Lot no. 221
Rare pendule dite “Lyre” en bronze très finement ciselé et doré à l'or mat, l'or brillant et l'or rose.
Le cadran, signé Coteau, partiellement émaillé rouge, vert, noir et or indique les heures en chiffres romains et les minutes en chiffres arabes, laisse apparaître au centre le mouvement squelette à échappement à cheville et roues de compte.
Elle sonne les heures et les demies. Dans un cartouche à fond bleu nuit, orné de draperies, le nom de l'horloger Jac Bréant (1753-1807), reçu maître le 26 septembre 1783).
Le mécanisme inscrit dans une lyre ornée à l'amortissement d'un masque de Renommée rayonnant, souligné de guirlandes de feuilles de lierres.
Les montants à encadrement à frises de perles, soulignés de feuilles d'acanthe.
L'ensemble repose sur une base de marbre blanc ornée latéralement d'attributs agresques dans des couronnes de feuilles de vigne à cœurs symbolisant l'amour. Au centre, une plaque émaillée sur fond blanc ornée de têtes de satyres. L'encadrement de perles émaillé bleu, rouge et turquoise, dans des guirlandes de fleurs et feuillage, annonce par trois cadrans dont un à guichet demie lune, l'âge et les phases de la lune, les jours de la semaine et les quantièmes.
Socle en marbre bleu turquin à contre socle d'acajou supportant deux vases à l'antique chargés de fruits.
Encadrement à cordages, palmettes et rangs de perles.
Epoque Louis XVI
H. 65 - L. 39 - P. 15 cm
Provenant d'un chateaus d'Auvergne
Il faut véritablement attendre le milieu des années 1760 pour voir apparaître la lyre comme élément décoratif principal dans l'horlogerie parisienne. Svend Eriksen considère que la première pendule de type lyre figure dans les collections royales de Suède ; il s'agit d'un modèle pansu à cinq cordes enlacées par la queue d'un dragon ailé transpercé d'une flèche (un modèle identique a fait partie de la collection Karl Lagerfeld vendue à Monaco en 1999). Le succès fut immédiat, le modèle s'allégea en conservant des proportions harmonieuses et fut décliné tout au long du dernier tiers du XVIIIe siècle par de nombreux horlogers parisiens. Le plus souvent il s'agit d'une lyre en bronze doré reposant sur une base ovale en marbre blanc, les cornes de la lyre sont pleines ou ajourées et l'amortissement présente des volutes, des têtes d'aigles ou des masques rayonnants. Un dessin anonyme conservé au Metropolitan Museum à New York et reprenant un dessin similaire est illustré dans M.L. Myers, French Architectural and Ornamental Drawings of the Eighteenth Century, New York, 1992, p.204, n°121. Pour des modèles reprenant ces mêmes caractéristiques voir notamment un exemplaire ayant fait partie de la collection Wildenstein (Christie's, Londres, les 15 et 16 décembre 2005, lot 124), un deuxième conservé à Waddesdon Manor (illustré dans G. de Bellaigue, The James A. de Rothschild Collection at Waddesdon Manor), ainsi qu'un dernier appartenant aux collections royales espagnoles (reproduit dans J. Ramon Colon de Carvajal, Catalogo de Relojes del Patrimonio nacional, Madrid, 1987, p.94, catalogue n°77).
La pendule proposée offre une composition en bronze finement ciselé et doré dans le goût des trois exemples précités, mais elle présente un socle orné d'une plaque émaillé à trois cadrans qui la distingue des modèles connus et qui participe à son extrême rareté. L'horloger désireux d'intégrer à cette œuvre des cadrans indiquant notamment les phases de la lune et les quantièmes, a solutionné le problème en rehaussant la lyre sur un socle qui porte habituellement un bas-relief de bronze doré. Ce parti pris apparaît comme particulièrement harmonieux, ne surchargeant en rien l'ordonnance générale. Quelques rares autres horlogers ont eu cette même démarche, mais le plus souvent en alourdissant le modèle. C'est particulièrement le cas d'une pendule dont les cadrans figurent à l'amortissement (vente à Paris, Mes Ader, Picard, Tajan, le 9 juin 1976, lot 175) ; tandis qu'un exemplaire, offrant un grand cadran principal flanqué de deux cadrans latéraux plus petits, présente un dessin plus abouti (illustré dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Paris, 1997, p.229).
Bréant à Paris : Il s'agit certainement de Jacques-Thomas Bréant (1753-1807), horloger parisien reçu maître le 26 septembre 1783.
Il composa notamment une pendule dont la lyre est fixée au socle par une acanthe en bronze doré, technique qui apparaît à l'identique sur le modèle proposé (vente à Paris, Mes Ader-Tajan, mars 1992). Après sa réception à la maîtrise, il ouvrit une boutique au Palais Royal, tout en conservant un atelier rue Saint-Martin. Peu de temps avant la Révolution, il déposa son bilan, ce qui permet de connaître les artisans avec qui il collaborait : notamment les fondeurs-ciseleurs Blavet, Lemire et Florion ; les doreurs Galle et Carrangeot ; et les émailleurs Coteau, Barbichon et Merlet. Au XVIIIe siècle, quelques-unes de ses pendules apparaissent dans les collections du duc d'Orléans, des marquis de Laval et d'Aulnay, de la comtesse de Faudoas et du comte de Villefranche.
Joseph Coteau (1740-4 pluviose an IX) est le plus célèbre émailleur de son temps, livrant des cadrans à la plupart des grands horlogers.
Il était né à Genève, ville dans laquelle il devint maître peintre-émailleur de l'Académie de Saint-Luc en 1766 ; puis il vint s'installer à Paris quelques années plus tard. A partir de 1772, jusqu'à la fin de sa vie, il est installé rue Poupée.
Il laissa son nom à une technique précieuse d'émaux en relief qu'il mit au point avec Parpette sur certaines pièces de porcelaine de Sèvres (comme le service de toilette de Maria Feodorovna) et qu'il utilisa par la suite pour le décor de certains cadrans de pendules
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