Lot no. 127
Sèvres
Paire de vases couvert en cuivre émaillé et bronze doré de forme balustre, la panse ovoïde reposant sur un piédouche, munie de deux anses, le col étroit légèrement évasé surmonté d’un couvercle plat terminé par une pomme de pin en bronze doré, les panses sont formées d’un bandeau décoré en violet, noir et or d’une frise tournante sur fond de figures en grisaille sur un vase les Mystères d’Eleusis et sur l’autre les Dionysiaques, le premier vase représentant des diables et squelettes torturant un homme pris par les flammes, sous les yeux d’hommes assis, l’un tenant un sceptre, probablement le Dieux des Enfers Hadès et de sa femme Perséphone, l’autre face décorée de deux figures quittant une grotte encadrée par deux hommes armés de glaive et poignard, probablement Déméter et Perséphone quittant les Enfers, l’autre vase décoré de Silène sur un âne, d’enfants bacchiques, bacchantes, chèvres et satyres, l’épaulement de chaque vase décoré de monstres grotesques, masque de lions, rinceaux feuillagés, groupes de fruits et rubans dans le style de la Renaissance sur fond bleu, la légende de chaque vases inscrite à l’or sur un motif de cuir découpé : MYSTERES D’ELEVSIS et LES DIONYSIQVES, le col, le piédouche et les anses également à fond bleu rehaussé en turquoise et or de feuilles d’acanthe, guirlandes de fruits et feuillage et rinceaux, le col encadré de deux feuilles d’acanthe en bronze doré, godrons et rang de perles en bronze doré à la jonction entre le pied et le vase.
Le vase des mystères d’Eleusis marqué sous le pied en or SÈVRES.
Le vase des Dionysiaques marqué en or sous le pied : Mre Impériale Sèvres JMH (pour Jacob Meyer-Heine) E P Laemlin Pxt 1855.
La peinture par Jacob Meyer-Heine, Alexandre Laemlein et Jean Baptiste César Philip.
Époque Napoléon III, année 1855 (Quelques restaurations, notamment à trois anses).
H. 33,5 cm
Provenance :
Livré au mobilier de la Couronne en 1856
Bibliographie :
Anne Dion-Tenenbaum, La renaissance de l’émail sous la Monarchie de Juillet, Bibliothèque de l’école des chartes, janvier-juin 2005, tome 163, pp. 145-164.
Pascal Massé, « Jacob Meyer-Heine (1805-1879 et l’atelier d’émaillage sur métaux à la manufacture de Sèvres », Sèvres, revue des amis du musée national de céramique, 2011, n° 20, pp. 105-114.
Tamara Préaud, « Le style Renaissance à Sèvres du XIXe siècle », Revue d’Art canadienne, VI/1/1979, pp. 28-35.
Bernard Chevallier, « Les émaux de Sèvres », L’estampille- L’objet d’art, n° 245, 1991.
Dimitri Joannidès, « Quand Limoges débarque à Sèvres », Gazette de Drouot, n° 16, 22 avril 2016.
Le début des années 1830 voit naître un intérêt nouveau pour les formes et les techniques du Moyen Âge et de la Renaissance. Claude-Aimé Chenavard fournit à la manufacture de porcelaine de Sèvres des dessins puisés dans le répertoire de la Renaissance, également source d’inspiration pour d’autres ornemanistes : Feuchère, Froment-Meurice, Liénard ou l’orfèvre Charles Wagner. Ce dernier joue un rôle majeur dans le renouveau de l’émail. Il dépose en 1829 un brevet d’invention pour la technique du nielle puis met au point un alliage de platine comme support de l’émail. Jacob Meyer-Heine a très probablement travaillé dans l’atelier de Wagner et ainsi maitrisé les techniques de l’émail.
Alexandre Brongniart examine en 1838 une petite coupe fond noir fleurs et ornements en grisaille réalisée par Jacob Meyer-Heine et qui séduit le directeur de la manufacture de Sèvres. Meyer-Heine collabore avec la manufacture de Sèvres à partir de 1840 en qualité de peintre en émail avant d’être engagé parmi le personnel en 1843. S’il peint en 1840 une coupe en cuivre émaillé en grisaille sur fond noir, Alexandre Brongniart lui demande cependant pendant les cinq années qui suivent d’appliquer la peinture en émail sur la porcelaine et d’imiter ainsi les émaux de Limoges en remplaçant la couverte de la porcelaine par l’émail lui-même.
