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Lot no. 119
RARE COMMODE de forme galbée en laque de coromandel à décor polychrome de personnages dans des paysages animés de ponts, pagodes, bateaux. Elle ouvre à deux tiroirs sans traverse et repose sur des pieds cambrés. Riche décoration de bronze ciselé et doré tels que : chutes ajourées, frises d'encadrement à volutes et feuillage, moulures à oves, culots, sabots. Elle porte la marque au feu S X avec au centre une ancre de marine et à la partie supérieure la trace d'une couronne fermée ; l'inscription à l'encre sous un tiroir “Francois”. Par Bernard Van Risen Burgh Époque Louis XV (Quelques éclats et fentes) 82,5 x 126 x 54,5 cm Provenance : Collection du Duc et de la Duchesse du Maine au château de Sceaux pendant la 1re moitié du XVIIIe siècle Collection du duc de Penthièvre au château de Sceaux Vente Paris, Palais Galliera, 17 juin 1964 no 273. La commode que nous présentons est l'un des rares exemples connus de meubles conçus pour un décor de la première moitié du XVIIIe siècle. Le “Cabinet de la Chine” dont l'intérieur était entièrement tapissé de glace doit son nom au mobilier qui le composait. Une mention dans l'inventaire après décès du Duc du Maine au château de Sceaux en 1736 (1) permet d'identifier plus précisément cette commode (document I ci-dessous) “600 idem une commode à la régence à deux tiroirs de haut le tout de bois de la Chine et Japon, avec ornements et carderons de cuivre doré d'or moulu prisée quatre cent livres [400 livres]” On retrouve dans l'inventaire après décès de la duchesse du Maine en 1753 au château de Sceaux (2), dans le cabinet de la Chine, les précisions suivantes : les sièges étaient recouverts : “d'étoffes de Constantinople, fond d'or à figures chinoises, d'une table à écrire de bois verni de la Chine et d'une commode à la régence de bois de coromandel”. Cette dernière mention n'est pas anodine quand on sait que l'inventaire après décès de la Duchesse fut réalisé avec l'aide de Simon-Philippe Poirier, le célèbre marchand-mercier, grand fournisseur d'objets en laque. Cette commode est la seule décrite dans les deux inventaires comme n'ayant pas de dessus de marbre et le carderon de bronze doré est bien la moulure qui encadre le plateau. On la retrouve toujours conservée au château dans le même cabinet lors de l'inventaire après décès du duc de Penthièvre en 1793 (3). Ce meuble est à notre connaissance un des seuls exemplaires ayant reçu dès son origine un plateau en laque de coromandel. Ce choix particulier est dû à sa place dans le Cabinet de la Chine au château de Sceaux. Elle est un jalon particulièrement important dans l'histoire des Arts Décoratifs français du XVIIIe siècle. Réalisée très vraisemblablement entre 1730 et 1736, elle est antérieure à la première commode en laque du Japon livrée en 1737 pour la reine Marie Leczinska au château de Fontainebleau et conservée au Musée du Louvre (4). L'examen des panneaux en laque de coromandel montre que très vraisemblablement ils ont été découpés dans le même paravent. L'ensemble du décor représente un site célèbre très probablement XI HU à Hangzhou, ancienne capitale des Song du Sud située dans la province de Zhejiang. Les différents ponts ainsi que la pagode de cette vue sont tous numérotés et évoquent différentes scènes de la vie quotidienne dont, sur le haut du plateau, le retour du fils prodigue (5). Bernard II Vanrisenburgh (vers 1700-1766) est formé dans l'atelier de son père, ébéniste d'origine hollandaise spécialisé dans la fabrication de caisses d'horlogerie en marqueterie Boulle. Reçu maître en 1730, il choisit ses initiales comme estampille. B.V.R.B. installe son propre atelier rue de Reuilly avant de s'établir rue Saint-Nicolas puis rue de Charenton. Dans les années 1730-1738, il travaille pour le roi Jean V du Portugal à Lisbonne. De retour à Paris, BVRB collabore avec les marchands-merciers Hébert, Lazarre Duvaux, Darnault, Héceguerre et Poirier. Ce sont eux qui fournissent les matériaux précieux dont