Lot no. 95
Sabre d'Honneur de Boutet décerné à l'Adjudant Joseph Barnoin par le Premier Consul, le 10 Prairial An XI (30 mai 1803), pour action d'éclat lors de la bataille de Marengo, accompagné de son Brevet d'Honneur et de trois documents.
Du modèle pour Officier d'Infanterie, il est à forte lame unie, courbe à dos avec pan creux et gorge (L. : 76 cm - l. : 3,8 cm). Monture en argent gravé à garde simple et demi-oreillons inférieurs, avec quillon terminé en coquille frappé des poinçons de la grosse garantie des départements 88 (Rouen), du coq de 1er titre des départements, de l'orfèvre. Fusée en bois recouvert de basane avec doubles filigranes torsadés en argent. Sur la calotte gravée, à pommeau ovale et courte queue, sont insculpés le coq de 2e titre et le poinçon de la moyenne garantie des départements. Fourreau en fer bleui, avec cuvette échancrée et dard en gros bouton mouluré, inscrit sur la face externe et au-dessus du bracelet supérieur : “ LE Premier Consul / au Citoyen Barnoin / Joseph, Adjudant / Sous-officier de la / 19 1/2 Brigade LÉGÈRE / pour action d'Éclat ”. Sur la face interne est gravé, également en lettres cursives anglaises : “ Mfre À VERSAILLES / ENTREPse BOUTET ”. Les deux bracelets sont en argent poinçonné du coq de 2e titre et de la moyenne garantie des départements ; ils sont gravés de trophées avec drapeaux, boucliers, lauriers, tambours. Les anneaux sont en argent. Accompagné d'une dragonne de sous-officier.
Longueur : 94 cm.
France, Versailles vers 1803.
État de conservation : excellent. Très légère usure de l'attribution gravée sur le fourreau dont le bronzage a été anciennement restauré. Dragonne usée et coupée, gland en bel état.
Note - Arrêté des Consuls du 4 nivôse An VIII, Article 8 : “ Les demandes pour les sabres sont adressées au Ministre de la Guerre... Il ne pourra y en avoir plus de deux cents pour toutes les armées ”. Suite à l'Inspection du 28 fructidor An X (15 septembre 1802), le Premier Consul donna instruction aux différentes Unités de la Cavalerie et de l'Infanterie de présenter aux Inspecteurs Généraux les hommes qui se sont distingués depuis le début des guerres de la Révolution et qui n'ont pas été récompensés. Par cette décision, 570 Armes d'Honneur furent décernées. Puis le 29 fructidor An X (16 septembre 1802), Bonaparte décida d'accorder un supplément aux Corps qui ont déjà obtenu des Distinctions d'Honneur sur la demande des Inspecteurs Généraux et un contingent à ceux qui n'en ont pas demandé : soit 383 armes décernées.
Durant toute l'existence de cette institution, il fut attribué 2104 brevets d'Armes d'Honneur de tout genre, dont 655 brevets de sabre pour l'ensemble des troupes impériales. Selon l'ouvrage d'Adrien Pascal, rendu plus accessible par l'étude de Tony Broughton, 265 Armes d'Honneur auraient été distribuées, entre 1799 et 1802, dont 65 sabres pour l'ensemble des 31 régiments d'Infanterie Légère, et quatre furent attribués à des Adjudants Sous-officiers. La 19e Demi-brigade compterait trois récipiendaires d'un sabre d'Honneur : Joseph Barnoin, Louis Tibaut et Antoine Tilloy.
tous les détenteurs d'un brevet d'honneur était Légionnaires de droit et devaient être présent à leur régiment lors de la cérémonie du Camp de Boulogne, le 16 août 1804, pour la distribution des insignes. Un détachement du 3e Régiment d'Infanterie Légère, celui de Joseph Barnoin, se trouvait au Camp de Montreuil (Étaples).
