Lot no. 116
SANYU (1901-1966)
Deux gros hortensias roses, dans un vase blanc, février 1931
Huile sur toile, signée en bas à gauche, contresignée, située Paris et datée 2.1931 au dos. Annotée au verso du numéro d’inventaire HP Roché «49 M 20» sur une étiquette, ainsi que de son monogramme au crayon sur le châssis en deux endroits, et de la mention «à garder pour NY»
73 x 50 cm - 28 3/4 x 19 3/4 in.
Oil on canvas, signed lower left, countersigned, situated Paris and dated 2.1931 on reverse. Noted on reverse with the HP Roché inventory reference number «49 M 20» on a label, monogrammed twice by Henri-Pierre Roché and inscribed «à garder pour NY»
Provenance
Collection Henri-Pierre Roché (1879-1959), numéro d’inventaire 49M20
Collection Thérèse Thomas, conservateur de musées de 1958 à 1992, historienne d’art et auteur du catalogue raisonné sur Anna Boch
Bibliographie
Sanyu, catalogue raisonné : oil paintings. Volume two. Rita Wong. Li-Ching Cultural and Educational Foundation, 2011. Referenced p169, appendice A (inventaire des tableaux de Sanyu de la Collection Henri-Pierre Roché), ref number 49, under title « Deux gros hortensias roses, dans vase blanc. Février 1931. 73 x 50 cm »
Madame Rita Wong a confirmé oralement après un examen physique personnel de l’œuvre dans notre bureau réalisé en date du 24 mars 2015 son avis positif
Mrs Rita Wong has personally physically examined this work in our office on 2015, March 24th and then she has confirmed her positive opinion on this work
Nous remercions Madame Rita Wong qui a aimablement confirmé l’authenticité de cette œuvre
Rita Wong has confirmed the authenticity of this painting
A garder pour NY
En 1946, Henri-Pierre Roché sélectionne 50 œuvres représentatives de sa collection afin de les présenter au Museum of Modern art de New York. Sur cette sélection, parmi les Picasso, les Braques, les Picabia, les Marie Laurencin…figurent 5 œuvres de Sanyu , dont un bouquet. La mention annotée au dos de notre bouquet par le collectionneur lui -même nous laisse penser que notre bouquet est très probablement celui qui était destiné à être présenté dans cette rétrospective.
« Toutefois, les efforts de Roché pour faire connaître la peinture de Sanyu ne rencontrèrent qu’un succès limité. La récession s’aggravant, Roché rencontrait des difficultés pour placer non seulement les œuvres de Sanyu, mais aussi celles de certains autres de ses jeunes artistes. En raison de ces problèmes et des exigences croissantes de Sanyu, Roché résolut finalement de le laisser tomber.
Bien que leur relation se soit distendue et que Roché fasse preuve d’une certaine indifférence, lorsque le Museum of Modern Art de New York l’invita à exposer sa collection en 1946, il y fit figurer plusieurs toiles de Sanyu, plus que pour tout autre de ses artistes.
J’ai été très surpris quand… … m’a invité à envoyer à N.Y. une partie de ma modeste petite collection. Je ne savais pas que j’avais une collection. En cinquante ans, de 1896 à 1946, j’ai acheté simplement de temps en temps ce que je voyais et ce que j’avais envie d’emporter. Comme un chiffonnier jette dans sa hotte. Au bout d’un demi-siècle, cela fait un bel encombrement. J’en ai rarement revendu. Je me suis occupé d’autres vraies collections, pas de la mienne. Je l’appellerais plutôt mon « ramassis ».
. . . . Les rares fois où j’ai voulu faire un placement cela a mal tourné. Toutes les fois où j’ai voulu agir par passion pure, cela est devenu un bon placement. A plusieurs reprises à travers ma vie, la vente de certains tableaux achetés par amour m’a tiré d’embarras.
. . . . Si je suis seul, je dis parfois : « mes peintres ». Cela signifie ceux que j’ai rencontrés en personne et aimé à moi tout seul avant qu’ils ne fussent connus.
Parmi eux Picasso, Braque, Laurencin – puis Pascin, Eyck, Hug – puis Besses, Pruna, Marembert, le Chinois San-Yu, le Japonais Ebihara. – puis Modigl. Duchamp, Picabia, Eilshomius, B. Wood en U.S.A – racine peintres naïfs USA. Puis Bruce. – Man Ray. Puis Clouzot, Perdriat Kiki. P. Klee. Colle. Wohls. Stahly. Suivre l’ordre a b c d e marqué sur la liste.
Liste. 50 tableaux que je pourrais exposer à N.Y. au Museum of Modern Art – ou chez Nierendorf.
Pour des raisons inconnues, cette exposition n’eut jamais lieu».2
In 1946, Henri-Pierre Roché selected 50 artworks from his collection as a representative set to display at the Museum of Modern Art in New York. In this selection, among works by Picasso, Braque, Picabia, Marie Laurencin, and others, were 5 artworks by Sanyu, including one bouquet. The handwritten mention on the verso of our bouquet painting suggests it may have been part of the selection chosen for this retrospective
«Nonetheless, Roché’s efforts to promote Sanyu’s paintings met with only limited success. As the economy continued to decline, Roché encountered problems moving not only Sanyu’s paintings but those of some of his other young artists. Because of these difficulties, coupled with Sanyu’s increasing demands of him, Roché resolved in the end to drop it.
