Lot no. 143
Rare pendule formant cage à oiseaux, à automates, la partie supérieure en forme de dôme, la base octogonale en bronze ciselé, doré, émaillé, ornée de deux oiseaux avec au centre une fontaine en verre actionnée par un mécanisme. Elle est décorée de plaques laquées bleu et or et de médaillons polychromes représentant des scènes de chasse au sanglier et chevreuil ainsi que le repos des chasseurs ou la halte à l'abreuvoir. Elle présente dans les niches des statues polychromes en porcelaine de Saxe représentant trois allégories des saisons, l'Hiver, le Printemps et l'Été ; la quatrième représentant un colporteur. La partie inférieure est ornée d'un cadran émaillé blanc avec indication des heures en chiffres romains et des minutes et présente un demi-cadran marqué A.R. (avance, retard) permettant de régler le mouvement de la pendule. Le mécanisme comporte douze tuyaux d'orgue jouant six mélodies différentes. Un cylindre à picots actionne à la fois les leviers de la serinette et ceux qui commandent le mouvement des oiseaux. Elle repose sur des pieds en griffes enserrant des boules. Attribuée à Jacquet Droz Fin du XVIIIe siècle (restaurations) 51,5 x 30 cm L'engouement pour les serins des Canaries atteint son apogée au XVIIIe siècle créant une rivalité entre les oiseaux dressés et les automates. Cette vogue est attestée par le livre publié en 1776 par Hervieux de Chanteloup “Le nouveau traité des serins des Canaries” véritable répertoire des soins à donner aux volatiles et guide pratique permettant de leur apprendre près de quatre airs en deux mois en les jouant sur des petites flûtes à bec. Avec l'invention de la “serinette” (1) petite boîte à musique qui permet de jouer jusqu'à neuf airs, les propriétaires des serins et passereaux vont pouvoir apprendre ceux-ci à leurs oiseaux. Déjà en 1751 le peintre Chardin réalise pour le surintendant des bâtiments du roi Le Normant de Tournehem un tableau représentant une jeune femme apprenant à chanter aux serins, assise avec à ses côtés un métier à broder (2). L'étape suivante est la transformation de la serinette par les ingénieurs-horlogers en lui ajoutant un oiseau automate. Les simplifications techniques permettent de réaliser ce prodige que signale le duc de Croy (3) : “je vis avec plaisir une pendule de la marquise (de Pompadour) avec un serin siflant plusieurs airs. Il est impossible de savoir si l'oiseau était en vie ou s'il s'agissait d'un automate” Pierre Jaquet Droz, né à la Chaux-de-Fond, après des études de mathématiques commence à s'intéresser à l'horlogerie vers 1740 ; il entreprend en 1758 un voyage en Espagne où le roi Ferdinand VI fait l'acquisition de sept pendules avec automates et autres complications (4). Sa réputation de “meilleur pendulier des montagnes nouchâteloises” lui permet de développer son affaire, aidé de son fils Henri-Louis et de Jean-Frédéric Leschot. A partir de 1773, leur production atteint une grande renommée, ils exposent à Paris, Berlin, Londres, leurs œuvres que les plus grands amateurs se disputent. Notre exemplaire est à rapprocher de la cage à oiseaux conservée au Musée de Zurich (5). Deux cages de modèle similaire mais ne comportant qu'un oiseau dont l'une n'a pas de fontaine sont conservés dans la collection James de Rothschild (6). (1) “une pendule aux canaris siffleurs” Gazette de l'hôtel Drouot n° 32 - 2000 p. 25 à 27 (2) Exposition “Chardin” Paris, Grand-Palais 29 juillet - 30 avril 1979 n° 93 p. 285 à 289 (3) Journal du duc de Croy, 19 janvier 1754 - vol. I p. 214 (4) Exposition “Pierre Jaquet Droz 1721-1790 et son temps” par F. Faesler et S. Guyne. La Chaux-de-Fond 1971 p. 43 (5) “Das museum der Zeitmessung” Beyer, Zurich - 1990 p. 68-69 (6) “The James de Rothschild collection at Waddesdon Manor” Furniture, par G. de Bellaigue, 1974 vol. I, nos 34 et 35 p. 164 à 173 60 000 / 80 000 €
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