Né à Crest (Drôme) le 21 décembre 1769, Joseph Barnoin s'engagea au 7e Bataillon des Chasseurs d'Auvergne le 28 janvier 1788. Sous les ordres de Moreau, Barnoin servit à l'Armée du Rhin et fut blessé d'un coup de feu à la poitrine, le 22 juillet 1796 sur le pont de Munich. Ce bataillon fut intégré successivement à plusieurs demi-brigades, pour être finalement accueilli dans la 19e Demi-brigade d'Infanterie Légère, le 27 frimaire AnVII (17 décembre 1798). Elle se distingua notamment à la bataille de Zurich (25-26 septembre 1799), brillante victoire de Masséna contre les Russes et les Autrichiens, et à Marengo (14 juin 1800), difficile victoire de Bonaparte sur les Autrichiens, où le Sergent Barnoin se fit remarquer pour son courage et son sang-froid qui lui valurent d'être promu Sergent Major, le 21 thermidor An VIII (9 août 1800), et de recevoir un sabre d'Honneur, le 10 Prairial An XI (30 mai 1803), avec sa nomination comme Membre de droit de la Légion d'Honneur. Adjudant Sous-officier, le 5 vendémiaire An XI (27 septembre 1802), Sous-lieutenant, le 12 prairial An XI (1er juin 1803), Barnoin fit partie de la Division des Grenadiers d'Avant-garde sous les ordres des généraux Junot et Oudinot, pendant les Ans XII et XIII. Lieutenant, le 27 octobre 1806, Capitaine, le 21 juillet 1809, Barnoin combattit valeureusement durant la Campagne d'Allemagne et se distingua particulièrement à la bataille de Wagram (6 juillet 1809), dure victoire sur les Autrichiens. Alors qu'il se trouvait en Espagne, Joseph Barnoin, qui avait servi toute sa carrière dans l'Infanterie Légère, fut mis à la retraite le 1er avril 1812.
Brevet d'Honneur imprimé sur parchemin, orné de la République, assise sur une terrasse marquée “ BONAPARTE 1er CONSUL de la RÉPUBLIQUE ”, présentant son profil gauche, accoudée à une colonne gravée “ AU NOM / DU PEUPLE / FRANCAIS ” et tenant une couronne de lauriers ; de part et d'autre “ LIBERTÉ / ÉGALITÉ ”. Les mentions manuscrites sont : Décision du 29 fructidor / An 10 (en haut à gauche).
Pour le Citoyen Joseph Barnoin, Adjudant sous-officier dans la 19e 1/2 Brigade d'Infanterie légère.
Bonaparte, premier Consul de la République, d'après le compte qui lui a été rendu de la conduite / distinguée et de la bravoure éclatante du C.en Joseph Barnoin, Adjudant sous-officier dans la 19e 1/2 Brigade d'Infanterie légère / dans toutes les affaires où s'est trouvé la demi-brigade.
Lui décerne, à titre de récompense nationale, un sabre d'honneur
Il jouira des prérogatives attachées à la dite récompense par l'Arrêté du 4 Nivôse an 8. à compter de la date du présent.
Donné à Paris, le Dix Prairial an dix de la République française.
Signatures : BONAPARTE sous “ Le premier Consul ”
HUGUES MARET sous “ Par le premier Consul, / Le Secrétaire d'État ”
A. BERTHIER sous “ Le Ministre de la Guerre ”
Un court ruban de la Légion d'Honneur est fixé au brevet, entre “ Liberté ” et la République (hauteur : 35 mm - largeur : 37 mm).
État de conservation : bon. Quelques rousseurs, très légères décolorations de l'encre, pliure longitudinale avec infimes lacunes, cachet sec illisible.
Note - ce brevet a été décerné bien après les faits de bravoure éclatante et (voir le début de la note du sabre) suite à la décision du Premier Consul du 29 fructidor An X (16 septembre 1802). La date de délivrance portée au bas du brevet, le 10 prairial An X (30 mai 1802), est donc inexacte puisque antérieure à la décision. La lettre jointe du Comte de Lacépède et le tableau joint des états de service de Joseph Barnoin donnent tous deux l'année correcte d'attribution : l'An XI (1803) et non pas l'An X.
Le brevet étant le titre juridique réclamé par les Inspecteurs Généraux pour la remise des avantages pécuniaires attachés à l'Arme d'Honneur, soit une double paie pour les sabres, l'inexactitude de la date portée est intentionnelle, afin d'allouer une somme plus importante à Barnouin en récompense de ses bons services ; en effet, le paiement courrait à partir de la date du brevet. Si l'action d'éclat à la bataille de Marengo (14 juin 1800) n'a pas été portée sur le brevet, la raison est que les textes prévoyaient le montant des avantages pécuniaires selon le grade de l'intéressé au moment de l'action d'éclat ; Barnoin était Sergent à Marengo et Sergent-major à la date du brevet.
