien château de Mortefontaine près d'Ermenonville. En 1816, Joseph acheta « Point Breeze » : un grand domaine près de Bordentown dans le New Jersey, à 40 Km au Nord-est de Philadelphie. Il fit construire un manoir, sur un promontoire dominant la rivière Delaware, où il installa une vaste collection de peintures européennes (Murillo, Vélasquez, Canaletto, Rubens, Rembrandt, da Vinci...), entre autres objets d'art et meubles précieux, et une bibliothèque comprenant plus d'ouvrages que celle du Congrès. Il y recevait les célébrités de la politique, de la finance, des juristes et du monde littéraire. En 1824, le Général Lafayette se rendit deux fois à « Point Breeze », lors de sa tournée triomphale des États-Unis. Joseph y séjourna de 1815 à 1832, puis brièvement en 1835-36 et en 1837-39. Prétendant Bonapartiste, il s'était installé à Londres, en 1832, pour se rapprocher de la France où il ne pourra jamais retourner. En 1839, il fut autorisé à se rendre en Italie et il s'installa à Florence où il mourut en 1844. Louis Maillard était le secrétaire particulier et homme de confiance de Joseph. C'est lui qui avait la charge de transporter la mallette de bijoux et diamants non taillés d'une valeur de six millions de dollars, lors du voyage de Suisse en Amérique en 1816. C'est encore Maillard qui, après un périlleux retour en Europe en 1817, récupéra et rapporta à « Point Breeze » la cassette, contenant or et pierres précieuses, enfouie en Suisse par Joseph. Sur le retour, Maillard s'était rendu en Belgique auprès de Julie Clary, épouse de Joseph et belle-sœur de Bernadotte, dont la santé précaire interdisait le long voyage jusqu'en Amérique. Toutefois, Maillard se fit accompagner de Zénaïde et Charlotte, les deux filles de Joseph et Julie. À son départ définitif des États-Unis, Joseph exprima sa gratitude à Louis Maillard qui l'avait servi fidèlement durant 36 ans. Il lui remit une ferme prospère, ses actions dans le Pennsylvania Union Canal et 10.000 dollars pour les besoins éventuels de ses maîtresses (Annette Savage et Émilie Lacoste) et de sa fille naturelle (Caroline fille d'Annette). C'est vraisemblablement à cette époque que Joseph remit à Louis Maillard son épée en vermeil par Fournera avec son ceinturon. JOSEPH BONAPARTE Joseph Bonaparte (1768-1844) était le frère aîné de l'Empereur Napoléon I. Membre du Conseil des Cinq-Cents, puis du Corps Législatif et du Conseil d'État, il eut un rôle de négociateur dans la Convention de Mortefontaine avec les Américains, la Paix de Lunéville avec l'Autriche et la Paix d'Amiens avec l'Angleterre. Devenu Grand Électeur puis Sénateur, il refusa cependant de son frère la couronne du royaume d'Italie. Il ne pourra refuser celle de Naples et des Deux-Siciles, où il régna du 31 mars 1806 au 5 juillet 1808. Joseph fut remplacé par Murat, alors qu'il était déjà sur le trône d'Espagne et des Indes, depuis le 7 juin 1808. Chassé d'Espagne, il revint en France et fut chargé d'assurer la défense de Paris, en janvier 1814, qu'il fut contraint d'abandonner. Il se retira en Suisse et y acheta le domaine de Prangins. Pendant les Cent-Jours, il fut Pair et Président du Conseil des Ministres.
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05/30/2008
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