Lot no. 262
Très rare console de forme demi-lune en acajou et placage d’acajou, incrusté d’ébène, de nacre et d’étain, la ceinture bandeau ornée de palmettes en frise, alternées de motifs stylisés avec un décor de pastilles dans des encadrements de filets. Elle repose sur quatre colonnes incrustées de cannelures, de bagues et de fleurons et surmontées de bustes de femmes ailées en bois patiné vert et doré avec un décor de feuilles d’eau à la base. Elle présente un montant postérieur en demi -colonne agrémenté de feuilles d’eau en bois patiné vert avec une tablette intermédiaire (restaurée) à galerie ajourée vraisemblablement en acier. Elle repose sur une marche moulurée à décor demi circulaire de fleurons, alternés de fleurs stylisés. Dessus de marbre blanc veiné encastré (fêle) et ceinturé par une frise de feuilles d’eau en étain brossé simulant des plumes. Estampillée Jacob Frères Rue Meslée. Epoque Directoire-Consulat. H : 95 cm , L : 65 , P : 34 cm Console estampillée jacob-frères rue meslée provenant de la chambre a coucher du citoyen Gaudin Cette console a été exécutée d’après un dessin de Pierre-François Léonard Fontaine 1 (pierre noire, aquarelle annoté à la plume) et reproduit cicontre, précisant l’ébéniste et le commanditaire : « console exécutée par Jacob chez M. Gaudin ». Provenance confirmée par le mémoire de Jacob Frères2, qui mentionne en l’An V pour Le Cen Gaudin, rue du fauxbourg Montmartre n°1035 Dans la chambre à coucher de Monsieur à la date du 7 Thermidor (mars 1799) : «Une console en acajou d’une forme nouvelle demie circulaire Le dessus en marbre blanc avec frise en acajou , la ceinture aussi en acajou est ornée de fleurons antiques en Ebène incrustée laquelle est portée par 4 colonnes en acajou avec filets d’ébène et terminé par une petite chimère sculptée et bronzée le derrier est porté par une colonne droite tourné en balustres et sculptée de feuilles d’eau bronzées au milieu est ajusté une tablette en marbre blanc avec une galerie en cuivre argenté laquelle est portée par quatre petites consoles aussi en cuivre argenté le tout portant sur un socle en acajou…..480F ». Complétée le 25 brumaire : « pour avoir fait incruster à une console précédente fournie, des palmettes antiques et de feuilles d’eau complétée par « en Etain, en Ebène autour de la ceinture, plus avoir fait incruster sur les tablettes des fleurs antiques avec des filets en étain autour des colonnes, Pour avoir fait dorer les petites chimères ainsi que les feuilles d’eau des colonnes pour le tout ensemble …..260 F » Le citoyen Gaudin a longtemps été identifié comme étant Martin Michel Gaudin, duc de Gaëte (1756-1841), ministre des Finances de 1799 à 1819, gouverneur de la Banque de France, mais une étude récente3 de Jean- François Belhoste a identifié le citoyen Gaudin : il s’agit de Benoit Gaudin, négociant (en fournitures militaires), domicilié rue du faubourg. Montmartre qui fait l’acquisition le 17 messidor an IV (5 juillet 1796) d’un petit hôtel rue du Mont Blanc (aujourd’hui rue de la Chaussée d’Antin), l’hôtel de Thun, construit par Etienne Boullée vers 1770. Quartier « à la mode » où se trouve également l’hôtel de madame Récamier et de Joséphine Bonaparte. Cette console est considérée à l’époque comme importante car les frères Jacob la décrivent précisément et longuement dans leur mémoire et détaillent leur livraison très conséquente pour le citoyen Gaudin effectuée en plusieurs fois : le 19 Germinal, le 7 Thermidor, le 25 Brumaire, le 3 Prairial, 16 Prairial, le 1er Fructidor an V et le 28 Frimaire an VI. L’acajou s’impose, enrichi de nacre, d’étain et d’ébène, jeu de rapports entre ces différents matériaux, la forme nouvelle ou dite parfois à l’antique correspond au goût nouveau pour l’archéologie. Elégance sobre, maitrise parfaite de l’ébénisterie qui explique l’engouement des plus hauts personnages de l’état dont la citoyenne Bonaparte pour l’aménagement de la rue de la Victoire4 : les architectes Percier et Fontaine ont été présentés à Joséphine par ses voisins : l’ex –marquis de Chauvelin et le citoyen Gaudin. Jacob-Frères livre pour la chambre à coucher de Monsieur à laquelle appartient la console que nous présentons: - Quatre chaises en acajou, à crosse, dossier, pour être garnies…144 - Quatre Fauteuils à crosse en acajou…240 - Un lit en acajou…la devanture ornée de filets d’ébène…avec sa