Hugues-Bernard Maret (1763-1839), Secrétaire d'État en 1799, Membre de l'Institut en 1803, Directeur de Cabinet de Napoléon, Duc de Bassano en 1809, Ministre des Affaires étrangères en 1811, Pair de France aux Cent-Jours puis en 1831, Président du Conseil en 1834.
Louis-Alexandre Berthier (1753-1815), Général en 1795, Ministre de la Guerre de 1797 à 1807, Maréchal de l'Empire et Grand Veneur en 1804, Prince de Neuchâtel et Vallengin en 1806, Vice-connétable en 1807, Prince de Wagram en 1809, Pair de France en 1814.
Très intéressante lettre du Comte de Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d'Honneur, répondant au Maréchal Alexandre Berthier, Ministre de la Guerre, à propos de la requête de Joseph Barnoin pour obtenir le grade d'Officier de la Légion d'Honneur. Feuille imprimée et manuscrite sur ses deux faces (29,5 cm x 20 cm). “ Légion d'Honneur / Paris le 16 Mai 1810. / Le Grand-Chancelier, Ministre d'État / à Son Altesse Sérénissime le / Prince de Wagram et de Neuchâtel / Vice Connétable, Grand Aigle de la Légion / d'honneur etc.
Monseigneur, / J'ai reçu, avec la lettre que votre Altesse Sérénissime m'a fait / l'honneur de m'écrire le 7 de ce mois, la pétition adressée à / S. M. Impériale et Royale par M. Barnoin, membre / de la Légion d'honneur et Capitaine au 3e Régiment / d'Infanterie Légère.
Ce Capitaine réclame le grade d'officier de la Légion d'Honneur, / comme ayant obtenu de Sa Majesté Impériale et Royale un / sabre d'honneur le 10 Prairial an 11.
Votre Altesse sérénissime a désiré de savoir quel fondement / pouvait avoir la réclamation de Mr. Barnoin.
Sa Majesté décida, en l'an 12, que j'adresserais un brevet / d'officier de la Légion à tous les militaires qui avaient reçu / un sabre d'honneur par décret de S. M. Impériale et / Royale, depuis le 11 Nivose an 8, et étaient Officiers / dans l'armée, à l'époque de la concession du sabre.
M. Barnoin n'a été nommé Sous-lieutenant que le 12 / Prairial / an 11 et par conséquent deux jours après celui où / il a obtenu son sabre d'honneur.
Il n'était qu'adjudant-sous Officier le 10 Prairial an 11, jour où le sabre a été accordé.
La question est de savoir si M. Barnoin était / considéré comme étant déjà officier le 10 Prairial. J'aurai / l'honneur de prendre à ce sujet les ordres de Sa Majesté.
J'ai l'honneur de prier Votre Altesse Sérénissime, / Monseigneur, d'agréer l'hommage de mon dévouement / et de mon respect.
Cte de Lacépède. ”
État de conservation : bon. Pliures et une petite déchirure.
Note - Bernard-Germain-Étienne de la Ville-sur-Illon comte de Lacépède (1756-1825), Membre de l'Institut en 1795, Sénateur en 1799, Grand Chancelier de la Légion d'Honneur de 1803 à 1815, Comte en 1808, Ministre d'État en 1809, Pair de France en 1814 puis en 1819.
Marque d'estime rédigée par les Officiers du 3e Régiment d'Infanterie Légère, à l'occasion de la mise en disponibilité du Capitaine Joseph Barnoin.
Feuille manuscrite sur les deux faces (29,5 x 20 cm). “ Armée de Catalogne - Nous Officiers du 3ème Régiment d'Infanterie / Légère jaloux de donner, à Monsieur Barnoin / Capitaine de Carabiniers, une marque de notre estime / nous empressons de certifier que la conduite au corps / a su lui mériter la bienveillance de ses chefs & / l'amitié de tous ses camarades, que sa bravoure a attiré / sur lui tous les regards dans plusieurs occasions. / C'est dans la vue de lui être utile et de lui donner / une preuve de nos regrets de son départ que lui avons / délivré le présent certificat pour lui servir en ce que / de raison. / Fait à San Fetoni le 21 mars / 1812 ”. Ce document porte, sur ses deux faces, environ cinquante signatures d'officiers dont certaines avec mention du grade, et la dernière est celle du Colonel LAMARQUE. Au dos est apposé le cachet humide du 3e Régiment d'Infanterie Légère.
