Lot no. 108
JOSÉPHINE (Marie-Joseph-Rose de Tascher de La Pagerie, dite). 3 lettres autographes, soit : 2 signées Joséphine à son fils le prince Eugène de Beauharnais, et une en copie à Napoléon Ier. 9 pp. in-8 carré sur 3 bifeuillets de papier à encadrement gaufré, le tout placé dans un boîtier de maroquin noir à dos lisse et doublure de daim rouge (ateliers Laurenchet). Les plus désespérés sont les chants les plus beaux Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots (Musset)“The most desperate are the most beautiful songs and I know of immortal ones that are pure sobs” (Musset) Quand Joséphine se crut proscrite à jamais hors de France... Bien que Napoléon ait pu déclarer : elle seule aura été la compagne de ma vie , la question de la succession dynastique se posa avec acuité en raison de l'âge de Joséphine. Rassuré sur sa propre fécondité par la naissance de son fils naturel Léon en 1806, et inquiété par la mort du fils de Louis Bonaparte et d'Hortense qu'il considérait comme son héritier virtuel, il s'achemina tant bien que mal vers l'idée d'un second mariage, poussé en cela par des personnalités comme Fouché. Le 30 novembre 1809 Napoléon annonça à Joséphine son intention de divorcer, le 14 décembre 1809 il fit prononcer la dissolution du mariage civil par consentement mutuel, en présence de Cambacérès et de la plupart des Bonaparte, le 9 janvier le lien spirituel du mariage fut déclaré nul, et le 2 avril 1810 il épousa l'archiduchesse d'Autriche Marie-Louise. Joséphine conservait des avantages matériels et honorifiques, dont le palais de l'Élysée et la Malmaison, mais Napoléon, s'avisant de l'inconvénient qu'il y avait à la laisser vivre trop près de lui, il lui demanda de se fixer au château de Navarre près d'Évreux, dont il lui donna la jouissance à partir du début de 1810. Joséphine y resta peu, et choisit dès la fin du printemps de prendre les eaux à Aix-les-Bains puis de voyager en Suisse. Elle séjourna un temps à Sécheron près de Genève sur la route de Lausanne, à l'hôtel d'Angleterre dont la renommée attira de nombreux voyageurs de marque de passage en Suisse, comme Byron, Chateaubriand ou Goethe. Alors que Marie-Louise était enceinte, Napoléon Ier ne manifesta pas de hâte à voir revenir Joséphine, laquelle prit cette réticence pour une proscription définitive, alor qu'elle n'avait jamais pu supporter longtemps de vivre loin de la France et de Paris. Joséphine s'affola et écrivit des lettres désespérées dont les trois présentes figurent parmi les plus poignantes SHE PANICKED AND WROTE DESPERATE LETTERS AMONGST WHICH THESE ARE THE MOST POIGNANT. - Au prince Eugène de Beauharnais. Sécheron, 25 septembre [1810]. Tu sais, mon cher Eugène, combien j'ai de confiance en toi. Tout ce que tu me mandes sur les inconvénients de retourner en ce moment à Paris m'a extrêmement frappée. J'ai de suite retardé mon départ, mais ne voulant rien faire qui ne soit agréable à l'empereur, je lui ai écrit pour lui demander franchement ce qu'il me conseillait de faire. Il a toujours été mon guide, j'espère qu'il voudra bien l'être encor. Je t'envoye copie de ma lettre, c'est la reine [Hortense] qui s'est chargée de la porter. Elle a passé ici quarante-huit heures, et s'est mise en route hier matin pour Paris. Elle verra l'empereur à son arrivée, ainsi j'espère qu'elle m'enverra sa réponse ou me fera connaître ses intentions. Tu as bien raison aussi relativement aux nouvelles constructions que j'avais projettées à Navarre et je me félicité d'avoir été de ton avis, même avant de recevoir ta lettre : car je venais d'écrire à l'intendant général de ma maison de se borner à faire réparer le château qui existe et d'ajourner entièrement toute construction nouvelle. Je vais profiter des derniers beaux jours pour visiter la Suisse, je pars demain, et je compte trouver à Berne la réponse de la reine. Si l'empereur me conseille de prolonger mon absence, je ferai chercher une