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Lot no. 57
MEUBLE DE COMMANDE « AUX SERPENTS » Par Pierre GARNIER (1726/27-1806) Reçu Maître Ébéniste en 1742 Paris, époque Louis XVI Bâti de chêne, bois de rose, amarante, bronzes dorés et marbre rouge griotte Estampillé P. GARNIER H. 101 cm, L. 145 cm, P. 52 cm La forme, la structure et le décor si particulier de ce meuble, empreint de tout le répertoire néoclassique cher à Pierre Garnier, indique qu’il fut réalisé pour répondre à un besoin spécifique de rangement et de classement de son commanditaire. Il ouvre en façade par un tiroir de longueur sur lequel les poignées de tirage prennent la forme de serpents entourés de grecques. En dessous apparaissent douze tiroirs répartis sur deux colonnes avec une prise en forme de fleurette. Chacun est en placage de bois de rose entouré d’amarante et d’un encadrement de bronze doré. Une serrure située au centre de la façade permet la fermeture de l’ensemble. Les montants sont composés de puissantes colonnes détachées à cannelures foncées de bronze et légèrement fuselées. Elles sont surmontées d’une bague à décor de feuillages et de pastilles en bronze doré. On retrouve des feuilles d’acanthe sur le culot du montant, assis sur une sphère aplatie. Les côtés ouvrent par deux vantaux démasquant un espace de rangement où se détachent des motifs géométriques centrant le bouton de préhension. On notera l’originalité de la frise de grecques en bronze doré qui parcourt toute la partie basse du meuble. L’ensemble repose sur une base en plinthe et est coiffé d’un dessus de marbre rouge griotte. L’ébéniste Pierre Garnier, reçu Maître en 1742, se distingua de ses confrères en tant que précurseur dans la représentation du courant néoclassique déployé dès les années 1750-1760. Comme en témoigne notre meuble, il développa une production répondant au goût « à la grecque » avec une série de créations tendant vers les formes architecturées, massives, pleines de rigueur et de sobriété. Cela se traduit par l’utilisation de placage uni, la rareté de la marqueterie et des motifs géométriques ainsi qu’une relative économie des bronzes. Il a su ainsi créer un style et des éléments de décors qui lui sont propres permettant ainsi de reconnaître aisément son travail. Les puissantes colonnes détachées de notre oeuvre se retrouvent dans une console réalisée par le Maître vers 1770-1775 conservée en main privée . Légèrement fuselés, les pieds reçoivent également un décor de cannelures foncées de bronze ainsi que cette imposante bague à feuillages au sommet. Ce dernier élément de décor figure sur le piètement d’une table de toilette appartenant à la Wallace Collection. Outre la large bague ornée de végétaux en bronze doré, on retrouve ce culot de feuilles d’acanthe épousant sa base. Il existe également plusieurs meubles montrant la prédilection de Garnier pour agrémenter les cannelures de ses colonnes ou pilastres de bronzes dorés comme dans l’encoignure datable vers 1773 et conservée au J. Paul Getty Museum . On y retrouve en outre toute la rigueur et la monumentalité de notre meuble où tout semble régi par la symétrie et la géométrie. Le même type de bronze employé dans cet exemple s’observe également sur notre oeuvre au regard de ses imposants boutons de tirage en forme de fleurettes. L’autre caractéristique de l’OEuvre de Pierre Garnier est le recours aux pastilles que l’on retrouve sur notre meuble au sommet des montants. Elles agrémentent une très grande partie de sa production et sont visibles sur tous les types de meubles qu’il a créés. Citons l’exemple du secrétaire en armoire réalisé vers 1775 et conservé dans la collection du Baron Alexis de Rédé. Ce meuble regroupe toutes les particularités du travail de Garnier que nous avons décrites ainsi que la grande présence de ces pastilles situées au sommet des pilastres et aux angles de l’encadrement de la façade. Pierre Garnier travailla durant sa carrière pour les plus grands personnages de la seconde moitié du XVIIIe siècle tels la famille d’Orléans très probablement, la Duchesse de Mazarin et surtout le Marquis de Marigny, frère de la Marquise de Pompadour. Tout ceci laisse supposer que notre oeuvre fut commandée par quelque personnage notable du royaume au regard de sa destination si particulière et des coûts engendrés pour sa fabrication. À notre connaissance, il n’en existe au cun autre semblable de cet artiste, avec un tel décor (notamment les serpents en bronze) et une telle fonction au regard du nombre important de tiroirs qu’il comporte.
Pictures credits: Contact organization
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