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Lot no. 136
Georges MATHIEU (né en 1921) L'Impératrice Irène fait crever les yeux de son fils Constantin VI*, 1956 Huile sur toile signée et datée en bas à droite 248 x 151 cm Provenance : Galerie Rive Droite, Paris Collection Dotremont, Bruxelles Collection particulière, Paris Exposition : Paris, Galerie Rive Droite, Exposition des œuvres récentes de Mathieu, époque carolingienne, présentation du Couronnement de Charlemagne, 18 mai - 8 juin 1956, n°14 du catalogue Düsseldorf, Kunstverein für die Rheinlande und Westfalen. Art Actuel - Collection Dotremont, 3 mars - 9 avril 1961, n°48 Rotterdam, Museum Boymans - van Beuningen Bâle, Kunsthalle, n°203 Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Mathieu - 50 œuvres particulièrement choisies parmi les collections belges, 30 mars-21 avril 1963, reproduit sous le n°6 Paris, Galerie Nationale du Jeu de Paume, Mathieu, une rétrospective, 18 juin-6 octobre 2002 Liège, Salle Saint-Georges, Mathieu, une rétrospective, 24 janvier - 2 mars 2003 Milan, Galleria Gruppo Credito Valtellinese, Refettorio delle Stelline. Mathieu, una retrospettiva, reproduit p.145 Bibliographie : René Barotte, Pour mieux faire comprendre ses toiles, Mathieu s'est transformé en Charlemagne, Paris-Presse, 22 mai 1956. Citation Henri van Lier, Les arts de l'espace, Édition Casterman, 1959, reproduit sous le n°35 Georges Mathieu, Mathieu, Préface de François Mathey, Collection l'Art de notre Temps, Éditions Hachette-Fabbri, Paris-Milan. 1969, reproduit sous le n°89 Georges Mathieu, Mathieu, préfaces de Patrick Grainville et Gérard Xuriguera, Nouvelles Éditions Françaises, Paris, 1993, reproduit sous le n°65 Georges Mathieu, Mathieu, 50 ans de création, Éditions Hervas, Paris, 2003, reproduit p. 57 Catalogue de l'exposition Mathieu à Versailles, 2006, reproduit p. 67 En l'absence du titre inscrit au dos du tableau, sur le châssis, tout un chacun s'est contenté de recopier - dans les catalogues et ouvrages - le titre indiqué dans le premier catalogue d'exposition, en 1956, où figurait cette œuvre : L'impératrice Irène fait crever les yeux de son fils Constantin IV (sic). Or, le fils de l'Impératrice byzantine Irène est Constantin VI, dit l'Aveugle. Nous avons donc jugé utile et important de corriger cette coquille typographique, en rectifiant l'ordre des chiffres. Nous remercions Monsieur Jean-Marie Cusinberche pour les informations qu'il nous a aimablement communiquées sur cette œuvre. Lorsque, ce jeudi 17 mai 1956 à 21 heures, le Tout-Paris et les collectionneurs importants venus principalement de Belgique et de Suisse, pénètrent dans la plus grande salle de la Galerie Rive Droite - située en face du Palais de l'Élysée - ils se retrouvent transportés dans le décor étonnant et fabuleux d'une sorte de camp du Drap d'or carolingien, érigé autour du trône impérial surélevé. Sur les murs tendus de velours rouge, douze tableaux mystérieux, Signés Mathieu, à la présence envoûtante, forment cortège à la toile de 2 x 4 mètres, dont le fond est recouvert de 1754 feuilles d'or, intitulée : Couronnement de l'Empereur Charlemagne par le pape Léon III. Portant le n°1 dans le catalogue, il est précisé qu'elle fut peinte trois jours plus tôt et qu'elle fait (déjà) partie de la Collection Samuel M. Kootz, de New York. Plus tard, ce grand marchand américain en fera donation au Krannert Art Museum d'Urbana. L'ensemble ainsi disposé compose l'« exposition des œuvres récentes de Mathieu (époque carolingienne) » présentée dans la galerie de Jean Larcade où la presse et la foule se pressent pour participer à cet événement nocturne et très parisien. À l'heure convenue, apparaît Charlemagne (Georges Mathieu) revêtu d'un manteau violet, portant une barbe fournie avec, sur la tête, la (simili) couronne du Saint Empire Romain Germanique, tenant un sceptre à la main - Mathieu rejouait à Charlemagne ! Il est suivi de Haround El Rachid (Prince Igor Troubetzkoi) coiffé du turban ; du Comte de Rouergue (Michel Tapié de Céleyran) ceint de la couronne comtale et d'un astrologue joué par Alain Bosquet. La moitié de la salle commence à chahuter, plus amusée que convaincue… Le cortège vient s'asseoir autour d'une table dressée devant le tableau Couronnement… et Georges Mathieu, s'adressant à ses invités, leur expose les rapports étroits qu'il entrevoit entre le jeu et l'art. Quand il relatera son aventure, il précisera : …lorsque j'allais en 1956 introduire ou plutôt réintroduire la notion de jeu dans l'art et dans la culture et ce assez timidement d'ailleurs, puisqu'il s'agissait seulement du jeu dans la présentation et non dans l'exécution des œuvres, c'est