ils ornent ses meubles de grand luxe : laque, porcelaine, bronzes. BVRB se fait une spécialité des meubles ornés de laques. La production de BVRB se distingue aussi par la qualité exceptionnelle de ses modèles de bronzes de style rocaille dont il était propriétaire. Les arêtes des pieds et des ceintures de ses meubles sont souvent protégées par des fines baguettes de bronze. Sur ses commodes, les bronzes sont abondants et déchiquetés. Le plus souvent, ils partagent la façade en trois parties avec un cartouche central sinueux. Notre commode est très caractéristique de sa production, elle présente un décor de bronze identique à celle réalisée en laque du Japon conservée au Victoria et Albert Museum (6). Le marchand-mercier Thomas Joachim Hebert, qui livra la commode à la reine Marie Leczinska au Garde-Meuble de la couronne pourrait être très vraisemblablement à l'origine de la création de ce meuble réalisé à partir d'un paravent. En effet, la plupart des livraisons royales concernait des meubles en laque noir et or, de la Chine ou du Japon, destinés à la Dauphine à Versailles et à Choisy pour Mademoiselle de Mailly. Le talent de BVRB connaît un rayonnement européen. Après l'incendie du château de la Résidence à Munich en 1729, l'Electeur Charles-Albert, futur empereur Charles II, demande à l'architecte François Cuvilliès de réaménager les nouveaux appartements, et le marchand-mercier parisien Grabier est chargé de livrer une partie du mobilier. Pour faire face à cette commande il fait travailler trois ateliers dont celui de BVRB qui fournit trois commodes en laque et un bureau plat (7). Par la suite deux autres meubles de BVRB sont livrés à l'Electeur pour la Résidence : une paire d'encoignures et un bureau de pente (8) Paradoxe de la vie de BVRB : malgré la perfection des ses œuvres, il n'arrivera jamais à s'affranchir des marchands-merciers et à connaître la notoriété comme ses confrères André-Charles Boulle ou Charles Cressent. BVRB n'accède pas directement à la riche clientèle, en effet, on ne garde aucune trace d'un rapport entre l'ébéniste et un client privé. Cette dépendance est la cause de ses difficultés financières. En 1764, il se retire des affaires, vend le fonds de son atelier à son fils Bernard III et lui loue son “privilège” de “menuisier ébéniste”, procédé interdit. Lors de sa mort en 1766, son dénuement ne justifie pas d'inventaire après décès. Un inventaire commun sera réalisé à la mort de sa femme en 1772. (1) Inventaire après décès du duc du Maine AN, MC.VIII - 1015, 4 juin 1736 no 600 (2) Inventaire après décès de la duchesse du Maine AN, M.C. XXXV - 673 nos 1417 à 1420 du 19 février 1753 (3) Inventaire après décès du duc de Penthièvre du 27 avril 1793 - folio 103 : “dans le cabinet en lac… une Commode à deux tiroirs en vieux lac de caromandel avec ornemens de Cuivre doré…” A.N.M.C, XXXV, 962 (4) A. Pradère “Les ébénistes français de Louis XIV à la révolution” 1989, p. 195 (5) Coromandel lacquer screens par W. de Gesel-G. Dhont, 2002 pages 72-73-75 (6) Catalogue de la Jones collection, Victoria and Albert Museum reproduit planche VII no 15 (7) “Nouveaux aspects de la vie et de l'œuvre de Bernard II vanrisenburgh” par Jean Nérée Ronfort, Jean-Dominique Augarde et Brigitte Langer, in L'Estampille-L'Objet d'Art no 20 avril 1995. (8) Opus cité p. 48-49. La duchesse du Maine, 1676-1753 Anne-Louise de Bourbon-Condé, petite fille du Grand Condé hérite de son “esprit frondeur”. Elle est la seconde fille de Monsieur le Prince et d'Anne de Bavière. Élevée par un père extravagant, elle rêve de se marier pour échapper à cette tutelle. Sa taille extraordinairement petite en fait néanmoins un parti difficile malgré une éducation très soignée. C'est Louis XIV lui-même qui, sur les instances de Madame de Maintenon, accepte de lui faire épouser le duc du Maine, son second fils issu de sa liaison avec Madame de Montespan. Il avait une tendresse particulière pour ce jeune prince qu'il avait fait légitimer en 1673 à l'âge de trois ans. Atteint d'un “pied-bot” Madame de Maintenon l'avait élevé avec amour et souhaitait une alliance prestigieuse pour son jeune élève. C'est en 1692, qu'Anne-Louise Bénédicte épouse son aîné de six ans. A la surprise générale, la jeune femme se révèle d'une indépendance jamais vue à la Cour de Louis XIV. La duchesse du Maine “s'étant rendue incorrigible, on la laissa en liberté de faire tout ce qu'elle voulait” dit Madame de Caylus. Elle choisit comme emblème la mouche à miel et la devise tirée de l'Aminta du Tasse, qui la décrit parfaitement “elle est petite mais elle pique bien”. Animée d'un formidable appétit de vie, la jeune duchesse s'intéresse à tout : théâtre, poésie, étude des matières scientifiques : astronomie, mathématiques. En réalité, elle poursuit un but secret, jouer un rôle de premier plan dans le royaume. En 1699, le duc du Maine, achète le château de Sceaux ; son épouse y réunit une cour très fréquentée par la jeunesse. Très vite le château devient le rendez-vous des poètes ou selon l'ancien précepteur du duc Malezieu, ce lieu devint “les galères du bel esprit”. Parmi les hôtes célèbres du château, citons Fontenelle et Voltaire qui écrit Zadig à Sceaux. La duchesse croît son heure de gloire arrivée quand Louis XIV, violant les lois fondamentales, déclare son mari et le comte de Toulouse, Prince du sang, aptes à lui succéder au trône et que cet édit de juillet 1714 est enregistré au Parlement. Le testament du roi qui confirme ses dispositions, est cassé après sa mort. Deux ans plus tard, les princes du sang, à commencer par le propre neveu de la duchesse, intentent un procès aux légitimés qui sont réduits au simple rang de pairs, tandis que l'éducation de Louis XV, qui avait été laissée au duc du Maine selon la volonté du feu roi, lui est retirée. Tant de déboires conduisent l'impétueuse et vindicative duchesse à entraîner son mari dans la conspiration de Cellamare qui a pour objet de mettre Philippe V sur le trône de France. Le duc et la duchesse sont arrêtés le 29 décembre 1718. Emprisonnée, la duchesse revient à Sceaux en 1720. Le duc meurt en 1736 et la duchesse en 1753. Le château de Sceaux A la fin du XVIe siècle, Louis Potier duc de Gresves fait construire un château à Sceaux. Ses héritiers le vendent à Jean-Baptiste Colbert, Surintendant des Bâtiments, en 1670. Colbert augmente la superficie du château et du parc en achetant des terres et confie à Le Nôtre la tâche de redessiner le parc. Le château se compose alors d'un pavillon central flanqué de deux ailes terminées par des pavillons carrés. A la mort du ministre en 1683, son fils Seigneley hérite du domaine. La surface du parc est quadruplée et restructurée par Leclerc. En 1699, la veuve de Seignelay vend le château au duc de Maine. Le duc et sa femme, qui possèdent déjà plusieurs résidences, n'entreprennent pas de grands travaux mais font revivre le château par plusieurs commandes. Le rez-de-chaussée accueille les appartements de représentation. L'appartement du roi est achevé en 1703. Au premier étage la décoration du cabinet des Arts et des Sciences ainsi que de la galerie est confiée au peintre Claude Audran III et au sculpteur Jean Poultier. Le cabinet de la Chine et le cabinet d'aventurine témoignent du goût de la duchesse du Maine pour la mode de l'exotisme et de la chinoiserie. Le château possède également une salle de comédie et un petit appartement au deuxième étage nommé “la chartreuse” où la duchesse aime se retirer entourée de meubles et objets précieux. Le jardin connaît lui aussi quelques aménagements : le jardin du petit château, le pavillon de la ménagerie édifié par l'architecte Jacques de la Guépière et son jardin, et enfin le jardin des caprices orné de trois sculptures nommées “la Bizarrerie”, “la Légèreté” et “l'Inconstance”. Après les décès du duc et de la duchesse en 1736 et 1752, le château connaît plusieurs propriétaires avant d'être détruit en 1799. 800 000 / 1 000 000 €
Pictures credits: Contact organization
Classic furniture
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