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Lot no. 69
SAINTE-HÉLÈNE. – LAS CASES (Emmanuel Auguste Dieudonné de). Lettre signée « Le Cte de Las Cases » avec quelques ajouts et corrections autographes, écrite de la main de son fils Emmanuel Pons Dieudonné de Las Cases, adressée à HUDSON LOWE, avec apostille autographe de ce dernier. « De ma prison de Balcomb’s cottage, au secret, en vue de Longwood », 19 décembre 1816. 31 pp. 1/2 dans un cahier broché de 40 ff. de papier anglais filigrané « Jansell 1811 » et « D & Co 1813 », quelques annotations postérieures au crayon résumant les principaux points. Le tout monté dans un volume in-folio à dos lisse et coins de maroquin vert sombre avec tête dorée, coiffes et coins un peu frottés (Semet & Plumelle). Les « griefs de Sainte-Hélène » CELEBRE DENONCIATION DES CONDITIONS DE DETENTION DE L’EMPEREUR sur l’île de Sainte-Hélène, la présente lettre, d’une longueur exceptionnelle, évoque les bassesses d’Hudson Lowe, les vexations subies par Napoléon et son entourage, aborde les questions matérielles et financières, détaille les restrictions apportées aux déplacements, aux visites à Longwood, à la correspondance. Las Cases y consacre également un important passage à sa propre situation. Arrêté avec son fils le 21 novembre 1816 pour avoir tenté de faire sortir clandestinement de l’île une lettre à Lucien Bonaparte, Las Cases fut logé à partir du 28 novembre à Ross Cottage, maison de William Balcombe. Lors de cette détention, il rédigea le présent manuscrit exprimant son opinion sur la situation de Napoléon, et, le 29 décembre, le confia empaqueté au major Gideon Gorrequer, aide de camp du gouverneur, pour qu’il soit remis cacheté entre les mains du brigadier-général George Bingham, commandant les troupes britanniques de l’île : ce dernier devait en donner simultanément communication aux Français et aux Britanniques. Hudson Lowe mit cependant la main sur le manuscrit, ne le communiqua pas à Napoléon, et, en février 1817, l’expédia accompagné de commentaires personnels au ministre de la Marine et des Colonies Henry Bathurst. Las Cases fut expulsé le 30 décembre 1816 après s’être fait confisquer ses papiers, et envoyé au Cap où il resta pendant près d’un an, avant d’être autorisé à rentrer en Europe au début de 1818 – ses papiers ne lui étant restitués qu’en 1822. C’est durant sa traversée vers Le Cap que Las Cases reconstitua le texte des « griefs de Sainte-Hélène », pour le joindre à une lettre à Lucien Bonaparte du 8 janvier 1817. Le premier témoignage de Las Cases adressé à l’Europe Dans cette lettre à Lucien Bonaparte, Las Cases souligna l’importance du présent texte – ses autres manuscrits lui avaient été confisqués – et relata les circonstances de son écriture, conformes à ce qu’en dit Barry O’Meara. Il compléta ensuite son récit dans le Mémorial (t. I, 1823, pp. 59-61) : « LE PLUS IMPORTANT DE CES PAPIERS, CELUI AUQUEL JE TENAIS DAVANTAGE, ETAIT CE QUE J’AI APPELE LES GRIEFS DE LONGWOOD. Pendant que je me trouvais au pouvoir de Sir Hudson Lowe, nos entretiens me conduisirent, sur son propre désir, à lui tracer à la hâte l’énumération de nos griefs. L’état de mon fils, celui de mes yeux nous empêchèrent de pouvoir le transcrire au net pour notre propre compte. J’avais demandé au gouverneur un copiste qu’il ne me donna point [...]. Comme je parlais à l’insu de mes compagnons, et néanmoins souvent en leur nom, il m’était essentiel qu’ils en eussent connaissance, pour me redresser si je m’étais mépris. Au moment de partir, je dis à Sir Hudson Lowe avoir complété cette pièce, je lui en montrai le paquet cacheté [...]