Lot no. 11
Louis - Léopold BOILLY (La Bassée 1761 - Paris 1845)
Houdon modelant le buste de Bonaparte, premier consul
Toile
56,5 x 46,5 cm.
Porte une ancienne étiquette au dos Portrait de Houdon par Boilly
Provenance : Vente R. Soret, Paris, (Mes Perrot et Delberque), 11 mai 1863 ; Vente J. Burat, Paris, (Me Chevallier), 28 avril 1885, n° 16 (3 100 francs) ; Vente Capron (Me Bloche) ; Collection Denain (d'après Catalogue de l'exposition Houdon sculpteur des Lumières).
Expositions :
Portraits du siècle, Paris, 1883
Exposition du centenaire de Houdon, Paris, Galerie Buvelot, 1928, n° 108
Célébrités françaises, Paris, Galerie Charpentier, 1953, n° 12, reproduit.
Bibliographie :
H. Harrisse, Louis Boilly, peintre, dessinateur et lithographe, Paris, 1898, n° 311 et 739 ; H. H. Arnason, Jean-Antoine Houdon, Lausanne, 1976, cité p. 108 ; Catalogue de l'exposition Boilly, 1761 - 1845, Un grand peintre français de la Révolution à la Restauration, Lille, Musée des Beaux Arts, 1988 - 1989, p. 96, reproduit ; A.Scottez de Wambrechies, Tradition and Revolution in French art 1700-1880, Paintings and drawings from Lille, Londres, 1993, p. 84
Catalogue de l'exposition Houdon sculpteur des Lumières, Paris, 2003, cité pp. 333 - 341 et 354 - 357.
Le Portrait de Houdon modelant le buste de Bonaparte premier consul, que l'on peut très certainement dater de 1802, est une sorte de « premier jet » pour le célèbre tableau présenté au Salon de 1804, L'Atelier d'un sculpteur. Tableau de famille du musée des Arts Décoratifs de Paris (voir Catalogue de l'exposition Boilly, Lille, op. cité supra, n° 31, reproduit).
Une esquisse directement préparatoire à ce tableau, Houdon modelant le buste de Laplace (voir Catalogue de l'exposition Boilly, op. cité supra, n° 30, reproduit), est conservée au Musée de Lille. Entre les deux œuvres de 1802 et 1804, le sujet a sensiblement évolué : le portrait de l'artiste seul est devenu un portrait familial et le buste de Bonaparte a été remplacé par celui du mathématicien Laplace, qui pose à droite.
L'atelier de Houdon en 1808, conservé au Musée Thomas Henri de Cherbourg (voir Catalogue de l'exposition Boilly, Lille, op. cité supra, reproduit p. 98), est la dernière variante, marquant un changement encore plus radical dans l'évolution du thème : le buste façonné par Houdon est remplacé par un nu (le modèle posant toujours à droite), et sa famille a fait place à ses élèves.
Boilly, s'il est coutumier des portraits individuels dont il existe une multitude d'exemples, il affectionne également les portraits familiaux et de groupes.
Nous disposons d'assez peu d'éléments sur la profondeur des relations qui unissaient Boilly et Houdon de vingt ans son aîné. Ils évoluaient au sein du même cercle artistique et le peintre fera figurer Houdon au sein du groupe d'artistes venus admirer le Tableau du Sacre exposé aux regards du public dans le grand salon du Louvre en 1810, (National Gallery of Art, Washington), au côté de Hubert Robert ou du lithographe Gérard Hoffmann.
En raison même du nombre de portraits réalisés par Boilly, tout laisse à supposer qu'ils étaient amis intimes. Boilly réalisera également un portrait du frère de Houdon, Jacques Philippe. Marmottan soutient que dans le tableau L'atelier d'un sculpteur, le personnage représenté sur le dessin que tient à la main Claudine la plus jeune fille de Houdon, est Julien Boilly, fils du peintre, auquel elle aurait un temps été fiancée. Les deux artistes ont donc des liens étroits.