maison près des bords du lac pour l'habiter à mon retour de la Suisse, et j'irai à Milan pour les couches de ta femme. Le bonheur de voir mes enfants sera une douce consolation. Adieu mon cher Eugène, tu sais combien je t'aime. J'embrasse tendrement ta femme et mes petites filles... C'est Billi qui te remettra ma lettre, il a été très aimable et très dévoué pour moi dans ce pays-cy [Guillaume Van Berchem dit Billy, installé à Lausanne depuis 1764 et enrichi dans les fournitures aux armées, avait rencontré en Italie Joséphine qui en ferait en 1811 son capitaine des chasses à Navarre]. - De la main fiévreuse de Joséphine : Copie de ma lettre à l'empereur . Sécheron, 23 septembre [1810]. La reine [Hortense] qui est venue ici passer deux jours avec moi, me quitte demain pour retourner à Paris. Elle espère avoir bientôt le bonheur de te voir, permets que je la recommande à ton amitié qui est notre seule espérance. Elle te remettra cette lettre que je t'écris avec le trouble dans le cœur, car chaque instant me fait mieux sentir l'embarras de ma position. Plus j'approche de l'époque que j'avais fixée pour le terme de mon voyage, plus je suis incertaine de ce que je dois faire. Bonaparte, tu m'as promis de ne pas m'abandonner. Voici une circonstance où j'ai bien besoin de tes conseils, je n'ai que toi dans le monde, tu es mon seul ami, parle-moi donc franchement. Puis-je retourner à Paris, ou dois-je rester ici. Sûrement j'aimerais mieux me rapprocher de toi, surtout si j'avais l'espérance de te voir, mais si cette espérance ne m'est pas permise, quel serait mon rôle tout cet hyver ! Au lieu qu'en prolongeant encore mon absence pendant sept ou huit mois, les circonstances me deviendront, j'espère, plus favorables puisque l'impératrice aura acquis de nouveaux droits à ton amour. Je charge la reine de causer avec toi sur mes intérêts et d'entrer dans tous les détails que je ne puis pas t'écrire : elle te dira combien tu m'es cher, et qu'il n'y a aucun sacrifice qui puisse me coûter lorsqu'il s'agit de ton repos. Si tu me conseilles de rester, je louerai ou j'achèterai une petite campagne aux bords du lac. Je désire seulement savoir s'il n'y aurait pas d'inconvénient à l'avoir près de Lausanne ou de Vevey, si je trouvais le site conforme à mes goûts. J'irai aussi en Italie pour voir mes enfants. Je compte employer une partie de l'automne à parcourir la Suisse, car j'ai besoin de beaucoup de distractions, et je n'en trouve qu'en changeant de lieu. Je retournerai peut-être encore l'été prochain aux eaux d'Aix qui m'ont fait du bien. Ce sera une année d'absence, mais une année que je supporterai par l'espérance de te revoir ensuite et par l'idée que ma conduite aura eu ton approbation. Décide donc ce que je dois faire, et si tu ne peux pas m'écrire, charge la reine de me faire connaître tes intentions. Ah ! je t'en conjure, ne refuse pas de me guider, conseille ta pauvre Joséphine. Ce sera une preuve d'amitié et tu la consoleras de tous ses sacrifices. - Au prince Eugène de Beauharnais. Malmaison, 19 novembre [1810]. J'ai différé de t'écrire, mon cher Eugène, j'attendais une occasion sûre, et je profite aujourd'hui du départ du trésorier de la Couronne d'Italie [Michel Hennin, qui suivrait Eugène à la cour de Bavière et deviendrait chambellan du roi Maximilien Ier] pour te donner quelques détails. Tu connais la lettre que j'ai écrite à l'empereur, je t'en ai envoyé copie. J'ai reçu sa réponse à mon retour de la Suisse à Sécheron. Il me laisse entièrement libre sur le choix de mon séjour, seulement il regarde Navarre et Milan comme les lieux les plus convenables. C'est à Milan que j'aurais donné la préférence, tu sais combien je désirais aller passer quelques mois auprès de toi, mais tu n'imagines pas tous les bruits qu'on a répandus à ce sujet. On a prétendu que j'avais reçu l'ordre d'aller en Italie et que je ne reviendrais plus en France. L'inquiétude avait gagné jusqu'aux