Lot no. 67
Exceptionnelle suite d'un canapé et de six fauteuils à la Reine, d'époque Louis XVI, en bois redoré et sculpté, couverts de tapisserie de Beauvais à bouquets de fleurs sur fond jaune, estampillés J.B. Séné.
Le canapé, légèrement et très anciennement raccourci, à dossier rectangulaire présente des accotoirs arrondis, terminés par un enroulement surmonté d'une pomme aplatie qui viennent directement s'amortir sur une ceinture droite avec une feuille de refend.
Il est entièrement sculpté de piastres avec roses aux angles et repose sur huit pieds fuselés à cannelures rudentées.
Les fauteuils, sculptés à l'identique, sont à dossier légèrement ovale supporté par deux consoles à cannelures. Les accotoirs droits sont portés par des consoles se terminant par une feuille de refend. La ceinture avant est arrondie et les pieds sont cannelés.
(Quelques usures aux tapisseries des assises du canapé et des siècles, éclats à la dorure des bois.)
Par Jean-Baptiste Séné (1747-1803).
Canapé : Haut. 101,6 cm, Larg. 186,5 cm, Prof. 62,5 cm.
Fauteuil : Haut : 100, 2 cm, Larg. 65 cm, Prof. 56,5 cm.
Marques :
Marque au feu « EU » sous couronne fermée.
Numéros au pochoir : 8976, 8977, 8978, 8986
Provenance :
Collection de Jean-Régis de Cambacérès, archichancelier de l'Empire (1753-1824),
Collection de la duchesse d'Orléans (1755-1821),
Collection de Louis-Philippe (1773-1850), roi des Français (1830-1848) au château d'Eu,
Collection Lehideux,
Paris, vente, Galerie Charpentier, 7-8 décembre 1954, n°205.
Références bibliographiques :
Jean Nicolaÿ, L'Art et la Manière des Maîtres Ébénistes Français au XVIIIe siècle, Paris, 1976, article I.B. Séné, fig. P. Christian Baulez, «?Hôtel Cambacérès?», in Le Faubourg Saint-Germain, La rue Saint-Dominique, Hôtels et Amateurs, Musée Rodin, 1984, pp. 167- 175, n° 292.
Peter Hughes, The Wallace Collection Catalogue of Furniture, Londres, 1996, t. I, pp. 150 à 155
Typique des grandes productions de Jean-Baptiste Séné pour les maisons Royales et les demeures de la haute aristocratie, cet ensemble est inventorié le 1er janvier 1807, dans le Salon Boisé donnant sur le jardin, du rez-de-chaussée de l'hôtel d'Elbœuf, alors résidence du prince Archichancelier de l'Empire, Jean-Régis de Cambacérès : « - Un canapé bois à moulures sculptées, pieds à gaine cannelées et dorées à l'huile, garni en plein avec joue fermée, couvert en étoffe de soie, fond blanc brochée, à bouquets et oiseaux en coloris avec attributs de jardinage, les champs en étoffe idem, crénelée fond vert d'eau avec nœuds de rubans, clouée de crête de soie nuée, deux oreillers en plume, couverts en gros de Tours vert pomme et ornés de crête avec glands de soie nuée. Ledit canapé long. 2 m 25. - Dix grands fauteuils meublants garnis en plein, dossier à médaillons, bois et couvert comme le canapé. »
En 1808, le percement de la rue de Rivoli, contraint Cambacérès a abandonné sa demeure.
Il acheta l'hôtel de Roquelaure, rue Saint-Dominique, dans lequel il fit faire d'importants travaux terminés en 1810. À cette occasion l'empereur lui fit don du mobilier de l'hôtel d'Elbœuf, à l'exception des tapisseries qui revinrent au Garde Meuble impérial, et lui accorda une indemnité de 300 000 francs.
Le 10 février 1816 Cambacérès céda l'hôtel, avec le mobilier garnissant le rez-de-chaussée, à la duchesse douairière d'Orléans, mère de Louis-Philippe roi des Français.
C'est entre 1808 et 1821 que le canapé et les dix fauteuils de Séné furent recouverts en tapisserie de Beauvais du XVIIIe siècle.
L'inventaire après décès de la duchesse, morte le 23 juin 1821 décrit en effet le mobilier dans son état actuel, et le canapé faisant environ 6 pieds (soit 194,7 cm).
Exceptional suite of a canapé and six fauteuils à la Reine, of the Louis XVI period, in regilt and carved wood, upholstered with Beauvais tapestry of flower bouquets on yellow ground of the Louis XVI period, stamped J.B. Séné, having belonged to Jean Régis, Prince Arch Chancellor of the Empire under Napoleon, and to King Louis Philippe in the Château d'Eu.
La garniture de tapisserie des meubles destinés aux appartements d'apparat connue une nouvelle vogue à la fin de la l'Empire. Néanmoins, il semble que ce soit sous la Restauration, qu'elle prit une plus grande ampleur, par le choix de garnitures anciennes qui n'avaient pas été encore utilisées, par le remploi de celles qui avaient été retirées de sièges garnis en étoffe entre 1795 et 1815, ou encore par le retissage de garnitures neuves d'après des cartons anciens.
On ne peut exclure que ce fut sur ordre de Cambacérès qui les appréciait particulièrement que furent posées les tapisseries Il posséda un ameublement orné de bouquet de fleurs sur fond jaune, également de Beauvais, mais dont les bois étaient en acajou, placé dans l'Antichambre des Valets de Chambre en 1808.
Elles le furent plus certainement à la demande de la duchesse d'Orléans. Le canapé fut légèrement rétréci pour s'adapter au décor qui le pare aujourd'hui.
