Lot no. 58
Francis Picabia (1879 - 1953) L'Ombre Ca 1927-1928 Gouache, encre, collage de cellophane et mine de plomb sur carton Signé en bas à droite : Francis Picabia 107 x 76 cm. Provenance : Théophile Briant, Paris - Georges Hugnet, Paris - Galerie de l'Elysée, Paris - Pedro Vallenilla Echeverria, Caracas - Collection particulière, Paris Expositions : Paris, Galerie Th. Briant, Picabia, oct.-nov. 1928, rep. pl. 1, n° 3 - Paris, Galerie Léonce Rosenberg, Francis Picabia, Trente ans de peinture, déc. 1930, n° 25 - Marseille, Musée Cantini, Picabia, mars-mai 1962, n° 50 - New York, The Salomon R. Guggenheim Museum, Francis Picabia, sept.-déc. 1970, n°91 - Paris, Galeries nationales du Grand Palais, Francis Picabia, janv.-mars 1976, n° 177 Bibliographie : G. Isarlov, Picabia peintre, Collection Orbes, Paris 1929, p. 26 non rep. - M. Jean, Histoire de la Peinture Surréaliste, Ed. du Seuil, Paris 1959, p. 144 et rep. p. 146 - M. Jean, The History of Surrealist Painting, Ed. Weidenfeld and Nicholson, London 1960, p. 144 - M. Le Bot, Francis Picabia et la crise des valeurs figuratives, 1900-1925, Ed. Klincksieck, Paris 1968, p. 184 non rep. - W. Camfield, Francis Picabia, Ed. The Solomon R. Guggenheim Foundation, New York 1970, rep. n&b p. 133 - W. Camfield, Francis Picabia, His art, life and times, Ed. Princeton University, Princeton 1979, rep. n° 306 Le personnage qui campe au centre de la gouache est bien étrange : silhouette stylisée, il rappelle le protagoniste de La feuille de vigne ou de Dresseur d'animaux, vu non plus de profil, mais de face. Il emprunte aussi aux figures des « Monstres », la série que Picabia a réalisée dans les années 25, le nez pointu, le crâne dégarni, le menton anguleux, l'œil qui ressort comme élément principal du visage. Les analogies s'arrêtent là : les couleurs criardes des « Monstres » ont laissé la place à des tons pastel et ocre, sur un fond dépouillé et dépourvu de profondeur. De même, l'assurance du Dresseur disparaît ; ici la figure est dans une attitude craintive, recroquevillée sur elle-même, les mains levées comme pour se protéger. De quoi a-t-elle peur ? La réponse est immédiate : de son ombre. Celle-ci ne se trouve pas derrière le corps blanc, n'est pas sa projection partielle, comme la logique voudrait, mais, transparente, elle le devance, créant un double du personnage. Comme dans la série des « Transparences », commencée en 1927 - 28, les formes se redoublent et se chevauchent, parfois se triplent, même. Picabia utilise de la cellophane bleue pour rendre l'ombre du personnage : il s'agit d'un procédé formel utilisé pour créer un choc psychologique, un contraste entre ce qui est représenté et ce qui devrait être. « …une ivresse légère naît de la contemplation de ses plus belles toiles, dont beaucoup ont le don de mettre le spectateur en état d'alerte, de saisissement, comme si, égaré dans une forêt, la nuit, il tombait soudain sur une fête de lutins et de fées » (1). La virtuosité technique utilisée ici peut faire penser - dans un autre registre - à L' empire des lumières que Magritte réalisera quelques décennies plus tard ; le même sens d'étrangeté se dégage. Un autre élément de L' Ombre est le papillon : l'artiste l'a souvent introduit dans ses œuvres, dans les années '25 - '28. Dans Les papillons des lépidoptères sont posés sur les bords du tableau, où leurs ailes projettent des ‘vraies' ombres. Selon Carole Boulbès il s'agit d'un « papillon érotique » (2). En effet, il est intéressant de comparer notre œuvre avec l'aquarelle Papillon : le papillon de L'Ombre, qui semble pointer vers la feuille adamique, dans l'aquarelle a pris l'emplacement du sexe du personnage. Ses ailes sont découpées dans de la cellophane, ainsi que l'ombre bleuâtre du personnage.
Pictures credits: Contact organization
Drawings, watercolours and pastels
About the sale
Catalog
12/18/2006
Offered by Calmels Cohen
33 (0)1 47 70 38 89