personnes de ma Maison, toutes craignaient un voyage qui ne devait plus avoir de terme. J'ai été donc obligée de renoncer à ce qui m'aurait été le plus doux, et à ne pas quitter la France au moins cette année. Il paraît que l'impératrice Marie-Louise n'a pas parlé de moi, et qu'elle n'a aucun désir de me voir, en cela nous sommes parfaitement d'accord, et je n'aurais consenti à la voir que pour plaire à l'empereur. Il paraîtrait même qu'elle a pour moi plus que de l'éloignement, et je n'en vois pas la raison, car elle ne me connaît que par le grand sacrifice que je lui ai fait. Je désire comme elle le bonheur de l'empereur, et ce sentiment devrait la rapprocher de moi. Mais rien de tout cela n'influencera sur ma conduite, je me suis tracé la ligne que je dois suivre, et je ne m'en écarterai pas : c'est de vivre éloignée de tout dans la retraite, mais avec dignité et sans rien demander que le repos ; les arts et la botanique seront mes occupations. L'été j'irai aux eaux, et pour me rapprocher de toi, je viens d'acheter une jolie campagne sur les bords du lac de Genève et pour le prix de 166 mille francs [le château de Prégny-la-Tour]. Je passerai cet hyver à Navarre où je me rendrai cette semaine. Le peu de jours que je suis restée à Malmaison m'était nécessaire pour me reposer après mon voyage de Suisse. J'y ai vu peu de monde, les personnes qui dans d'autres tems avaient paru m'être très attachées ne m'ont pas toutes donné des preuves de souvenir, je leur pardonne de bon cœur. Je ne regrette que ceux qui ne m'ont pas oubliée et je ne pense pas aux autres. Je saurai, j'espère, trouver le bonheur autour de moi, et dans la tendresse de mes enfants, car je suis sûre que mon cher Eugène m'aimera toujours, comme je l'aime... Joséphine évoque ensuite le grand duc de Bade Charles-Louis d'Arenberg, époux de sa petite nièce adoptée par Napoléon, Stéphanie de Tascher, et le général Bertrand qui souhaite demander au prince Eugène d'être le parrain de son enfant. Impératrice Joséphine, Correspondance, Paris, Payot, 1996, n° 388, 389 et 394. WHEN JOSEPHINE BELIEVED THAT SHE WAS FOREVER BANNED FROM FRANCE - TO PRINCE EUGENE DE BEAUHARNAIS, Secheron, September 25th (1810). “NOT WISHING TO DO ANYTHING TO DISPLEASE THE EMPEROR, I HAVE WRITTEN TO HIM ASKING FOR HIS HONESTADVICE ON WHAT TO DO.HE HAS ALWAYS BEEN MY GUIDE AND I HOPE HE STILL WISHES TO BE SO.” - IN JOSEPHINE'S FEVERISH HANDWRITING: “COPY OF MY LETTER TO THE EMPEROR” Secheron, 23rd September (1810). “I AM WRITING THIS LETTERWITH A TROUBLED HEART ( …) BONAPARTE YOU PROMISED NOT TO ABANDON ME. I HAVE ONLY YOU IN THE WORLD, YOU ARE MY ONLY FRIEND, TALK TO ME TRUTHFULLY. I WOULD SURELY PREFER TO BE CLOSER TO YOU ESPECIALLY IF I HAD THE HOPE OF SEEING YOU, I HAVE ASKED THE QUEEN TO TALK TO YOU OF MY INTERESTS and to give you the details I cannot write to you: SHE WILL TELL YOU HOW MUCH I CHERISH YOU, AND ALSO THAT THERE IS NO SACRIFICE THAT I WOULDN'T MAKE TO ENSURE YOUR PEACE. AH! I IMPLORE YOU, DON'T REFUSE TO GUIDE ME, HELP YOUR POOR JOSEPHINE.” - TO PRINCE EUGENE DE BEAUHARNAIS.Malmaison, 19th November (1810) “IT APPEARS THAT THE EMPRESS MARIE-LOUISE HASN'T SPOKEN OF ME AND THAT SHE HAS NO DESIRE TO SEE ME, WE AGREE PERFECTLY ON THAT SCORE, I would have agreed to see her only to please the Emperor. AS SHE DOES, ALL I WISH FOR IS THE EMPEROR'S HAPPINESS, AND THIS SENTIMENT SHOULD BRING HER CLOSER TO ME. I have drawn A LINE OF CONDUCT THAT I MUST FOLLOW, and I will not stray from it: it is TO LIVE AWAY FROM EVERYTHING, IN RETREAT, but with dignity, asking for nothing but peace; ART AND BOTANICS WILL BE MY OCCUPATIONS. I trust I will be able to find happiness around me and in the tenderness of my children, because I am sure that my dear Eugene will always love me as I love him…” Bibliography: Empress Josephine, Correspondence, Paris, Payot, 1996, n° 388, 389 & 394.
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03/27/2010