Six fauteuils du Grand Salon sur la Cour de l'hôtel d'Elbœuf, connurent la même destinée que les sièges présentés. Couverts de « lampas bleu à dessins de cyclope, ou lampas à dessins turcs fond bleu et blanc ou bleu ciel, aurore et blanc », ils furent également regarnis de tapisserie de Beauvais. Inventoriés au Château d'Eu sous les numéros 8949 à 8954, ils sont aujourd'hui conservés à la Wallace Collection de Londres (Inv. F 179-184).
La même institution conserve deux autres exemples de même nature. Le premier (Inv. F 233-238) concerne six chaises du Salon des Jeux de Louis XVI à Fontainebleau que Louis XVIII donna au comte de Stacpoole, irlandais de bonne race, qui l'avait notoirement aidé durant son exil, naturalisé français et installé à Paris. Le second (Inv. F 208-218) est celui d'un salon, également donné par Louis XVIII au comte de Stacpoole, saisi à la Révolution chez le duc de Montmorency, et qui servit jusque avant 1810 au Ministère de la Police Générale. Dans les deux cas, les meubles furent garnis en tapisserie avant 1825, et probablement après 1818, certainement par le tapissier François-Louis-Castelneau Darrac.
François-Régis de Cambacérès (1753-1824), Deuxième Consul en 1799, puis prince Archichancelier de l'Empire avec qualification d'Altesse Sérénissime, duc de Parme, président du Sénat, membre de la classe des Sciences Morales et Politiques de l'Institut, &c…, immensément riche par une gestion saine de ses revenus, fut par son rang le plus éminent dignitaire de l'Empire.
Dès qu'il devint parvint au pouvoir, il s'installa somptueusement au cours de l'année 1800 dans l'ancien hôtel d'Elbœuf choisissant avec soin dans les dépouilles de l'ancien Garde Meuble de la Couronne et des saisies révolutionnaires, les meubles les plus précieux datant du règne de Louis XVI. La provenance de son mobilier est prestigieuse, Louis XVI, Marie-Antoinette, les comtes de Provence et d'Artois, frères du Roi, Mesdames, tantes du Roi, et autres grands du royaume. On y retrouvait notamment : la commode de la chambre du Roi à Versailles (Musée de Chantilly), la commode la chambre du prince de Condé au palais Bourbon (Londres, Wallace Collection), le lit du comte Vaudreuil (Paris, musée Cognacq Jay), deux grandes tables en console provenant du château de Fontainebleau (l'une est au Musée du Louvre), le secrétaire du Cabinet Intérieur de Louis XVI à Compiègne (New York, Metropolitan Museum of Art).
Il disposa notamment parmi ses pendules de deux strictement identiques à trois cadrans, l'une faite pour Mesdames à Bellevue (Detroit Institute of Art), l'autre provenant du comte de Provence au palais du Luxembourg, et pour son éclairage d'une paire des bras de lumière du Salon des Jeux de Marie-Antoinette à Compiègne.
Le château d'Eu, dont le roi Louis-Philippe avait hérité de sa mère, avait appartenu à un des petits-fils légitimés de Louis XIV, le comte d'Eu.
Il fut une des résidences favorites du souverain, et au cours de son règne se plut à y recevoir ses alliés dont la reine Victoria.
Les dix fauteuils y furent inventoriés sous les n°s 8977 à 8986 et le canapé sous le n°8976, ce qui correspond aux numéros relevés sur les sièges présentés ici. Avec les quatre autres fauteuils, aujourd'hui laqués blanc rechampi en gris bleu (vendus par Sotheby's, à Monaco, le 22 juin 1991, n° 533, puis à New York, le 22 mai 1993, n° 282 et dans la même ville le 4 mai 1999), l'ensemble est complet.
Cet ensemble listé dans le dépôt des meubles et objets d'art, n'avait pas d'emplacement fixe car il était destiné, comme les sièges (F 179-184) de la Wallace Collection, à meubler les appartements préparés pour les personnalités de haut rang que le souverain invitait dans ce qu'il considérait être une villégiature personnelle. Ainsi ils figurèrent un moment dans l'appartement destiné à sa belle-fille, la duchesse de Nemours.
Après la Révolution de 1848, la réciprocité de l'application d'une loi instaurée par Louis XVIII à l'encontre des membres de la famille impériale, conduisit à la dispersion des biens privés de la famille d'Orléans dont l'exceptionnelle collection de tableaux espagnols, que Louis-Philippe avait déposée au Louvre, ce et dont ce musée ne s'est jamais remis. Lors de ces ventes, en France et en Angleterre, les acquéreurs furent nombreux dont le marquis d'Hertford, à l'origine de la Wallace Collection de Londres, et également le duc d'Aumale pour son château de Chantilly, qui racheta la fastueuse commode livrée par Riesener pour la chambre de Louis XVI, venant aussi nous l'avons vu de Cambacérès.
Jean-Baptiste Séné (Paris 1747- Paris1803). Fils de Claude Ier Séné, il fut reçu maître menuisier à Paris, le 10 mai 1769. Installé rue de Cléry à l'enseigne du Gros Chapelet. Entre1780-1785, il fut associé avec Louis-Charles Carpentier dont la réputation était grande et la clientèle très importante. À partir de 1784, il se partagea avec Georges Jacob, et dans une moindre mesure Jean-Baptiste Boulard, la totalité des commandes destinées à remeubler les résidences royales Versailles, Saint-Cloud, Compiègne, Fontainebleau et Montreuil, et notamment les appartements de Marie-Antoinette à Saint-Cloud.
Il eut aussi une vaste clientèle privée.
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