État de conservation : bon. Légères rousseurs, pliure verticale et horizontale consolidées, infimes lacunes sur les bords.
Note - Jean-Baptiste Isidore baron Lamarque d'Arrouzat (1762-1834), Colonel du 3e Régiment d'Infanterie Légère, le 23 août 1808, baron en 1810 et Général le 24 mai 1812.
“ État des services successifs de Mr Barnoin Joseph, Capitaine à la 1ère Compagnie du 1er Bataillon du 3ème Régiment d'Infanterie Légère, établi à Mataro le 29 mars 1812 ”. Grand imprimé (35,7 x 43,2 cm) portant les détails manuscrits de la carrière militaire de Barnoin. Au bas, est apposé le cachet humide du 3e Régiment d'Infanterie Légère et celui d'un Sous-inspecteur aux Revues. Les membres du Conseil d'Administration du Régiment ont apposé leur signature et grade, dont le Colonel LAMARQUE.
État de conservation : moyen. Pliure médiane avec coupure, renforcée par un adhésif. Lacunes aux angles de pliures et dans le bas, altérant la totale lisibilité du document. Document original contrecollé sur un papier postérieur plus fort.
LES ARMES D'HONNEUR
Constitution de l'An VIII, article 87 : “ il sera décerné des récompenses nationales aux guerriers qui auront rendu des services éclatants en combattant pour la République ”.
Arrêté des Consuls du 4 nivôse An VIII (26 décembre 1799), article 5 : “ Il sera accordé des sabres d'honneur aux officiers et soldats qui se distingueront par des actions d'une valeur extraordinaire, ou qui rendraient des services extrêmement importants ”.
Si les textes spécifiaient que les Brevets des Armes d'Honneur étaient délivrés par le Général en Chef, excepté ceux des sabres qui étaient accordés par le Ministre de la Guerre, en pratique seul le Premier Consul Bonaparte autorisait leur délivrance et les signait personnellement. La remise des Armes d'Honneur avait lieu lors d'une prise d'armes et, lorsque Bonaparte avait présidé cette cérémonie, il arrivait qu'il retint à dîner les militaires honorés.
L'institution des Armes d'Honneur jouissait d'un tel prestige auprès de l'Armée et de la population française qu'elle ne fut pas abrogée par la Loi du 29 floréal An X (19 mai 1802) créant la Légion d'Honneur qui, en vertu de l'article 1 du titre 2, admettait de droit les récipiendaires d'une Arme d'Honneur.
Entre le 4 nivôse An VIII et le 27 floréal An XII (17 mai 1804), il fut délivré 2104 Brevets d'Honneur.
Pictures credits: Contact organization
Militaria and weapons
About the sale
Find similar lots for sale on Interencheres
See more lots for sale on Interencheres
Value:€1,500 - €2,000
Live
06/05/2026
Offered by Ader
Value:€800 - €1,000
Live
06/04/2026
Offered by Gros & Delettrez
Value:€150 - €200
Live
06/04/2026
Offered by Gros & Delettrez
Value:€50 - €100
Timed
Offered by NABECOR ENCHERES
Value:€8,000 - €12,000
Live
06/20/2026
Offered by ACTEON SENLIS - HOTEL des VENTES de SENLIS
Value:€800 - €1,000
Live
06/27/2026
Offered by Militaria auctions
Value:€20 - €30
Live
07/08/2026
Offered by SUMANN ENCHERES TARBES
Value:€20 - €30
Live
07/08/2026
Offered by SUMANN ENCHERES TARBES
Value:€20 - €30
Live
07/08/2026
Offered by SUMANN ENCHERES TARBES
Value:€18,000 - €20,000
Live
09/10/2026
Offered by Hôtel des Ventes de Troyes
Value:€4,000 - €6,000
Live
09/10/2026
Offered by Hôtel des Ventes de Troyes
Value:€2,000 - €2,200
Live
09/10/2026
Offered by Hôtel des Ventes de Troyes
Value:€12,000 - €15,000
Live
09/10/2026
Offered by Hôtel des Ventes de Troyes