Lot no. 124
Rare table de salon à plateaux ovales.
Le plateau supérieur, monté à crémaillère, est orné d'une plaque en porcelaine de Sèvres, figurant un panier chargé de fleurs :
roses, tulipes et fleurs des champs.
L'ensemble est soutenu par un ruban violet à nœud, rattaché sur un clou stylisé.
La bordure à fond bleu turquoise à encadrement perlé, doré.
Le fût en marqueterie de bois de rose à décor hélicoïdal, contrarié.
Il présente au centre un plateau secondaire, légèrement supérieur en taille, marqueté sur bois tabac, de quartefeuilles dans des encadrements de filet d'amarante, sycomore teinté vert et de buis ou citronnier.
L'ensemble orchestré dans un feston à filet d'ébène ou de buis.
Piétement tripode néo classique, cambré à section rectangulaire à encadrement de dessins géométriques et enroulement.
Ornementation de bronzes ciselés et dorés (reprises).
Le plateau supérieur à tores de feuilles de laurier sur des fonds amati, à galerie de bronze repercé.
Bagues à feuilles d'eau.
Les pans coupés du piétement à agrafe à feuilles d'acanthe, torsadées.
Sabots à enroulement à feuilles d'acanthe.
Crémaillère à tige d'acier, dentelé
Estampille de M. CARLIN et poinçon de Jurande
La plaque en porcelaine porte la lettre date : « X », pour 1775, entre deux « L » entrelacés et de trois points, pour le décorateur : TANDART l'Aîné
Epoque Louis XVI (restaurations d'usage et plateau inférieur à légère fente)
H : 78 - L : 38, 5 - P : 31, 5.
Excepté l'élégance de la composition générale de ce guéridon, le principal attrait réside dans la plaque de porcelaine de Sèvres qui orne son plateau supérieur.
Cette dernière porte la marque du peintre Jean-Baptiste Tandart (1729-1816), dit l'aîné, artiste actif à la manufacture royale au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle ; ainsi qu'une lettre date permettant de dater précisément sa réalisation : 1775.
Les registres de la manufacture de Sèvres pour l'année 1775 mentionnent sept plaques ovales vendues 60 à 80 livres pièce, les différences de prix s'expliquant par les motifs peints plus ou moins élaborés qui ornaient les plaques.
Le commanditaire de ce type d'objets de luxe est facilement identifiable, puisque nous savons qu'à cette époque le marchand-mercier Simon-Philippe Poirier, associé depuis 1772 à Dominique Daguerre, conservait le quasi-monopole des achats de plaques de porcelaine à la manufacture.
Poirier (vers 1720-1785) peut être considéré comme le véritable créateur des meubles d'ébénisterie ornés de plaques de porcelaine.
Sous sa direction, puis sous celle de Dominique Daguerre à partir des années 1777-1778, son magasin du Faubourg Saint-Honoré à l'enseigne « A la couronne d'or » connut un succès inégalé et participa à meubler luxueusement les plus grands collectionneurs du temps, particulièrement la comtesse du Barry, la duchesse de Mazarin, la reine Marie-Antoinette et bien d'autres amateurs avides des très onéreuses nouveautés du magasin.
Comme souvent au XVIIIe siècle, à meubles ou objets exceptionnels, artisans exceptionnels.
C'est ainsi que les deux merciers ne pouvaient confier ces plaques de porcelaine qu'à des maîtres ébénistes suffisamment talentueux pour mettre en valeur par leurs créations ces précieux matériaux.
Parmi les artisans en meubles que les deux merciers privilégièrent tout spécialement, il y eut pour Dominique Daguerre :
Adam Weisweiler, et pour Poirier : Martin Carlin.
C'est à ce dernier que fut confié le soin d'associer cette plaque de porcelaine sur un guéridon à crémaillère, type de meubles que l'association Poirier-Carlin réalisa à un certain nombre d'exemplaires et avec variantes.
Ainsi l'on connaît quelques rares exemplaires de guéridons de modèle identique, particulièrement un premier, anciennement dans la collection Dubouchage (vente à Paris, salle Gaveau, le 28 juin 1994 ; la plaque datée 1773) et un second, provenant de la collection Ashburton, conservé au Philadelphia Museum of Art.
D'autres guéridons de Carlin, appelés tables en marmotte, présentent une légère différence par l'adaptation d'un bras mobile à deux lumières au centre de la plaque.
De ce modèle sont connus notamment un exemplaire qui a fait partie de la collection Roberto Polo (Vente à Paris, Hôtel George V, le 17 novembre 1991, lot 154), ainsi qu'un deuxième conservé à Waddesdon Manor (illustré dans G. de Bellaigue, The James A. de Rothschild Collection at Waddesdon Manor, Vol. I, Fribourg, 1974, p. 378, n°77), enfin un troisième fit successivement partie des collections de Madame Deane Johnson et de Karl Lagerfeld (vente à Monaco, le 29 avril 2000, lot 319 ; vendu 7. 737. 500 francs).
Martin Carlin (vers 1730-1785) est un ébéniste parisien originaire d'Allemagne.
Il vint certainement s'installer à Paris vers le milieu des années 1750 et épousa en 1759 la sœur cadette de Jean-François Oeben, beau-frère et confrère avec lequel il était en affaire.
Après avoir fait enregistré ses lettres de maîtrise en juillet 1766, Carlin installe son atelier dans la rue du Faubourg Saint-Antoine et devient rapidement l'un des ébénistes les plus renommés de la capitale.
Cette ascension est due aussi bien au talent de l'artisan qu'aux liens commerciaux étroits qu'il lia avec les plus importants merciers de l'époque Darnault, Poirier et Daguerre.
Par leur intermédiaire, Carlin participa à l'ameublement des appartements et des résidences de Marie-Antoinette, de la comtesse de Provence, du comte d'Artois, de la comtesse du Barry…
En l'espace d'une vingtaine d'années d'activité Carlin a laissé quelques-uns des plus grands chefs-d'œuvre de l'ébénisterie parisienne du XVIIIe siècle, de nos jours ses œuvres sont en bonne place dans les plus importantes collections privées et publiques, notamment aux musées du Louvre et Nissim de Camondo à Paris, au Metropolitan Museum à New York, au musée Calouste Gulbenkian à Lisbonne, à Waddesdon Manor et au Getty Museum de Malibu.
Pictures credits: Contact organization
Modern and design furniture
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