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Lot no. 54
Francis Picabia (1879 - 1953) Optophone I Ca 1921-1922 Encre, aquarelle et mine de plomb sur papier Titrée en bas à gauche : Optophone ; signée en bas à droite : Francis Picabia 72 x 60 cm. Provenance : Vente «Tableaux, Aquarelles et Dessins par Francis Picabia appartenant à M. Marcel Duchamp», Drouot le 8 mars 1926, n° 67 rep. - H. P. Roché, Paris - Simone Collinet, Paris - André Napier, Neuilly - Collection particulière, Paris Expositions : Barcelone, Galerie Dalmau, Francis Picabia, nov.-déc. 1922, l'image est reproduite en n&b au catalogue, l'oeuvre a figuré dans l'exposition mais pas sur la liste des oeuvres exposées - Paris, Galerie Colette Allendy, Francis Picabia, oeuvres de 1907 à 1924, oct.-nov. 1946, n° 14 - Paris, Galerie René Drouin, Francis Picabia, mars 1949, cat. « 491 » n° 39 - New York, Rose Fried Gallery, Picabia, fév. 1950, n° 8 (par erreur, dans la liste des oeuvres, l'oeuvre est datée de 1916) - Paris, Galerie Mona-Lisa, Picabia vu en transparence, nov.-déc. 1961, n° 22 - Marseille, Musée Cantini, Picabia, mars-mai 1962, n° 39 - Strasbourg, Château des Rohan, La Grande aventure de l'art au XXe siècle, juin-sept. 1963, n° 83 - Paris, Galerie Furstenberg, Picabia, nov.-déc. 1964, n° 15 - Genève, Galerie Krugier, Dada, fév.-mars 1966, n° 68, rep. n° 33 - New York, The Museum of Modern Art, Dada, Surrealism and Their Heritage, mars-juin 1968, n° 269 rep. p. 29 - New York, The Salomon R. Guggenheim Museum, Francis Picabia, sept.-dec. 1970, n° 77 rep. p. 119 - Paris, Galeries Nationales du Grand Palais, Francis Picabia, janv.-mars 1976, n° 116 rep. p. 112 - Paris, Palais des Congrès, Picabia Dandy et Héraut de l'art du XXe siècle, nov. 1980-janv. 1981, n°8 rep. - Paris, Centre Georges Pompidou, Francis Picabia, Galerie Dalmau 1922, mai-juillet 1996, n° 16, rep. p. 62 - Paris, Centre Georges Pompidou, Dada, oct. 2005-janv. 2006, n° 484 rep. coul. p. 800 - Washington, National Gallery of Art, Dada, fév.-avril 2006, n° 378 - New York, Museum of Modern Art, Dada, juin-sept. 2006 Bibliographie : Vente « Tableaux, Aquarelles et Dessins par Francis Picabia appartenant à M. Marcel Duchamp », Me Bellier à l'Hôtel Drouot le 8 mars 1926, n° 67 rep. - G. Isarlov, Picabia peintre, Collection Orbes, Paris 1929, p. 24 non rep. - Fixe/391/Francis Picabia, cahier édité par le groupe Dau al Set sous la direction de M. Perrin à l'occasion du trentième anniversaire de l'Exposition Picabia à la Galerie Dalmau, 1952, rep. sur la couv. - L'Œil n° 18, Paris juin 1956, « Picabia, l'Inventeur » par Gabrielle Buffet (rep. p. 35) - Hunt, The Picabia/Breton Axis, Artforum, Los Angeles, sept. 1966, p. 18, 20 - W. Camfield, The Machinist style of Francis Picabia, The Art Bulletin, New York sept.-déc. 1966, p. 321 - M. Le Bot, Francis Picabia et la crise des valeurs figuratives, 1900-1925, Ed. Klincksieck, Paris 1968, p. 184 - W. Camfield, Francis Picabia, Ed. The Solomon R. Guggenheim Foundation, New York 1970, p. 118 et rep. n&b p. 119 - Francis Picabia, Mezzo secolo di Avanguardia, catalogue de l'exposition du même nom à la Galleria Civica d'Arte Moderna, Torino, nov. 1974 - fév. 1975, rep. (non exposée) - Y.-A. Bois, Picabia, Ed. Flammarion, Paris 1975, rep. p. 63 - W. Camfield, Francis Picabia, His art, life and times, Ed. Princeton University, Princeton 1979, p. 193 et rep. n° 227 - M. L. Borras, Picabia, Ed. Albin Michel Paris, 1985, p. 237 et rep. coul. p. 261 (contrairement à l'indication p. 515, il s'agit d'Optophone I qui a effectivement été exposé à la Galerie Dalmau, voir photographie n° 403 p. 250) - Francis Picabia Maquinas y Espagnolas, oct.-déc. 1995, catalogue de l'exposition itinérante à Valence, IVAM Centre Julio Gonzalez, oct.