Pour notre Portrait de Houdon modelant le buste de Bonaparte, Boilly se montre soucieux des détails. Houdon, âgé d'une soixantaine d'années, se détache dans l'austérité de son atelier du Palais des Beaux Arts. Ses doigts sont déployés, il apporte une touche finale à l'effigie du premier consul. Il est vêtu d'une courte blouse, qui sera reprise dans le portrait de Cherbourg, Boilly ayant préféré pour la version du portrait familial, l'affubler d'un vêtement long.
En revanche, on retrouve sur les quatre versions, la même vieille paire de confortables pantoufles, la même sellette, la petite cuvette d'eau et les chiffons destinés à humidifier la terre.
En 1802, Houdon qui a survécu tant bien que mal à la Révolution mais sans connaître les ennuis d'un Hubert Robert, continue à bénéficier d'une réputation avantageuse bien qu'étant en même temps considéré comme l'un des derniers représentants d'une époque révolue, celle de l'Europe des Lumières. Il est membre de l'Institut et reçoit la légion d'honneur mais l'Empire naissant et la nouvelle cour préfèrent désormais le style délicatement idéalisé de Canova et de ses élèves.
Il demeure cependant un portraitiste apprécié et des commandes pour un buste de Napoléon sont passées à trois reprises, permettant ainsi à Houdon de se remettre dans le courant de l'histoire et de déployer son talent au service d'une nouvelle iconographie politique.
La première commande d'une effigie de Napoléon, encore Bonaparte, reçue par Houdon en 1802, est précisément le buste du premier consul qui apparait sur notre tableau.
Avec une mention dans le catalogue de vente d'atelier après le décès de l'artiste (Napoléon en costume militaire, Vente après décès du fond de Houdon, 15-17 décembre 1828 - voir H. H. Arnason, op. cité supra, appendice 5, p. 289), il s'agit là de l'unique trace qu'il existe aujourd'hui de cette œuvre en terre cuite. Bonaparte, en costume de consul y apparait en pleine fougue et énergie de la jeunesse.
En 1806, Napoléon devait exceptionnellement consacrer quelques séances de poses à la réalisation du buste, également en terre cuite, conservé aujourd'hui à Dijon. (voir Catalogue de l'exposition Houdon sculpteur des Lumières, Paris, n° 64, reproduit).
Ce deuxième portrait sculpté est fortement lié au projet d'une colossale statue de bronze qui devait surmonter une colonne à Boulogne sur Mer, modifié par la suite.
Le traitement et le parti pris sont radicalement différents de la terre cuite de 1802. L'empereur apparait dans une apothéose et une gloire toutes antiques, destinées à commémorer Austerlitz. En buste et sans épaule, reposant sur un bloc rectangulaire qui constitue la base, le portrait de l'empereur est traité de manière délibérément romaine. Le sculpteur réussit à concilier idéal, réalisme, psychologie et antiquité. La signature de Houdon sur la base, fait rare, atteste de l'importance politique de l'œuvre.
Ce buste très remarqué au Salon, passa alors pour le portrait le plus ressemblant qui ait été réalisé de l'empereur.
Devant ce succès, Houdon réalise en 1808, à nouveau sur commande, une paire de bustes en marbre de Napoléon et Joséphine, présentée au Salon de la même année. Ce seront d'ailleurs ses derniers portraits. Largement inspiré par la terre cuite de 1806, on retrouve le même traitement frontal (voir Catalogue de l'exposition Houdon sculpteur des Lumières, Paris, n° 65, reproduit).
L'œuvre cependant s'éloigne de l'allégorie et du symbole pour redevenir un simple portrait. L'empereur y figure, fait unique dans le domaine de la sculpture, dans le simple uniforme de colonel des chasseurs de la garde qu'il affectionne. Ce détail attira à l'époque l'attention générale, grâce au contraste formé entre la simplicité du costume de l'empereur et le côté chamarré des uniformes de ses généraux.
Nous remercions Messieurs Etienne Breton et Pascal Zuber pour la confirmation de l'attribution de ce tableau, qui sera inclus dans le catalogue de l'œuvre de Boilly, actuellement en préparation.
Pictures credits: Contact organization
Drawings, watercolours and pastels
About the sale10/31/2007
Catalog
Succession de Jean-Baptiste Hugues : Tableaux , Mobilier, Objets d'Art
75009 Paris - France
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