marche…5845. - Un secrétaire d’une forme nouvelle (description très détaillée)…1 000 - deux servantes en acajou d’une forme antique, les pieds sculptés bronzés… - deux tabourets antiques Lit du citoyen Gaudin - une bergère acajou, dossier et accotoirs à crosse L’empire à Fontainebleau, 23 mars 2014, n° 212 - deux tabourets en acajou de forme nouvelle - deux causeuses en acajou d’une forme antique à dossier à crosse - Une petite table en guéridon en bois de racine, garnie de bronze et de cuvette en porcelaine…5006. Dans la production des Frères Jacob de 1796 à 1803, et plus particulièrement dans l’emploi et le mariage de différentes essences de bois et matériaux on peut rapprocher cette console de Celle réalisée pour les Murat au Palais de l’Elysée conservée au Grand Trianon à Versailles7, Paire de consoles : l’une provient de St Cloud et l’autre de la collection du Général Moreau (boudoir de Madame), aujourd’hui au château de Fontainebleau8. Deux consoles provenant de Malmaison, à Munich (collection Wittelsbach) 9. Cette technique de l’incrustation (sous traitée ?) déjà employée par Georges Jacob et développée par ses deux fils : Georges II et François-Honoré –Georges Jacob, est poursuivie après la mort de Georges II et s’applique aussi bien à des sièges, qu’à des commodes ou des secrétaires, comme en attestent : - Un secrétaire à abattant de Georges Jacob en placage d’acajou et de citronnier incrusté d’ébène et de laiton10 - Une commode, estampillée Jacob-Desmalter, livrée en 1804 pour l’Impératrice Joséphine à Fontainebleau aujourd’hui conservée au Mobilier national11 - Une commode par Georges Jacob ou Jacob Frères provenant de l’ancienne collection Jacob-Desmalter12 - Un fauteuil incrusté d’ébène et d’étain, estampillé Jacob-Frères rue Meslée set conservé au musée Marmottan13. - Un fauteuil incrusté d’ébène et d’étain, estampillé Jacob-Desmalter, a figuré dans la vente du 29 novembre 1967 à Paris, étude Engelmann14. - Une paire de canapés deux places, au dossier en acajou incrusté d’ébène et d’étain, estampillés Jacob-Frères15. 1. Vente Binoche et Godeau, Paris hôtel Drouot 22 mars 1991, n°31. 2. Conservé au musée Carnavalet – Paris (ms. A6021 F°99, F° 116 et F°140). 3. « Charles Percier (1764-1838), Architecture et Design » Exposition 18 novembre 2016-5 février 2017, NY Bard Graduate Center Gallery et 18 mars-19 juin 2017 Château de Fontainebleau, p.162-163. 4. « Joséphine et Napoléon, l’Hôtel de la rue de la Victoire », Exposition 15 octobre –6 janvier 2014, musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau, p.55-58. 5. Osenat, L’empire à Fontainebleau, 23 mars 2014, n° 212. 6. Musée Carnavalet Paris.ms. A6021, opus cité note 2. 7. (inv. V13241. Cette console estampillée Jacob frères / rue Meslée se trouve en 1808 dans un salon de réception des Murat au palais de l’Elysée. En 1809, lorsque Napoléon s’installe dans le Palais la console reste et en 1872 elle est remisée au Garde Meuble et placée à Versailles en 1882. Inventaire général du musée national de Versailles et des Trianons, Tome I, Le Grand Trianon, Meubles et objets d’art, Denise Ledoux-Lebard, Paris 1975, F. de Nobele Ed., p. 132 8. (inv. F 130 C). Elles entrent en 1804 à Fontainebleau et figurent en paire dans l’inventaire à partir de 1807 du mobilier de Fontainebleau. Cf : Musée national du château, Catalogue des collections de mobilier, Tome 3, Meubles entrés sous le Premier Empire, Jean- Pierre Samoyault, Paris, 2004, RMN Ed., p. 50 , 79, cat. 13. 9. Malmaison, château et domaine des origines à 1904, Bernard Chevallier, Paris, 1989, RMN Ed., p. 155, fig. 232-234. Mobilier français, Consulat et Empire, Jean-Pierre Samoyault, Paris, 2009, Gourcuff Gradenigo Ed., p. 111, fig. 188. 10. Les styles Consulat et Empire, Christophe Huchet de Quénetain, Paris, 2005, L’amateur Ed., p. 77, fig. 47. 11. Samoyault, op. cité p.90, fig. 158. 12. L’Empire à Fontainebleau, 23 mars 2014, lot 213. 13. L’Empire Musée Marmottan, Yves Brayer, Alain Jacob, Jean-Marie Praquin, Pierre Ségeron, Georges Vigne, Paris, Juillet 1977, ABC Décor, Revue mensuelle. Numéro hors-série, p. 52. 14. Reproduit in Les ébénistes du XIXe siècle, Denise Ledoux-Lebard, Paris, 1984, L’Amateur Ed., p.343. 15. Collection particulière, cf. Mobilier Directoire Empire, Chantal Bizot, Paris, 1990, Ch. Massin Ed., pp. 35-37.
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