Lot no. 136
Peter KLASEN
« NE PAS TOUCHER,(SOLUTION N°1) », 1967
Acrylique sur toile signée, titrée et datée au dos
146 x 113 cm
Provenance :
- Collection particulière, Paris
- Musée d’Art Moderne et Art Contemporain, Nice ( en dépôt)
Exposition :
« Images narratives 2 », Angers, 2000, reproduit dans le catalogue de l’exposition page 54
Les années 1967 à 1970 sont importantes dans l´œuvre de Peter Klasen parce qu´elles voient apparaitre les premiers tableaux dits, binaires“ qui voient la confrontation sur le plan de la toile en deux espaces clos et séparés d´un élément du corps féminin souvent porteur d´une forte charge érotique, seins, visages, bouches, images d´images glacées tirées de magazines people ou grand public. Fragments signifiant de parties pour désigner un tout en rapport synecdotique à la réalité, fragments cadrés et découpés d´Aphrodites stéréotypées totalement pop et images d´objets industriels utilitaires ou sanitaires complètement déshumanisés, glacés et aseptisés qui sont assemblées ou se téléscopent sur l´espace plan du support.
Cette confrontation produit sur le spectateur une déflagration recherchée par le peintre afin d´agir tel un anticorps.
La menace, l´agression ou le sentiment de malaise nés de cette juxtaposition d´éléments antinomiques: les parties érotiques de la femme désirante s´opposent au caractère fi gé de ces objets industriels glacés, inanimés, dépourvus de vie et porteurs d´une fermeture, d´une sensation d´oppression, d´enfermement, d´une négation de la vie.
Le sensuel, la virtuosité des cadrages rapprochés, l´orchestration des plans, l´audace des mises en page pures et limpides, les couleurs dans ces années 1960 où le blanc, les gris noir réchauffés d´un peu de rouge ou d´orange semblent toujours l´emporter dans cette tension reposant sur la scission de l´être et du monde de l´avoir ainsi que l´angoisse qui en résulte.
En témoigne « Ne pas Toucher. Solution n°1 » de 1967 grand tableau qui illustre parfaitement l´ambivalence du désir humain, l´ambiguïté de l´écran de télévision qui retranscrit un gros plan de visage féminin au regard électrique menaçant, ambiguïté et ambivalence faits d´attirance et de répulsion, de beauté et de menace. Sensation sulfureuse du désir que l´homme porte sur la femme fondé sur cette ambivalence du regard masculin concernant la beauté attractive du corps féminin et en même temps la fermeture, la sensation d´oppression née de ce visage enserré entre les bords du cadre de l´écran de télévision ou de cinéma qui comprime le visage, lignes de pixels horizontales qui suggèrent des barreaux donc un enfermement auxquelles des tétines qui surmontent l´écran ajoutent au sentiment de déshumanisation et de menace.
Peter Klasen est le peintre qui tente de répondre à la déshumanisation du monde et à l´angoisse née de la scission entre l´être et le monde de l´avoir en faisant prendre conscience de ces dangers, de ces menaces liées au rapport ambigu? presque masochiste que l´homme entretient avec la perfection des objets sexuels ou industriels mis côte à côte et que leur relation engendre, avec la fétichisation du corps féminin parfait et son obstacle: l´homme responsable lui-même de cette déshumanisation, de cette absence d´harmonie fondée sur l´absence de communication alors que tout est fait technologiquement depuis l´avènement de la société de consommation, consommation d´images, de nourritures spirituelles et matérielles comme de produits, films et magazines de toutes sortes pour rapprocher les gens alors que c´est l´inverse qui se produit.
Dès 1961, les tableaux de Klasen, qui subissent la fascination du cinéma, se distinguent par un refus de l’abstraction, à la mode depuis la fi n de la guerre. Leur langage vigoureux, lavé et clarifié par la technique de l’aérographe, anéantit tous les effets de l’expressionnisme traditionnel allemand. Dans ces images d’images, la présence de fragments de visages et de corps féminins est associée à celle d’objets utilitaires, sanitaires ou machiniques, mais c’est d’un conflit avec la modernité qu’il est évidemment question. Pour Klasen, la ville est un univers concentrationnaire dont la modernisation incessante accentue le caractère traumatisant et aliénant.
Des portes grillagées, portant des inscriptions (« Danger de mort », « No admittance », etc.),
vont peu à peu remplacer ces lambeaux arrachés au paysage urbain, effacer les dernières traces du corps féminin. « C’est par des séquences, des bribes que l’on déchiffre le drame, les catastrophes », dit Klasen à Pierre Tilman, l’un de ses premiers défenseurs (P. Tilman, Peter Klasen, éd. Galilée, Paris, 1979).
Les chaînes et les cadenas, les issues de secours, les rideaux de fer, qu’il cadre avec netteté, sont des gros plans sur les nouveaux éléments emblématiques du danger impliqué par les progrès technologiques.
Le regard y bute comme sur un mur intraversable.
Pictures credits: Contact organization
Drawings, watercolours and pastels
About the sale