Lot no. 33
Maître orfèvre Pierre MANGOT (Tours ?, vers 1485/1490 – Paris ?, entre 1551-1563). Paris première moitié du XVIe siècle, 1535/36. Coffret en argent fondu, ciselé et doré, émaux translucides sur argent, camées de coquillages, pierres semi-précieuses (grenat, turquoise, lapis-lazuli, agate rubanée). Boîte parallélépipédique cantonnée aux angles de colonnettes détachées, à fût cannelé, chapiteau à volutes et base à disque, reposant sur des sphères en agate enserrées de griffes surmontées de feuilles d’acanthe recourbées. Façade : deux camées ovales en nacre sculptés en fort relief, profils féminin et masculin à l’antique se faisant face accompagnés des inscriptions O BIEN DEMETERA (Déméter) et MARQ ANTONII (Marc-Antoine) dans un entourage d’émail bleu translucide sur argent rehaussé de turquoises et de grenats sertis en bouton, serrure à moraillon au palastre orné de rinceaux librement disposés agrémentés d’une tête grotesque, moraillon en forme de palmette terminée par une tête de chien. Côtés : même décor d’émail bleu, de camées et de pierres serties. Gauche, profil d’un homme imberbe accompagné de l’inscription VIVE COVANCE (?), droite, buste féminin à la chevelure déliée de face entourée de l’inscription O (I)ATANE SECONS (Ariane ?). Dos : plaque centrale en émail translucide (jaune, bleu, vert, manganèse) sur argent taillé en basse taille représentant Vénus et l’Amour avec, de part et d’autre deux turquoises serties, encadrée de camées, profil droit féminin accompagné de l’inscription LABELLE TYBEEA (Thisbé) et profil gauche d’un homme barbu avec l’inscription HOLOFERNES (Holopherne). Couvercle : plaque sommitale rectangulaire émaillée bleu avec rehauts de rinceaux or (décor dont il ne reste que des traces) centrée d’un camée en nacre figurant en fort relief un buste féminin tourné sur la droite entourée de l’inscription LA BELLA MEDEE (Médée), elle est munie d’une poignée mobile enrichie de feuillages, encadrement en plan incliné ponctué en alternance de cabochons de têtes d’enfants en coquillage, de boutons floraux à feuilles recourbées et de cabochons d’intaille antique en lapis, toupies aux quatre angles, partie inférieure à profil en coussin ornée de rinceaux fleuris en émail champlevé translucide sur argent doré, sur chaque angle est assis un enfant nu en ronde-bosse adoptant des positions animées. Fond portant le poinçon de Paris au G gothique couronné et le poinçon d’orfèvre M gothique surmonté d’une fleur de lys couronnée. Hauteur : 9,5 cm hors poignée - Longueur : 11,5 cm -Profondeur : 8,5 cm. Poids brut : 560 g Intérieur doublé de velours violet (quelques accidents et manques) Provenance : collection privée, Belgique Ce coffret, encore inédit il y a peu, est l’œuvre de Pierre Mangot, originaire de Tours qui s’est formé à Blois dans l’atelier de Louis Duzen, orfèvre de Louis XII. Proche très tôt des cercles royaux, il devint l’orfèvre de François 1er après avoir travaillé pendant plusieurs années pour la mère du roi, Louise de Savoie. On pense que son installation à Paris date des années 1528-1529. C’est donc à la production parisienne de cet artiste qu’il faut rattacher ce luxueux coffret provenant d’une collection belge. On y retrouve le foisonnement décoratif propre à cet orfèvre singulier qui réussit à allier différents matériaux comme la nacre, les pierres semi-précieuses, l’argent doré et ciselé avec un goût prononcé pour l’antiquité. Il a ainsi souvent recours à la représentation de bustes "à l’antique" directement empruntés à l’art de l’Italie du nord et aime utiliser des intailles rappelant la glyptique romaine comme ici. Le corpus de ses œuvres est assez restreint et compte à ce jour une douzaine de pièces y compris celles qui ne portent pas sa marque. On peut ainsi les diviser en deux groupes. Les non marquées : - ciboire du "trésor" de l’ordre du Saint-Esprit (Paris, musée du Louvre, inv. MR 547) - deux flambeaux du "trésor" de l’ordre du Saint-Esprit (Paris, musée du Louvre, inv. MR 545 et 546) - paire de burettes du "trésor" de l’ordre du Saint-Esprit (Paris, musée du Louvre, inv. MR 548 et 548) - salière-horloge royale d’Henri VIII (Londres, The Goldsmiths’ Company) - coffret des Sibylles (Londres, British Museum, inv. WB.23) Les marquées : Poinçon de Mangot : - coupe couverte (Paris, Bibliothèque nationale de France, inv. 55.487) Poinçons de la jurande de Paris et de Mangot : - coupe ou salière, 1528/29 (Paris, collection privée) - grand coffret de nacre, 1532/33 (Paris, musée du Louvre, inv. OA 11936) - petit coffret de nacre, 1533/34 (Mantoue, musée diocésien) - coffret, 1535/36 (collection privée, Belgique) Ce précieux coffret présente les différentes techniques décoratives que l’on rencontre sur les autres œuvres de Mangot : - de l’émail bleu translucide sur plaque d’argent rehaussé de motifs or (ciboire, paire de burettes, salière-horloge, coffret aux Sibylles, grand et petit coffrets nacre, coupe couverte) - des pieds en