Lot no. 8
MARIA ELENA VIEIRA DA SILVA (1908-1992) RUINES D'ASIE MINEURE, 1962 Tempera sur papier marouflé sur carton. Signée en bas à droite. 63 x 100 cm - 243/4 x 391/4 in. Provenance : - M. Knoedler & Co, Inc, New York - Collection William E. Weiss (acquis chez Knoedler en Septembre 1963) Expositions : - New York, M. Knoedler & Co., Inc., 15 octobre - 2 novembre 1963 - Washington, The Phillips collection, 1er - 30 décembre 1963, Recent gouaches by Vieira da Silva, n°19 du catalogue, reproduit Bibliographie : - Guy Weelen et Jean-François Jaeger, Vieira da Silva, Catalogue raisonné, éditions d'Art Albert Skira, Genève, 1994, n°1816, reproduit p. 368 Damier labyrinthique, l'œuvre de Maria Elena Vieira da Silva est une véritable bibliothèque, dans la définition que nous en livre Borges : « L'Univers (que d'autres appellent la Bibliothèque) se compose d'un nombre indéfini, et peut-être fini, de galeries hexagonales, avec de vastes puits d'aération au milieu, bordées par des balustrades très basses. De chacun de ces hexagones on voit les étages inférieurs et supérieurs, interminablement (La Bibliothèque de Babel) ». Petite, cette artiste était souvent seule et, se perdant dans une maison trop grande pour elle, trouvait refuge dans les livres : « Je bouquinais partout, sans aucune restriction, je touchais à tout, je pouvais toucher à tous les livres. Je vivais comme ça, presque isolée ». Artiste secrète, Vieira da Silva est une enfant sans âge, sans poupée ni amie. Allégorie d'une quête, ses ambigüités spatiales, ses formes fragmentées et sa palette sobre nous emmènent dans un passage dont les murs s'effritent… comme un maillage qui s'élargit puis se resserre sur l'espace, donc sur le temps. Ses perspectives déroutantes et escarpées nous troublent entre ambivalence spatiale et abstraction partielle. “Ruines d'Asie Mineure” dilue la main humaine ou ce qu'il en reste… paysage dévasté, comme un dernier témoignage de l'homme. Vestige inanimé (in-animus : sans âme) qu'elle éclabousse de peinture, juste ce qu'il faut pour conserver un lien aux images du réel rappelant le mot de Mallarmé : « Peindre non la chose, mais l'effet qu'elle produit ». L'observation devient nuance. Ainsi Dina Vierny nous rapporte : « Ce glissement de la représentation vers le sans fond du tableau passe par plusieurs étapes. La leçon de Cézanne, si décisive pour la génération des peintres cubistes l'affranchira du respect de l'apparence (…). « Les joueurs de cartes » de Cézanne qui battent sans cesse les images entre leurs mains seront une révélation : « C'était la clé pour passer derrière le mur apparemment sans issue ». Emiettées, ces ruines que Vieira da Silva a pourtant de ses mains reconstituées invitent le regard à l'errance comme une nouvelle genèse, à fleur de lumière.
Pictures credits: Contact organization
Old paintings
About the sale
Catalog
Collection Alain Delon
75008 Paris - France
10/15/2007
Offered by BONHAMS CORNETTE DE SAINT CYR
01 47 27 11 24