. IL FUT CONVENU QUE JE LAISSERAIS DES CET INSTANT MON MANUSCRIT EN MAIN TIERCE, AFIN QUE CHACUNE DES PARTIES EN PUT PRENDRE COPIE, ET QUE L’ORIGINAL ME SERAIT RENVOYE. Je cherchai à cet effet quelqu’un dont le caractère honorable commandât ma confiance , et le général BINGHAM, le commandant en second, fut le premier qui me vint à la pensée. Je lui adressai donc ce papier, du consentement même du gouverneur, sous la condition expresse d’être communiqué également, et tout à la fois, à sir Hudson Lowe et au comte Bertrand, instruit de l’arrangement. VOICI CETTE PIECE [...], C’EST UN DOCUMENT QU’IL M’EST INDISPENSABLE DE PRODUIRE [...]. Ces messieurs, à leur retour de Longwood, m’ont dit qu’elle ne leur avait jamais été communiquée, et que l’empereur en avait complètement ignoré le véritable contenu. Il paraît que Sir Hudson Lowe, après mon départ, par l’influence de son autorité, et contre nos conditions expresses, s’était saisi de ce document pour lui seul, et l’avait fait servir de base à des interprétations ou même à des créations tout à fait fausses et méchantes [...]. » Le manuscrit original confisqué par Lowe pour Lord Bathurst C’est Hudson Lowe qui a porté sur la première page la mention autographe : « ... Enclosed to brigdr genl Sir George Bingham ». Un texte phare du Mémorial de Sainte-Hélène LE PRESENT MANUSCRIT RENFERME LA VERSION ORIGINALE DU TEXTE DE LAS CASES. En effet, les premières éditions dont il fit l’objet reprennent la version reconstituée avec quelques variantes en janvier 1817 et adressée à Lucien Bonaparte. La lettre des « griefs de Sainte-Hélène » semble avoir été publiée pour la première fois en anglais en 1819, dans le recueil des Letters from the count de Las Cases, publication manifestement destinée à servir les attaques whigs contre le pouvoir tory en place (Londres, Ridgway, 1819, pp. 33-105), puis avoir connu une première édition en français en 1821 dans le Recueil de pièces authentiques sur le captif de Sainte-Hélène (Paris, Corréard, t. I, pp. 327-375). Elle figure ensuite en 1823 dans l’édition originale du Mémorial de Sainte-Hélène (Paris, chez l’auteur, 1823, tome VIII, pp. 61-108). Il faut attendre 1853 pour voir publiée une version conforme au présent manuscrit, dans le monumental ouvrage de William Forsyth intitulé History of the captivity of Napleon at St. Helena (Londres, John Murray, 1853, t. II, n° 55, pp. 279-313). L’historien britannique a travaillé pour cela d’après la copie appartenant au vaste ensemble des « Hudson Lowe papers » conservés au British Museum. ON DISTINGUE ICI PLUSIEURS VARIANTES AVEC LE TEXTE DU MEMORIAL : les ajouts marginaux, notamment ceux de la main de Las Cases, ne figurent plus dans la version imprimée de 1823, de même qu’un intéressant passage sur le caractère de Hudson Lowe pages 22-23 du manuscrit. « D’où vient tout le mal que vous causez ? » « ... SONGEZ QUE CECI SONT NOS GRIEFS, ET CE QUE J’APPELLE VOS TORTS, VRAIS OU APPARENS ET QUE JE LES ECRIS EN TOUTE FRANCHISE COMME DANS MON JOURNAL [LE MEMORIAL DE SAINTE-HELENE] et si vous ne deviez pas les lire... Je vais prendre les choses dès leur origine. EN UN CLIN D’ŒIL, UN GRAND SOUVERAIN AU FAITE DE LA PUISSANCE, TRAHI PAR LA FORTUNE ET LES HOMMES AVOIT PERDU UN TRONE, SA LIBERTE, ET SE TROUVOIT JETTE SUR UN ROC AFFREUX AU MILIEU DE L’OCEAN. Et tous ces événements s’étoient accumulés avec tant de rapidité que tout s’étoit accompli mais que rien n’avoit été déterminé. Nous attendions donc avec anxiété la fixation de nos destinées... «L’Europe, disions-nous, a les yeux sur Se-Hélène. Les peuples vont juger de la conduite des rois...» «Un homme arrive pour commander ici (on vous désignoit, Monsieur) qui tient un rang distingué dans l’armée. Son mérite personnel a fait, dit-on, sa fortune...» «NE M’AVEZ-VOUS PAS DIT QU’IL ETOIT A CHAMPAUBERT ET A MONTMIRAIL, NOUS DISOIT UN JOUR L’EMPEREUR. NOUS AURIONS DONC ECHANGE DES BOULETS ENSEMBLE. C’EST TOUJOURS A MES YEUX UNE BELLE RELATION». TELLES ETOIENT LES DISPOSITIONS DANS LESQUELLES ETOIT ATTENDU SIR HUDSON