Deux vases Adélaïde en porcelaine peints par Jacob Meyer-Heine en 1842, présentés à l’exposition des produits de l’industrie le 1er mai 1842, sont aujourd’hui conservés au musée Condé à Chantilly. Il réalise également la peinture d’une coupe Henri II en porcelaine décorée en grisaille sur fond noir de rinceaux, ornements grottesques, feuillage et putti aujourd’hui dans les collections du Wadsworth Atheneum de Hartford dans le Connecticut et en 1844 une deuxième paire de vases Adélaïde conservée au musée du Louvre et une paire de vases gothiques Fragonard aujourd’hui au Metropolitan Museum de New York.
Sur les conseils de Brongniart, le roi Louis Philippe qui avait déjà été à l’initiative de la création d’un atelier de peinture sur verre à la manufacture de Sèvres désire associer aux peintures en couleurs vitrifiables sur porcelaine, des décorations en émaux sur métal.
En septembre 1845 est établi un atelier d’émaillage dont les travaux sont confiés à Jacob Meyer-Heine pour reprendre la fabrication des pièces émaillées à la manière des Limousins et les premières pièces en émail sur cuivre sont présentées à l’exposition de mai 1846.
Jules Dieterle, Emile Wattier ou encore Alexandre Laemlein fournissent des dessins à l’atelier d’émaillage à partir de 1846. Alexandre Laemlein fournit en 1846 à Jacob Meyer-Heine les dessins des médaillons en émail encadrant la plaque de Bernard Palissy aujourd’hui conservée au Metropolitan Museum de New York.
C’est également le cas de nos vases. Les archives de la manufacture de Sèvres conservent deux dessins d’Alexandre Laemlein au lavis sépia rehaussé de gouache blanche et de touches d’or sous forme de frise en arc de cercle, légendés les Dionysiaques et Mystère d’Eleusis (if. 1).
Ces vases figurent sur la feuille d’appréciation n° 68 du 29 septembre 1855 (fig. 2) sur laquelle il apparaît que Meyer reçoit 550 francs pour la peinture, Laemlein 200 francs pour retouches et Philip 148 francs pour l’émaillage. Le prix de revient de ces vases est de 1321 francs et le prix de vente fixé à 1800 francs. Une autre paire de vases en cuivre émaillé au même prix par les mêmes peintres figure sur cette feuille d’appréciation, la décoration décrite La Valse et la danse interrompue. (Sèvres, Cité de la Céramique, archives, registre Pb1).
Les quatre vases entrent au magasin de vente de la manufacture en septembre 1855. Ils apparaissent ensemble sur une liste de porcelaines prêtées au ministère d’État le 18 décembre 1856 (sic, 1855) et reprises à ce ministère le 11 mars 1856 pour être déposées au garde-meuble de la Couronne. Nos vases sont ainsi décrits : 2 vases en émail n° 1 les mystères d’Eleusis par Laemlin à 1800 francs. (Fig. 3) Cette mention est rayée et en marge figure le commentaire : rapporté à la manufacture le 30 avril 1856 pour être restauré. Entretemps, le 20 mars 1856, les deux vases décorés de la valse et la danse interrompue sont choisis pour figurer parmi les présents offerts à l’occasion du baptême du Prince Impérial prévu le 14 juin 1856.
Quelques vases, coffres, coupes ou buires en cuivre émaillé sortis de la manufacture de Sèvres sont conservés dans les collections publiques françaises, principalement à la cité de la céramique de Sèvres, au château de Fontainebleau, au château de Compiègne, au musée du Louvre, au musée d’Orsay ou encore au musée de Lille. L’historien d’art Pascal Massé a pu établir qu’entre 1846 et 1878, 180 pièces émaillées sont entrées au magasin de vente de la manufacture avec une moyenne de 8 par an. L’auteur répertorie 8 pièces peintes par Jacob Meyer-Heine dans les musées français. Une paire de vases carafe émaillés à fond turquoise signés de Jacob Meyer-Heine et datés 1848 s’est vendue chez Sotheby’s à New York en 2003. Un autre vase de la même forme, également signé de Meyer et daté 1848 s’est vendu chez PIASA à Paris en 2007. Enfin, une aiguière en cuivre émaillé garnie d’une anse en aluminium livrée en 1860 à l’impératrice Eugénie est récemment entrée par voie de préemption dans les collections du château de Compiègne.
Pictures credits: Contact organization
Ceramics, pottery and earthenware
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