-déc. 1995 ; puis à Barcelone, Fondation Antoni Tapies, déc. 1995- mars 1996, rep. p. 103 (non exposée) - Beaux-Arts magazine n°145, A. Pierre, « Picabia : Faux et usage de faux », mai 1996 p. 69 à 73 - C. Boulbès, Picabia Le saint masqué, Ed. Jean Michel Place, Paris 1998, rep. p. 61 - S. et Ph. Reliquet, Henri-Pierre Roché, L'enchanteur collectionneur, Ed. Ramsay, Paris 1999, p. 100 non rep. - A. Jouffroy, Picabia, Ed. Assouline, Paris 2002, rep. Les premières décennies du XXème siècle se caractérisent par la fascination suscitée par les découvertes liées à la révolution industrielle, ses machines et sa technologie. Léger, les Delaunay, les futuristes, Picabia, Duchamp et Man Ray entre autres se font les aèdes du monde moderne. Ces trois derniers plus particulièrement semblent, vers les années ‘20, s'orienter vers des recherches optiques qui relaient l'electricité, la radiologie, la photographie. L'Optophone de Picabia renvoie à la Rotative demi-sphère de Duchamp, à sa Rotative de verre, 1920, ou à Anemic Cinema (1924) ainsi qu'à certains rayogrammes de Man Ray. Mais Picabia connaît aussi les recherches de Raoul Haussman et son Optophone de 1922, appareil qui cherche à transformer les formes visibles en sonorité, ou le Piano optophonique de Vladimir Baranoff-Rossiné, qui traduit la musique en lumière colorée. Avec l'oeuvre ici présentée, Picabia se situe au centre des questionnements artistiques de l'époque : s'inspirer des résultats liés au développement de l'électricité pour créer des œuvres où les effets de son, couleur, image et mouvement existent en concomitance ( sur la « vision tactile » de Picabia, voir Marcella Lista (1) ). Après la rupture avec Dada, Picabia part en Espagne accompagné d'André Breton, et expose en 1922 à la Galerie Dalmau une série d'aquarelles. Elles regroupent plusieurs « tendances » de l'artiste : des espagnoles côtoient des œuvres de la période « machiniste ». Sont aussi montrées plusieurs oeuvres inspirées par les phénomènes de l'électromagnétisme et de la propagation des ondes ; comme l'indique Breton dans la préface du catalogue, « les titres sont les compléments nécessaires du tableau » : à l'exposition sont présentés Résonateur, Radio-concert, Magnéto anglaise. Dans la préface au catalogue de vente de sa collection, dispersée à Drouot en 1926, Marcel Duchamp écrit, à propos d'Optophone : « ...puis, des aquarelles optiques. Il (Picabia) cherche l'illusion d'optique avec des moyens presque « noir et blanc » : la spirale, les cercles qui jouent sur la rétine. Cette physique amusante trouve sous ses doigts sa formule esthétique ». Picabia, depuis quelques années, insère souvent des cercles dans ses œuvres ; la couverture du catalogue de l'exposition de Dalmau présente aussi une cible. Il est vrai que les formes du cercle et de la spirale ont une tradition millénaire : symbole de perfection pour les philosophes païens, dans l'iconographie chrétienne les cercles concentriques sont utilisés pour représenter Dieu. Dans les temps modernes le cercle a perdu sa connotation religieuse, pour devenir une « physique amusante », mais non sa fascination : Breton se présente au festival Dada avec la cible dessinée par Picabia, la pop art et le neo-dadaisme entre autres reprennent le thème, des décennies plus tard. W. Rubin établit une comparaison frappante entre Optophone et Target with plaster casts (1955) de Jasper Johns. Selon le critique, l'image utilisée est similaire, mais la démarche très différente : dans l'oeuvre de l'artiste américain, la cible perd ses implications nihilistes dada au profit d'une affirmation positive de la peinture. Elle est devenue un élément parfaitement intégré du vocabulaire artistique. Revenons à Picabia, qui, à cette époque, utilise souvent les cercles pour symboliser des yeux, des roues, des zones de contact corporel, parfois des étoiles. W. Camfield a d'ailleurs interprété