Lot no. 29
Jan Davidsz DE HEEM (Utrecht 1606 - Anvers 1684)
Vanité au bouquet de fleurs
Toile
110 x 87 cm
Signé du monogramme en bas à gauche (sur le sceau) : IDH
Signé en bas à gauche (sur la feuille de papier) : JD heem
Provenance :
Collection S.R.W. Blathwayt, Dyrham Park, Gloucestershire.
Galerie Leger, Londres, 1956.
Vente Amsterdam, Sotheby's, 31 octobre 1977, n° 54 ; acquis à la vente par le propriétaire.
Au XVIIe siècle, on appelle vanité, des compositions où sont présents des objets évoquant la mort, la résurrection ou le temps :
crâne, sablier, fleurs... Elles ont un réel rôle pédagogique car les objets d'art, de puissance, de richesse ou de plaisir sont autant de biens périssables qui conduisent au péché tandis que "penser à la mort conduit à l'humilité et au détachement des biens, libère l'homme de l'orgueil, source de péché" (voir le catalogue de l'exposition Les Vanités dans la peinture au XVIIe siècle, Méditations sur la richesse, le dénuement et la rédemption, Caen, Musée des Beaux-Arts, 1990, p. 212). L'effet décoratif que l'on perçoit aujourd'hui l'a emporté sur la fonction symbolique, faisant oublier leur sens religieux et moral. Ici, Jan-Davidsz de Heem insiste sur la fragilité de l'existence humaine (bouquet de fleurs) mais l'image de la mort, illustrée par le crâne, couronné de lierre, symbole de la persistance de l'âme après la mort et par le crucifix n'est pas négative car elle est dominée par la rose, symbole de résurrection. Cette vanité est en réalité une allégorie chrétienne au message fort souligné par le texte de la lettre : "Mais à la plus belle fleur / on ne la regarde pas".
Une autre version, avec des variantes et datée vers 1645, est conservée à la Alte Pinakothek de Munich, (voir S. Segal, Jan Davidsz de Heem und zein Kreis, Braunschweig, 1991, n° 32, reproduit). La confrontation des deux tableaux, réalisée à la Alte Pinakothek, a permis à Fred Meijer de considérer notre tableau comme une version antérieure à celle de Munich qu'il date de 1643/1646 et marque les débuts de De Heem pour les natures mortes aux larges fleurs. Il n'a pas été modifié et compte moins de fleurs que la version de Munich, exécutée par Jan Davidsz de Heem puis "modernisée" après 1660 par l'ajout de fleurs par le peintre anversois Nicolaes van Verendael ce qui lui enlève son message allégorique et constitue ainsi la grande différence avec notre version. Le tableau que nous présentons est la première oeuvre de réelle ambition, dans le domaine des fleurs associé à la vanité, exécutée par de Heem. Ce sujet, nouveau pour l'artiste en 1645, sera un succès dans les décennies qui suivront et la composition, reprise ensuite par son fils Cornelis de Heem (exemple dans une collection particulière à Londres ; voir S. Segal, opus cité supra, n° 35, reproduit).
Fred Meijer confirme dans une lettre du 18 octobre 2004 qu'il voit dans notre tableau une importante étape dans l'oeuvre de Jan Davidsz de Heem.
Nous le remercions pour son aide dans la description du tableau qu'il a inclus dans le catalogue raisonné de l'artiste en préparation.
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