Lot no. 257
Rare table de milieu d'après Thomas Hope Le piétement en acajou richement sculpté, présente sur deux faces des montants à tête de griffon, pieds griffes et ailes déployées, encadrant des panaches à feuilles d'acanthe, flammes stylisées ou feuilles de lotus et feuilles de chêne. Les bases quadrangulaires en légère doucine à encadrement de palmettes et feuilles d'eau. La ceinture présente des rinceaux à rosaces, des feuilles d'acanthe et des coquilles stylées Travail anglais, vers 1800/1810 Plateau en marqueterie de marbres et pierres dures à décor de damier dans des encadrements de marbre rouge griotte et jaune de Sienne. La bordure à galon de marbre vert de mer et marbre blanc, ceinturé d'une frise de perles. Travail romain de la fin du XVIII° siècle. Cette table présente un piétement qui a été rétréci afin d'être adapté à ce plateau de marbre H. 93,5 - L. 152 - P. 76 cm Collection de Monsieur de T. Bibliographie : Le XIX° siècle français, Collection Connaissance des Arts, Paris, 1957, p.53 (illustrée). La composition particulièrement masculine de cette table puise librement son inspiration dans certains modèles de tables et de brûle-parfum mis à jour lors des fouilles des anciennes cités romaines de Pompéi et d'Herculanum à partir du milieu du XVIIIe siècle. Ce type de piétement en jarrets de lions semble apparaître en France au début des années 1780, avec les livraisons de sièges par Georges Jacob à la marquise de Marbeuf. Décliné dans les quinze dernières années du siècle, il devient l'un des principaux éléments de décor de l'ébénisterie et de menuiserie parisienne de l'époque Empire (voir notamment plusieurs consoles livrées par Jacob-Desmalter pour le palais de Fontainebleau illustrées dans J-P. Samoyault, Fontainebleau : Musée national du château, Catalogue des collections de mobilier 3, Meubles entrés sous le Premier Empire, Paris, 2004, p.94-98, catalogues n°25 à 28). L'influence de l'Antiquité avait été relayée en France, et plus largement en Europe, par les projets de certains ornemanistes et architectes, dont l'ouvrage de Percier et Fontaine Recueil de décorations intérieures. En l'espace de quelques années l'Europe entière reprenait des compositions similaires marquées toutefois par certaines nuances stylistiques propres à chaque pays. Pour ne citer que quelques exemples voir : une table italienne à piétement à quatre jarrets de lions ailés, dont le plateau est incrusté de bois polychromes, d'ivoire et de nacre, conservée à la galerie Geri à Milan (A. Gonzalez-Palacios, Il Tiempo del Gusto, Le Arti decorative in Italia fra Classicismi e Barocco, Il Granducato di Toscana e gli Stati Settentrionali, Milan, 1986, p.210, fig.398) ; une deuxième par Karl Friedrich Schinkel, à jarrets de lion et faces latérales ajourées à palmettes et rinceaux stylisés, est illustrée dans H. Kreisel et G. Himmelheber, Die Kunst des deutschen Möbels, Klassizismus/Historismus/Jugendstil, Munich, 1973, fig.516 ; enfin une dernière table anglaise, réalisée d'après un dessin de George Smith, est reproduite dans C. Musgrave, Regency Furniture 1800-1830, Faber and Faber, Londres, 1970, fig.22B. C'est d'ailleurs à ce courant néoclassique anglais auquel est rattachée la table présentée. en effet, si l'ouvrage de Percier et Fontaine connut un immense succès, il fut parfois mis au goût du pays par certains architectes de talent, particulièrement en Angleterre. L'un d'entre eux se démarqua de ses contemporains : Thomas Hope, qui offre l'approche la plus archéologique du style Regency. En 1807, Hope publie à Londres son ouvrage Household Furniture and Interior Decoration qui a inspiré la composition de la table présentée. L'une des vues intérieures met en scène la galerie de la propre maison de Thomas Hope dans laquelle trônent au centre deux larges tables alignées « destinées aux portfolios de dessins et aux livres d'estampes ». Rien ne dit, par contre, si elles supportaient des plateaux de marbres comme celui qui figure sur la table proposée. Pour comprendre véritablement l'importance que donnaient les amateurs et les connaisseurs à ces plateaux, il suffit de se plonger dans les catalogues de ventes anciens et les descriptions des inventaires après décès qui, lors d'une description d'une table ou d'une console, mettaient l'accent sur les rares plateaux que supportaient ces pieds. Il faut dire que ces plateaux étaient la plupart du temps importés à grand frais d'Italie, puis l'on confiait la réalisation du piétement à un artiste local. Sur notre table, le plateau rectangulaire s'organise à l'intérieur d'une bordure de marbre vert de mer bordée de filets de marbre blanc qui entoure une composition de spécimens de marbres italiens et de pierres dures disposés en losanges formant un damier ; pour n'en citer que quelques-uns, sont présents : serpentin antique, porphyre rouge antique, lapis-lazuli, noir antique, giallo antico, grand antique, vert antique, palombino et de nombreuses variétés de lumachelles, granits, cipolins et brèches. Ce type de création est attribué la plupart du temps à l'art des marmisti, les travailleurs du marbre à Rome. Certains sont devenus célèbres, tel Antonio Minelli qui utilisait jusqu'à 170 marbres différents pour confectionner ses plateaux. Jusqu'au XIXe siècle, les ateliers romains avaient la suprématie dans cet art, probablement parce qu'ils avaient accès à la matière première puisée dans les vestiges archéologiques antiques. Ajoutons à cela, la vogue du Grand Tour qui permit à de nombreux amateurs fortunés d'acquérir à Rome ces plateaux incrustés de marbres. Il n'est pas rare ainsi de voir des piétements typiquement français et anglais servir de luxueux supports à ces plateaux italiens. Pour des exemples dans le même esprit voir particulièrement un plateau, dont les spécimens de marbres sont taillés de forme hexagonale, conservé à l'Académie royale des Beaux Arts de San Fernando à Madrid (illustré dans A. Gonzalez-Palacios, Las Colecciones Reales Espanolas de Mosaicos y Piedras duras, Museo nacional del Prado, Madrid, 2001, p.278), ainsi qu'un second, conservé à la Villa Borghèse à Rome, dont les spécimens de marbres sont disposés en losanges (A. Gonzalez-Palacios, Il Gusto dei Principi, Arte di Corte del XVII e del XVII secolo, Milan, 1993, p.240, fig.479). Thomas Hope (1769-1831) était issu d'une famille de banquiers écossais. Très tôt il se passionna pour l'Antiquité, voyageant énormément à travers toute d'Europe pour dessiner les vestiges des civilisations égyptienne, syrienne et gréco-romaine. C'est notamment au cours de l'uns de ses voyages à Rome, accompagné du sculpteur John Flaxman, qu'il fit la connaissance de Charles Percier. Par la suite, il n'eut de cesse de retrouver cette perfection antique jusque dans sa propre demeure de Duchess Street à Londres. Convaincu de la perfection des civilisations antiques, il se mit à l'esprit d'éduquer certains amateurs, architectes et artistes, en leur ouvrant les portes de sa demeure (détruite en 1851). Thomas Hope posera les bases du style Regency qui dominera les arts décoratifs anglais pendant les trois premières décennies du XIXe siècle.
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12/09/2009
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