forme de griffes enserrant une sphère (ciboire, flambeaux, salière-horloge, coupe ou salière, grand et petit coffrets nacre) - des camées de coquilles et/ou des cabochons de coquillage dits camées de porcelaine dans les inventaires (ciboire, salière-horloge) - des intailles (ciboire, flambeaux, coffret aux Sibylles, grand et petit coffrets nacre) - des turquoises et/ou grenats (ciboire, flambeaux, salière-horloge, coffret aux Sibylles, grand et petit coffrets nacre) Comme sur d’autres pièces, Pierre Mangot se montre ici comme un maître de la ciselure en fort relief et en ronde-bosse : chapiteaux à volutes, feuilles d’acanthe, pattes griffues, poignée feuillagée, moraillon et palastre de la serrure abondamment ouvragés, jusqu’aux enfants assis en équilibre aux quatre angles du couvercle parachevant le charme exquis de cet objet que l’on observe également sur les autres coffrets du maître orfèvre. En plus de ces différentes techniques d’orfèvrerie, ce petit coffret fait appel à un type de décor que l’on n’observe sur aucune autre œuvre de Pierre Mangot : celle des émaux polychromes de basse-taille sur argent utilisée pour la plaque figurant Vénus et l’Amour au dos du coffret et celle des émaux champlevés translucides sur argent de la frise fleurie ornant le pourtour du couvercle. Il s’agit ici d’une véritable découverte qui vient enrichir la connaissance que l’on avait jusqu’ici du talent déjà très varié de cet artiste. On doit à l’éminente spécialiste de l’orfèvrerie de la Renaissance, Michèle Bimbenet-Privat, encore conservateur général il y a peu au département des objets d’art du Louvre, d’avoir documenté et fait ainsi renaître ce fabuleux orfèvre de François 1er qu’a été Pierre Mangot. Lors de ses recherches effectuées pour son doctorat, elle identifie son poinçon qui avait été jusqu’ici mal interprété. Son travail remarquable de recherche et d’érudition a ainsi donné corps à cet artiste dont elle a su si bien souligner la personnalité originale à travers ses nombreuses publications. Elle a pu examiner ce coffret, découvert dans une collection privée belge, peu avant la conférence organisée par le British Museum en 2021 autour de la salière-horloge royale d’Henri VIII. Elle le mentionne et l’illustre dans son article "Pierre Mangot and Goldsmiths at the Court of Francis I of France" publié à cette occasion par l’institution muséale anglaise. N’ayant pas eu matériellement le temps de l’étudier, elle souligne seulement la nécessité de recherches approfondies afin de pouvoir associer cette pièce d’orfèvrerie à un mécénat royal ou princier. Il semble en effet que cela soit l’hypothèse la plus vraisemblable compte tenu des liens étroits qu’a toujours entretenus Mangot avec le cercle royal, d’abord avec Louise de Savoie puis ensuite avec le roi lui-même. D’ailleurs l’origine royale du grand coffret en nacre du Louvre n’est guère contestée jusqu’à y reconnaître un présent diplomatique de François 1er à Henri VIII. Correspondant à une certaine maturité de l’installation parisienne de Mangot, ce coffret fait appel à plusieurs techniques d’orfèvrerie comme si l’artiste avait voulu offrir sur un seul objet, pouvant tenir dans la main, l’éventail de ses talents de ciseleur, d’émailleur et de bijoutier. Fruit d’une commande féminine, ou pour le moins destiné à une femme, il témoigne en outre de son appartenance à un milieu lettré, pétri d’humanisme. Il est en cela le symbole du raffinement de cette première Renaissance française tournée à la fois vers un certain archaïsme médiéval avec sa profusion et la sévérité de ses lignes et également vers une ouverture au monde aimable et érudit de l’Italie d’une noblesse éblouie par la découverte de l’art transalpin. Il s’agit donc ici d’une œuvre unique qui va quelque peu enrichir notre regard sur cette époque d’un grand foisonnement créatif qui a connu un total renouvellement des arts. RAPPORT D ECONDITION DETAILLE SUR DEMANDE A L'ETUDE. Bibliographie : M. Bimbenet-Privat, "Pierre Mangot and Goldsmiths at the Court of Francis I of France ", A Royale Renaissance Treasure and its Afterlives : The Royal Clock Salt, The British Museum, Research Publication, 227, 2021, p.40-60, Fig.39, p 48. Ouvrages consultés : - M. Bimbenet-Privat, Les orfèvres parisiens de la Renaissance 1506-1620, Commission des travaux publiques de la ville de Paris, 1991, p.640. - M. Bimbenet-Privat (sous la dir.), L’orfèvrerie parisienne de la Renaissance, Trésors dispersés, Centre culturel du Panthéon, 1995, n°73b, p. 110 – 112. - P. Malgouyres, « Un coffret “faict à la mode dudit pays d’Indye” monté à Paris par Pierre Mangot », Venus d’ailleurs, matériaux et objets voyageurs, Seuil, Louvre éditions, 2021. - M. Bimbenet-Privat, F. Doux, C. Gougeon, Orfèvrerie de la Renaissance et des Temps modernes, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, La collection du Musée du Louvre, vol. 1, p. 64-77, vol 3, p.331.
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