Lot no. 131
Fauteuil à dossier renversé terminé par un enroulement, en acajou et placage d'acajou mouluré, les accoudoirs ornés de cannelures à enroulement terminés par des cornes d'abondance stylisées à godrons. La ceinture antérieure légèrement arrondie repose sur des pieds antérieurs fuselés à bagues et des pieds postérieurs arqués Estampillé Georges JACOB Vers 1790 (Restaurations) 95 x 58 x 47 cm Il porte une étiquette dactylographiée avec l'inscription : “Fauteuil en acajou fait par Georges Jacob pour le Pavillon chinois de la Princesse Kinsky. Ancien mobilier du château des Granges” Provenance : Collection de la princesse Kinsky. Le fauteuil que nous présentons a été réalisé pour l'ameublement du Pavillon chinois de l'hôtel de la Princesse Kinsky rue Saint-Dominique à Paris. Le mobilier comprenait également une série de chaises, dont une paire portant une étiquette avec la mention “Pavillon chinois de madame la Ctsse Quinsqui” faisait partie du domaine des Granges (1). L'architecte Charles Percier a fourni le modèle du fauteuil comme en témoigne un dessin préparatoire (2). Georges Jacob a réalisé ce modèle très novateur dans les années 1790. Un autre exemplaire, présentant des accoudoirs en crosse identiques mais avec des pieds antérieurs fuselés, est conservé dans une collection particulière (3). Ce siège a également été réalisé par Georges Jacob quelques années plus tard en changeant la garniture “en plein” par un dossier ajouré à grille, un exemplaire de cette version a été livré pour la salle à manger du château de la Malmaison (4). Marie-Léopoldine-Monique comtesse Palffy d'Erdöd, princesse Kinsky (1729-1794), petite fille d'un Prince palatin de Hongrie, épouse en 1748 François-Joseph prince Kinsky, ancien ambassadeur de la cour de Vienne à Saint-Pétersbourg et à Paris, qui meurt l'année suivante. La princesse Kinsky évolue dans l'entourage proche de l'impératrice d'Autriche Marie-Thèrese avant de quitter Vienne pour Paris en 1761, peut-être pour suivre le duc de Choiseul, ambassadeur de France, devenu son amant. Elle réside notamment dans un hôtel rue de Richelieu, avant de s'installer dans l'hôtel de la rue Saint-Dominique. Erudite, elle collectionne les estampes et se passionne pour la musique. Elle meurt en 1794. L'Hôtel Kinsky est construit en 1770 sur des plans de Claude Nicolas Ledoux pour Elisabeth de Lamoignon, épouse séparée du Président du Parlement. La princesse Kinsky en fait l'acquisition en 1773 et entreprend d'importants travaux qui durent plus de vingt ans, employant successivement trois architectes : François-Simon Houlié, Gilles-Paul Cauvet et Charles-Joachim Benard. La Princesse investit des sommes considérables afin de remanier entièrement et plusieurs fois l'agencement des pièces et leur décor. La salle à manger d'hiver possède une tribune pour musiciens, l'hôtel comprend toujours, malgré les différentes configurations, deux salons de musique, et un appartement dans l'hôtel est attribué au musicien Jean-Antoine (dit Leontzi) Honauer. Ces dispositions témoignent de l'importance de la musique dans la vie de Marie-Léopoldine. La majorité des plafonds peints sont réalisés par Simon Julien de Toulon, dont celui du salon de compagnie en 1779 représentant “Le Génie inspiré par Minerve au milieu de l'assemblée des Muses” où l'on peut admirer le seul portrait connu de la princesse Kinsky. Le mobilier est exécuté par le menuisier Georges Jacob. La princesse accorde également un grand soin au jardin et confie plus particulièrement sa réalisation à l'architecte Benard. A partir de 1790, le parc autrefois à la française est transformé dans le style anglo-chinois et agrémenté de fabriques construites sur la “montagne” créée au fond du jardin. Il comprend : une orangerie, une serre chaude, un petit lac, un pont chinois, un grotte et un pavillon chinois. Ce dernier est édifié en 1790 par Benard. Il reçoit un décor sculpté par Wiffel et un décor peint par Montigny, Langlois et surtout Moench. Georges Jacob obtient 1748 livres pour réaliser le mobilier. (5) A la mort de la princesse Kinsky en 1794, l'hôtel est confisqué puis vendu. Il connaît de nombreux propriétaires dont William Beckford, le maréchal Lannes, le duc de Gramont, le baron Sellière, l'ambassade d'Espagne, avant de devenir la propriété de l'administration en 1945. Il est aujourd'hui le siège de la Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles du Ministère de la Culture et de la Communication. (6) (1) Vente Paris Galerie Georges Petit 2 juillet 1920 n° 103 ; Vente René Fribourg le 28 juin 1963 vol. III, n° 183 et Vente New York 29 octobre 1993 n° 145 (2) Conservée dans une collection privée (3) “Mobilier Directoire Empire” par Chantal Bizot, Edition Massin Paris, p. 21 (4) “Malmaison, château et domaine des origines à 1904” par Bernard Chevallier 1989 n° 241 (5) “L'hôtel Kinsky” par Christian Baulez, in “Le Faubourg Saint Germain, la rue Saint Dominique, Hôtels et Amateurs” Musée Rodin 11 octobre- 20 décembre 1984, p. 125 (6) Opus cité page 113 à 133
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06/20/2006
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