LOWE. Vous arrivez, Mr, et votre première visite à Longwood est à une heure indue du matin, à une heure où l’empereur n’avoit jamais reçu, sans qu’un de vos aides-de-camp soit venu lui demander l’instant qui pouvoit lui être agréable : formalité que vous n’eussiez certainement pas négligé vis-à-vis de vos ministres ou même vis-à-vis d’un de vos simples supérieurs... Et pourtant à qui vous adressiez-vous ? Vous ne futes pas reçu. Ce premier pas n’étoit pas heureux, vous en conviendrez, mais telles étoient nos préventions en votre faveur que nous nous plûmes à imaginer que fraîchement débarqué dans l’isle, on abusoit malignement de cette circonstance pour vous faire débuter par une injure [pp. 2-4]... Vous répétiez, nous disoit-on, et vous nous dîtes à nous-mêmes, que nous nous abusions étrangement sur notre situation. «Que prétend-il par là, nous disions-nous. Comment pouvions-nous nous abuser ? Nous étions aux Thuilleries, nous donnions des ordres. Nous sommes sur un roc et nous portons des chaînes. Voir, parler ainsi, est-ce s’abuser ? Seroit-ce notre indépendance, l’aisance de nos manières dont il s’étonneroit ? Nous voudroit-il obséquieux ? Nous trouveroit-il de la fierté ? Et pourquoi ne nous seroit-elle pas naturelle ? Qu’y auroit-il de plus simple qu’elle s’acrût encore dans l’adversité ? Ne seroit-ce pas bien plutôt lui qui s’abuseroit et méconnoîtroit sa situation... L’EMPEREUR NAPOLEON N’EST DECHU QUE DE SON TRONE. UN REVERS LE LUI A RAVI, LA FORTUNE L’Y EUT FIXE. IL N’A PERDU QUE DES BIENS, TOUS LES CARACTERES AUGUSTES LUI DEMEURENT. IL N’EN EST PAS MOINS L’ELU D’UN GRAND PEUPLE, CONSACRE PAR LA RELIGION, SANCTIONNE PAR LA VICTOIRE, RECONNU PAR TOUS LES SOUVERAINS. IL EN A CREE. SES ACTIONS DEMEURENT DES MERVEILLES. SES MONUMENTS COUVRENT LA TERRE, SON NOM REMPLIT LE MONDE. SES INSTITUTIONS, SES IDEES RECUEILLIES, IMITEES, BRILLENT PARMI SES ENNEMIS. Il n’a perdu que son trône. Toutes ces choses lui demeurent et commandent le respect des hommes. Non, le gouverneur se trompe, nous ne nous abusons pas [pp. 6-7]... Vous vous flattez de faire abnégation de vos propres sentiments, d’être pleinement impartial, et vous êtes très passionné , d’être étranger à la haine, et vous la ressentez vivement [p. 23]... ET C’EST ICI LE LIEU DE VOUS FAIRE CONNOITRE LA SITUATION OU J’AI LAISSE LONGWOOD. Aucune expression ne sauroit la rendre dignement. L’EXISTENCE Y ETOIT DEVENUE INTOLERABLE. Privé de toute communication, véritablement tenu au secret. Nos heures étoient devenues de plomb. TOUT JUSQU’A L’AIR QUE NOUS RESPIRIONS NE NOUS SEMBLOIT PLUS QU’UN FADE POISON. Le dégoût de la vie y étoit au dernier terme. Le fardeau surpassoit nos forces. ET POUR COMBLE DE MALHEUR NOUS VOYIONS DEPERIR A CHAQUE HEURE CELUI POUR LEQUEL NOUS VIVIONS, et son sourire muet nous annonçoit chaque jour plus significativement que bientôt il briseroit nos chaînes... MES LARMES COULENT... Nos maux étoient tels dans cette demeure, que s’il étoit possible d’y interrompre un moment le devoir sacré qui y remplit nos âmes, et les gouverne, s’il étoit possible, dis-je, qu’il y eût ce moment de distraction qui rendroit chacun à soi-même, JE NE SEROIS PAS SURPRIS que mes malheureux compagnons l’employassent à s’entre-donner la mort... et QU’ON VINT VOUS APPRENDRE UN MATIN QUE LONGWOOD N’EST PLUS QU’UN SEPULCHRE ET QUE VOUS N’AVEZ PLUS A VOTRE GARDE QUE DES CADAVRES... Un tel état de choses, de tels supplices, sont-ils dans le vœu, l’esprit de votre prince, de vos ministres, de votre législature, de votre nation, de votre cœur ? Quelle fatalité ! D’OU VIENT TOUT LE MAL QUE VOUS CAUSEZ ?... » (pp. 31-32
Pictures credits: Contact organization
Books, Manuscripts and Comic books
About the sale
Catalog
L'Empire à Fontainebleau
77300 Fontainebleau - France
11/17/2013

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