Lot no. 74
IMPORTANTE STATUE LOBI, Burkina Faso Représentant un personnage féminin debout, les jambes fléchies, bras posés le long du corps, ventre proéminent, seins pointus, épaules légèrement arrondies, une tête ovale dotée d'une petite couronne, visage très délicatement modelé aux traits expressifs, yeux en amande, nez droit, bouche aux lèvres minces dans une moue légèrement dédaigneuse. Trace de pigments blancs, patine sacrificielle et croûteuse. Manques anciens aux pieds et fentes au sommet de la tête. Haut. : 77 cm Provenance : Ancienne collection Malichin, avant 1980. La statuaire Lobi est une découverte relativement récente dans l'inventaire de la grande statuaire de l'Afrique. En effet, une recherche des catalogues et ouvrages publiés avant 1950 démontre qu'ils ne publient aucune statue Lobi. En dehors de l'étude de Labouret de 1931 sur les Rameaux Lobi, la première statue Lobi à être publiée fut celle récoltée en 1935-37 par Francis Lem en territoire Senoufo à Sikasso. Il s'agit d'une statuette Lobi de qualité moyenne qu'il vendit ensuite à Helena Rubinstein (F. Lem, Sculptures soudanaises, Paris, 1948, pl.35). Nulle statue Lobi fut incluse dans la grande exposition de James Sweeney au Museum of Modern Art de New York en 1935 et Kjersmeier n'inclut pas de statues dans sa grande synthèse sur la statuaire Africaine de 1935. La première statue de qualité fut celle achetée par Charles Ratton après guerre, une statue janus, d'un style caractéristique et qu'il publia pour la première fois lors de l'exposition organisée par Henri et Hélène Kamer en 1957. Elle fut cataloguée comme de provenance inconnue, probablement Cameroun (voir Cannes, Palais Miramar, Arts d'Afrique et d'Océanie, 1957, n° 174). Jacques Kerchache fut le grand découvreur de la statuaire Lobi lors de son voyage en Côte d'Ivoire en 1965-66. Il a pu acquérir, sans doute à Bouaké, un superbe groupe de statues Lobi qu'il publia pour la première fois en 1970 lors de l'exposition de Zurich (E. Leuzinger, Die Kunst von Schwarz-Afrika, Zurich, Kunsthaus, 1970, n. C2, C3, C21) et dont il organise une superbe exposition en 1974 (Jean Rey, Les Lobi, Galerie J. Kerchache, Paris, 1974). Citons ensuite la remarquable étude stylistique faite par Piet Meyer en 1981 au Musée Rietberg de Zurich (P. Meyer, Kunst und Religion der Lobi, Zurich, Museum Rietberg, 1981). Pour en revenir à la statue présentée ici, elle fut récoltée au sanctuaire de Lorhopeni, au cœur du territoire Lobi. Daniela Bognolo a pu identifier trente-sept écoles de styles dans la statuaire Lobi dont on peut même identifier les anciens maîtres sculpteurs et dont le savoir-faire s'est transmis sur plusieurs générations (D. Bognolo “La représentation de l'invisible au Burkina Faso”, in C. Falgayrettes-Leveau, Arts d'Afrique, Paris, Musée Dapper, 200, p.161). Nous connaissons une seconde statue de la même main qui fut publiée par B. Dulon lors de son exposition sur la statuaire Lobi (Cfr. A. Ferrari de la Salle et Michèle Fièloux, Thila, Galerie Bernard Dulon, Paris, 2004, p. 50-51). Ces deux statues témoignent de l'art d'un maître-sculpteur remarquable par la sensibilité du modelé du corps et la délicatesse du visage. Il est évident que nous sommes en face du portrait saisissant d'un ancêtre qui a beaucoup lutté et pour qui la vie fut difficile et pleine d'embûches. Notre statue est un exemple parfait de cette “force amère” de l'art Lobi, son irrécusable nécessité comme le notait F. Wavrin (F. Wavrin “La statuaire Lobi : question de style”, in Arts d'Afrique Noire, n° 69, printemps 1989, p. 20). 70 000 / 90 000 €
Pictures credits: Contact organization
Antique art and decorative objects
About the sale
Catalog
Art Tribal
75008 Paris - France
12/04/2004
Offered by Artcurial
33 (0)1 42 99 20 20