Optophone selon une thématique astrale. Optophone est aussi le titre d'une huile sur toile peinte par Picabia à la même époque de l'aquarelle et remaniée dans un deuxième temps. Les trois nus de l'huile rappellent, selon le critique, la Pléiade de l'homonyme tableau de Max Ernst : absence des traits du visage, bras replié, jambes croisées. Les Pléiades étaient sept sœurs métamorphosées en étoiles pour leur permettre d'échapper à Orion. Visibles dans le ciel, elles seraient devenues six dans un deuxième temps. Partant du mythe, Camfield crée des comparaisons suggestives entre Optophone, Conversation et Volucelle II : les six bustes sans tête et sans membres de Conversation seraient les femmes-étoiles, devenues des cercles colorés dans Volucelle. Si on compare les deux Optophones, on remarque dans l'huile un dynamisme plus prononcé que dans l'aquarelle : les cercles concentriques de la toile vont du plus épais au plus fin, créant une impression de mouvement, vers les profondeurs - si on interprète le centre de la cible comme la conclusion d'un vortex, ou vers les hauteurs - si on le regarde comme le point culminant d'un cône. Dans Optophone I les cercles ont la même dimension, sauf celui plus externe. De plus, des trois personnages qui semblent tourbillonner dans le vortex d'Optophone II, seulement un est présent dans l'aquarelle. Celui qui esquisse un mouvement de retournement ( les deux autres sont vus en position frontale et latérale ), créant de par sa pose instable une impression de mouvement. Prolongeant la thématique de la femme-étoile, on peut dire qu'ici elle est vue dans son état d'apesanteur, éternel féminin non soumis aux lois de la gravité. Cette figure au pur esprit classique, sorte de Vénus de Cnide placée au milieu d'une cible technologique, nous rappelle le côté irrévérent et moqueur de Picabia et son « goût pour le contraste ironique qui s'élargit aux propriétés formelles de la peinture - tensions optiques entre l'espace bi et tridimensionnel, contrastes de formes organiques et abstraites, souples et rigides, statiques et en mouvement, positives et négatives ». (2) Par rapport aux Vénus d'Optophone II, celle de l'aquarelle est moins marquée sexuellement : les seins abondants, le ventre proéminent laissent place à une femme moins voluptueuse, plus androgyne. Et pourtant, sa charge érotique ne peut pas échapper : le centre de la cible coïncide avec son vagin. La connotation sexuelle de la cible est encore plus évidente dans La nuit espagnole où, peinte dans des tonalités rouges, elle fait clairement allusion à la sexualité féminine. (3) Pour Picabia, la pulsation électrique est, avant tout, pulsation amoureuse, tension érotique. (1) M. Lista, « Empreintes sonores et métaphores tactiles », in : Musée national d'Art Moderne - Centre Georges Pompidou, Sons & Lumières, sept. 2004 - janv. 2005) (2) W. Camfield, Francis Picabia, The Solomon R. Guggenheim Foundation, New York 1970 (3) cf. Carole Boulbès, Picabia le saint masqué, Ed. Jean Michel Place, Paris 1998, ch. 4 : « Optophone volucelle »( ill.1 ) Marcel Duchamp, Rotative demi-sphère, Optiques de précision, 1925 (New York, The Museum of Modern Art) ( ill.2 ) Vernissage de l'exposition Francis Picabia, Galerie Dalmau, Barcelone, 1922 ( ill.3 ) Couverture du catalogue de l'exposition Francis Picabia à la Galerie Dalmau, Barcelone, 1922 ( ill.4 ) Jasper Johns, Target with plaster Casts, 1955, technique mixte sur toile, 129,5 x 112 cm. (Collection privée) ( ill.5 ) Volucelle II, vers 1922, huile sur toile, 198,5 x 249 cm. ( ill.6 ) Optophone II, vers 1922, huile sur toile, 116 x 88,5 cm.
Pictures credits: Contact organization
Old paintings
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Catalog
12/18/2006
Offered by Calmels Cohen
33 (0)1 47 70 38 89

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