Despite the cooled relationship and the seeming disinterest on Roché’s part, in 1946, when he was invited by the Museum of Modern Art in New Yorkto to hold an exhibition of his collection., Roché listed several works by Sanyu, in fact, more than by any of his other artists.
I was quite surprised when. . . invited me to send part of my modest little collection to New York. I did not know that I had a collection. In the fifty years between 1896 and 1946 I’ve simply nought, from time to time, things that I have seen, and that I’ve wanted to take home with me, like a ragman returning with his loot. After half century, it’s led to quite a clutter. I rarely re-sell. I have traded and negotiated for other real collections, but not my own. Personally, I refer to it as my “borde”.
. . . On the rare occasion when I want to make an investment, it never worked. Each time I choose a painting with my pure passion, it became a good investment. . . . Several times during my lifetime, the sale of certain paintings, lovingly bought, prevented me from financial embarrassment.
When I am alone, I sometimes say to myself “my painters”. To me, this signifies those whom I met in person and who became friends of mine before they became famous. Among these artists I count Picasso, Braque, Laurencin, then Pascin, Eyck, Hug, Rivera, then Besse, Pruna, Marembert, the Chinese Sanyu, the Japonese Ebihara, then Modigliani Duchamp, Picabia, Eilshemius, Beatrice Wood, in the U.S.A., then Bruce, Man Ray, Clouzot, Perdriat, Kiki, P. Klee, Colle, Wols, Stahly.
List. Fifty paintings that I would show in N.Y., at the Museum of Modern Art, or at Nierendorf’s.
For unknown reasons, this exhibition never took place». 2
Sanyu (1901-1966)
Sanyu naît en 1901, dans une famille très aisée de la province du Sichuan. Son père, peintre animalier spécialisé dans les lions et les chevaux, lui transmet les rudiments de son art.
Son frère aîné, à la tête de l’entreprise familiale, l’encourage dans sa passion. Par un soutien financier important, il lui permet de suivre l’enseignement de Zhao Xi, calligraphe réputé, puis d’aller à l’Université de Shangaï, avant, enfin, de parfaire sa formation grâce à un programme de fin d'études qui va le mener au Japon, puis à Berlin et s’achever en France. Sanyu s’installe vers 1923 à Paris et, contrairement à ses contemporains Xu Beihong ou Lin Fengmian qui choisiront après un temps de rejoindre la Chine, et dont le travail fut alors célébré assez rapidement, il décidera quant à lui de pousser ses propres recherches dans ce cercle parisien qu’il trouve si stimulant, faisant ainsi de la France son port d’attache. C’est un choix courageux qui aura pour conséquence une reconnaissance tardive de son véritable talent en Asie.
A son arrivée, il choisit les cours de l’Académie de la Grande Chaumière où il étudie surtout le nu sur modèle vivant. Ce faisant, il montre déjà son ouverture d’esprit qui l’amène à traiter un sujet exclusivement occidental. Il applique la méthode de la calligraphie chinoise qui consistent à reproduire le même caractère jusqu’à le maîtriser totalement. Les traits sont incisifs, les esquisses se multiplient. Le dessin présenté aujourd’hui est un beau témoignage de cette époque.
A partir de 1925, il expose régulièrement au Salon d’Automne (1925, 1928) mais également dans des galeries parisiennes. Il se voit également souvent sélectionné pour être exposé au Salon des Indépendants (1932, 1938, 1942-1946, 1948, 1954-1956).
La période du début des années 30, qui est celle des deux bouquets de fleurs que nous présentons, est très féconde. La mort de son frère, marque pour l’artiste la fin d’une certaine aisance financière et le début de ce qu’il qualifia sa «vie de bohémien». Heureusement, le travail de Sanyu est alors remarqué par le marchand d’art averti, Henri-Pierre Roché (1879-1959), connu pour avoir soutenu très activement des artistes comme Pablo Picasso, Marcel Duchamp, Francis Picabia, Constantin Brâncusi, Marie Laurencin, Man Ray ou encore Jean Dubuffet.
Ce dernier lui achète environs 111 tableaux et 600 dessins. Tout en sortant ainsi l’artiste de l’anonymat, Henri-Pierre Roché lui donne les moyens financiers de se consacrer à son travail.
Sanyu réalise à cette époque de nombreux nus avec une maîtrise de la représentation du corps humain qui, associée à une approche minimaliste et à une extrême inventivité, le font surnommer le «Matisse chinois».
Dans sa quête de perfection, il parvient à associer sa propre tradition, issue de la peinture classique chinoise, avec un style moderne occidental. Il aboutit alors à un art dépouillé et serein où la simplicité du trait et la fluidité de la ligne permettent de capter l’essence même de son sujet.
Tout au long de sa carrière, Sanyu travaillera sur trois thèmes de prédilection : les nus, les animaux et les natures mortes.