toutes les barricades du scandale qui allaient se soulever contre moi. À la même époque, Georges Mathieu, qui est - durant la semaine - chef de publicité et chargé des relations publiques d'une grande compagnie maritime américaine, prépare le nouveau numéro de la United States Lines Paris Review, qui sera distribuée aux passagers de la ligne Le Havre - New York, sur le thème … du jeu ! On y lira notamment : Au cours de ces pages nous étudierons d'abord la nature du jeu avec le sacré et nous montrerons comment cette fonction créatrice de culture a agi dans les communautés primitives et archaïques, dans les civilisations anciennes et actuelles… Aux époques hautes en spiritualité et grandes en raffinement, le jeu et le non-jeu furent toujours confusément liés. Notre monde non seulement les sépare mais transforme le jeu en loisir… « La culture naît sous forme de jeu, la culture à l'origine est jouée ». (Johan Huizinga) Illustrant cette notion de jeu, deux œuvres - numérotées 13 et 14 et déjà titrées dans le catalogue - portent, comme date de leur création : le 18 mai 1956, c'est-à-dire le lendemain même du vernissage ! Ces deux tableaux - jumeaux - verticaux, de mêmes dimensions, traités également en deux couleurs sur fond noir, ont été commandés à l'artiste âgé de 35 ans, par Philippe Dotremont, grand industriel et célèbre collectionneur de Bruxelles qui les intégrera dans son exposition itinérante : « la jeune peinture de la Collection Dotremont ». Dès le soir du vendredi 18 mai 1956, les deux œuvres formant pendants seront exposées, côte à côte, sur le grand mur, face au Couronnement… Le numéro 14 porte ce titre historique : L'Impératrice Irène fait crever les yeux de son fils Constantin VI. Sur le fond noir et vertical, en haut de la toile, un ensemble de signes blancs, denses, en relation les uns avec les autres, manifestent la suprématie d'une autorité souveraine et lumineuse - d'autant que le signe qui couronne la composition, que l'on retrouvera dans d'autres œuvres de Mathieu, symbolise l'esquisse d'une couronne royale. Cependant que, plus bas, l'écriture vient à s'étirer jusqu'à se distendre. C'est alors qu'une confusion de signes rouges, en tension, se répand pour affronter cette cohérence mais se retrouve disloquée, énuclée, dans une descente dramatique et funeste, sombrant dans les profondeurs de la nuit. Pourquoi avoir évoqué l'Impératrice de Constantinople dans une geste concernant Charlemagne ? Parce que l'Impératrice Irène tenta bien de se rapprocher de Charlemagne, pour lui offrir sa main, afin de réunir les deux empires de l'Orient byzantin et de l'Occident carolingien. Le titre de l'œuvre fait référence à un épisode historique et tragique : en effet, Constantin VI fut nommé empereur à 9 ans, à la mort de son père. Il régna sous la tutelle de sa mère Irène, avant de lui ravir le pouvoir. Mais plusieurs défaites militaires occasionnèrent son impopularité dans l'armée, ce qui rendit aisée l'usurpation d'Irène qui lui fit crever les yeux et l'enferma dans un monastère où il mourut trois ans plus tard ; il avait 29 ans. Pourquoi Mathieu a-t-il choisi, pour son exposition, le thème de « Charlemagne » ? Bien souvent l'on dit qu'il faut chercher, dans l'enfance, les composantes et caractéristiques d'une personnalité et Charles Péguy n'a-t-il pas écrit que tout était joué avant que l'on ait sept ans ! Dans un« Ultime Message », publié en 1992, dans le catalogue de la grande exposition que lui offrit sa ville natale, Georges Mathieu écrira : Suis-je le dernier héritier des Sires Gérard et Jean, chevaliers d'Escaudoeuvres et bienfaiteurs de l'abbaye de Prenny, en même temps, comme on l'a toujours prétendu dans la famille de ma mère Dupré d'Ausque, que le descendant de Godefroy de Bouillon, fils d'Eustache aux Grenons, lequel avait épousé en seconde noce Ide, fille du Duc de Basse-Lorraine, Godefroy de Bouillon étant lui-même descendant de Charlemagne ? Ainsi l'on peut imaginer quelle fut l'enfance du petit Georges Mathieu, déjà seul dans son monde qu'il imaginait sous les remparts du château de Boulogne-sur-Mer, jouant à Charlemagne, jouant aux Croisades, jouant à combattre, se déguisant tout en se racontant des épisodes de l'Histoire de France tirés de ses histoires de famille ! - dont l'inspiration et les aventures donneront au monde, quelques années plus tard, et pour notre édification, nombre d'œuvres d'art ! Jean-Marie CUSINBERCHE, ce 18 mai 2010
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Old paintings
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Catalog
06/18/2010
Offered by Piasa
33 (0)1 53 34 10 10

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