Lot no. 188
Robert COMBAS «HECATOMBE», 1992 Acrylique sur toile signée et datée en bas à droite 214 x 295cm. Provenance : Collection particulière Bibliographie : «La mauvaise réputation», éditions de la Différence, 1992, reproduit en double page couleur «Au marché de Brive-la-Gaillarde, y'a une bande de femmes énervées qui sont devenues Anarchistes. Le plus fort, c'est qu'elles ne se sont pas fait embrigader par un quelconque pantin politisé. Elles le sont devenues, à cause d'une histoire de poireaux mal lavés. Toujours est-il qu'elles ont commencées à se chamailler si fort et si violemment que la maréchaussée a été obligée de rappliquer avec tous les moyens motorisés et même un cheval de trait. Aussitôt arrivés sur la place du marché, ils ont vite compris que c'est sur eux, fiers agents au service de la société, que les gaillardes effarouchées ont décidé de retourner leur différend courroucé. Elles voulurent les attaquer. Les policiers décidèrent de les arrêter. Mais ils ne connaissaient pas les techniques de la gente féminisée aussi perfectionnées que des guerriers thaïlandais. Elles eurent vite fait bien fait de les maîtriser. Le maréchal des logis, le commandant, fut le premier. Il fut attaché par une belle excitée qui l'obligea de chanter une chanson sur l'Anarchie et la Liberté. Un autre fut désarçonné et les donzelles effarouchées lui firent gueuler : « à cheval sur mon biquet ». Arnachée sur un tréteau de présentoir du marché, une autre femme bien potelée en a assommé au moins trente à la file avec ses gros tétés. Et encore, je ne compte pas les maréchauséyés qui prirent, en guise de pêche, des poireaux en pleine poire. Enfin, en fin d'après-midi, en début de soirée, bien fatiguées et la colère vidée, les furies se sont éparpillées et sont sûrement chez elles rentrées pour préparer le dîner. A moins que quelques matrones encore contrariées aient décidé de militer pour l'Anarchie de la Méditerranée. Dans ce cas, certains messieurs à l'heure du dîner vont en chier. Et dans le monde entier, après les suffragettes, seront nées les Anarchieuses, dans un petit bled paumé, à côté de Sète. C'est pas vrai, mais je l'ai fait exprès» Robert Combas « Au marché de Brive-la-Gaillarde A propos de bottes d'oignons, Quelques douzaines de gaillardes Se crêpaient un jour le chignon. A pied, à cheval, en voiture, Les gendarmes mal inspirés Vinrent pour tenter l'aventure D'interrompre l'échauffourée. Or, sous tous les cieux sans vergogne C'est un usage bien établi, Dès qu'il s'agit d'rosser les cognes Tout le monde se réconcilie. Ces furies perdant tout' mesure Se ruèrent sur les guignols Et donnèrent je vous l'assure Un spectacle assez croquignol. En voyant ces braves pandores Etre à deux doigts de succomber, Moi, j'bichais car je les adore Sous la forme de macchabées De la mansarde où je réside J'excitais les farouches bras Des mégères gendarmicides En criant?: «Hip, hip, hip, hourra!» Frénétiqu' l'un' d'elles attache Le vieux maréchal des logis Et lui fait crier: «Mort aux vaches, Mort aux lois, vive l'anarchie!» Une autre fourre avec rudesse Le crâne d'un de ses lourdauds Entre ses gigantesques fesses Qu'elle serre comme un étau. Frénétiqu' l'un' d'elles attache Le vieux maréchal des logis Et lui fait crier: «Mort aux vaches, Mort aux lois, vive l'anarchie!» Une autre fourre avec rudesse Le crâne d'un de ses lourdauds Entre ses gigantesques fesses Qu'elle serre comme un étau. La plus grasse de ses femelles Ouvrant son corsage dilaté Matraque à grand coup de mamelles Ceux qui passent à sa portée. Ils tombent, tombent, tombent, tombent Et s'lon les avis compétents Il paraît que cette hécatombe Fut la plus bell' de tous les temps. Jugeant enfin que leurs victimes Avaient eu leur content de gnons. Ces furies comme outrage ultime En retournant à leurs oignons. Ces furies à peine si j'ose Le dire tellement c'est bas Leur auraient mêm' coupé les choses Par bonheur ils n'en avaient pas Leur auraient mêm' coupé les choses Par bonheur ils n'en avaient pas » Georges Brassens (Hécatombe, 1953) En 1980, Bernard Ceysson, alors conservateur du tout nouveau musée d´art moderne de Saint-Etienne expose un jeune homme alors inconnu, né à Lyon en 1957 et vivant à Sète, ville de Paul Valéry et de Georges Brassens. Il n´avait pas un sou en poche mais sa carrière et sa renommée étaient lancées. Etaient présentées alors des œuvres qui contrastaient avec l´art contemporain de l´époque dominé par la mode du minimal art, du body art, du land art et de ses succédanés. Un nouveau langage apparaissait truculent, gouailleur, moqueur, joueur, en un mot vivant et joyeux. Une nouvelle forme de figuration voyait le jour?: la figuration dite libre parce que révoltée, insoumise à l´air du temps, aux modes, aux édiles, aux élites, à toute forme de règle de bienséance et de «bon goût» dans la façon de présenter et de représenter les choses. On en revenait aux moyens traditionnels de la peinture avec de la toile, du dessin et de l´acrylique où la vie de tous les jours s´exprimait sans tabou et dans la plus grande liberté. Robert Combas en est devenu le héraut, personnage célèbre aujourd´hui pour son talent, son franc-parler mais aussi pour sa sensibilité. «Hécatombe» de 1992 est une grande fresque à l´acrylique présentant un fait divers inventé lors d´un jour de marché à Brive-la-Gaillarde chanté par Georges Brassens dans une de ses chansons. Quelques harpies dévergondées bravent les interdits, sèment la panique, adeptes forcenées de l´anarchie, criant, vitupérant contre l´ordre établi. Et la maréchaussée arrive. Dans un humour féroce, Combas les représentent dépoitraillées, l´une d´elle le sexe à l´air, une autre attaquant les gendarmes avec des poireaux, une attachant le maréchal des logis chef à un pilori, le tout surmonté de phylactères «MORT AUX VACHES MORT AUX LOIS ET VIVE LÁNARCHIEE». Signé «ANARCOMBASHIE». Ainsi sur fond de palissade de maisons et de symboles qui enserrent les figures, Combas, fils naturel de Kropotkine et de Brassens, laisse sa verve et sa gouaille d´anarchiste dynamiter la surface du tableau.
Pictures credits: Contact organization
Drawings, watercolours and pastels
About the sale
Catalog
07/03/2011
Offered by Maître DE CRISNAY
01 39 50 69 82