Les deux toiles que nous présentons à la vente sont issues de la sélection choisie par Henri-Pierre Roché. Elles témoignent de l’attachement de l’artiste à son pays natal, d’abord par le choix du thème ( la peinture de fleurs dans des vases ou des corbeilles est en effet issue d’une longue tradition picturale chinoise), et également sur le lot XX par l’incorporation de calligraphies chinoises. La beauté ressort de la sobriété et de la simplicité même du trait.
«Ce qui importe ici n’est pas le sujet lui-même mais sa faculté à le transposer dans l'univers poétique du visuel. …fleurs en pot ou en vase montent vers la lumière avec leurs tiges calligraphiques et leurs pétales éthérés, autant d’œuvres autonomes sorties de l’imaginaire du créateur»
Artiste brillant, esprit curieux, il fréquenta de nombreux artistes et esprits de son époque, Roché (qui le représenta et lui fit connaître Picasso), Matisse, Foujita, Man Ray notamment, dont l’influence se fait parfois sentir dans son œuvre.
Récemment, un certain nombre de rétrospectives lui ont été dédiées au niveau international et le marché de l’art consacre enfin l’œuvre de Sanyu.
Sanyu was born into a very wealthy family in Sichuan Province in 1901. His father, an animal painter specialized in lions and horses, passed down the fundamental basics of his art.
Sanyu’s older brother, who had become the head of the family business, encouraged his artistic passion through significant financial support, which allowed him to follow the teaching of renowned calligrapher Zhao Xi. He then continued at the University of Shanghai, before completing his training through a graduate program that first took him to Japan, then to Berlin, and finally to France.
Sanyu moved to Paris in 1923, and, contrary to his contemporaries Xu Beihong and Lin Fengmian who ultimately chose to return to China, and whose work then gained rapid recognition, Sanyu decided to push his own artistic searching further by plunging into the Parisian circles that he found stimulating, thus making France his own harbor - a courageous choice, to be sure, but not one without consequences. It in part contributed to the belated recognition of what was his true talent.
Upon his arrival, he chose to follow courses at Académie de la Grande Chaumière, where he focused on figure studies from live models. In doing so, he immediately demonstrated his open attitude, that lead him to treat exclusively Western subject matter. He applied the methods of Chinese calligraphy consisting of the practice of reproducing the same character until mastering it completely. The lines are sharp and create pronounced yet fluid outlines. The drawing presented today is a beautiful testimony of that time.
From 1925 onwards, Sanyu began regularly exhibiting at the Salon d'Automne (1925, 1928) as well as in Parisian galleries. He was also often selected to show at the Salon des Indépendants (1932, 1938, 1942-1946, 1948, 1954-1956).
The early 1930s, the period in which these two flower bouquets were created, was indeed very fertile for Sanyu. The death of his brother, brought a certain end to his financial freedom and marked the beginning of what he referred to as his "bohemian life". Fortunately, Sanyu’s work became noticed by the seasoned art dealer Henri-Pierre Roché (1879-1959), known for having actively supported artists such as Pablo Picasso, Marcel Duchamp, Francis Picabia, Constantin Brancusi, Marie Laurencin, Man Ray, as well as Jean Dubuffet.
Roché purchased some 111 paintings and 600 drawings. All the while bringing the artist out of anonymity, Henri-Pierre Roché provided Sanyu the financial means to fully devote himself to his art.
During the time that followed, Sanyu produced many nude studies, demonstrating his mastery in depicting the human body. Combining this subject matter with a minimalist approach and substantial inventiveness Sanyu became known as the "Chinese Matisse".
In his quest for perfection, Sanyu succeeded in joining his own tradition, derived from classical Chinese painting, with a modern Western style. He thus succeeded in forming a reductive and serene art, in which simple strokes, free-flowing lines allowed him to fully capture his subjects’ essence.
Throughout his career, Sanyu continued to work on his three favorite themes: nudes figures, animals, and still life.
Both paintings presented for sale today were part of Henri-Pierre Roché’s initial selection. They show the artist's commitment to his native country, through the choice of theme (painting of flowers in vases or baskets, continuing a longstanding Chinese tradition in painting) as well as, in Lot XX, the use of Chinese calligraphy. Beauty springs from the compositions’ focussed restraint and line definition.
"What matters here is not the subject itself but the master’s capacity for drawing us into a poetic visual universe… flowers in pots and vases extend up towards the light with their calligraphic stems and ethereal petals, as outspurts of the artist’s imagination."
Sanyu was a brilliant artist with a curious mind. He knew many artists and thinkers of his time, including Roché (who represented his work and introduced him to Picasso), Matisse, Foujita, and Man Ray, whose influence can at times be perceived in his work.
A number of international retrospectives were devoted to Sanyu recently, and the art market has finally recognized his work.
Pictures credits: Contact organization
Drawings, watercolours and pastels
About the sale06/02/2015
Catalog
Tableaux des XIXème et XXème, Peintres d'Asie, Tableaux Impressionnistes & Modernes, Orientalistes (Drouot)
75009 Paris - France
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