Lot no. 11
YVES KLEIN (1928-1962)
SE 40, CIRCA 1960
Pigment, résine synthétique et éponge sur une base en marbre
Dimensions de l'éponge : 6 x 18 x 16,5 cm - (21/4 x 7 x 61/2 in.)
Provenance :
- Anna-Stina Höglund, Stockholm
- Alexandre Iolas Gallery, New York
- Galleria Dante Vecchiato, Milan
Bibliographie :
- P. Wember, “Yves Klein, Cologne 1969, N°SE 40 reproduit en page 87
« Un jour, un joueur de flûte se mit à ne jouer qu'une seule et unique note s'étirant en longueur. Au bout de vingt ans, lorsque sa femme lui fit remarquer que les autres joueurs de flûte produisaient tous plusieurs notes harmonieuses et des mélodies, et que cela était tout de même plus varié, le joueur de flûte mono-ton répondit que ce n'était pas sa faute s'il avait déjà trouvé la note que tous les autres cherchaient encore ».
Cette vieille histoire persane est la réponse que donnait Klein à la question souvent posée de savoir ce que signifiait «Yves le Monochrome». Cette métaphore, il la réalisa tout au long de son travail de peintre, recherchant une correspondance intime entre la couleur et notre sensibilité humaine. Fascinante ou irritante, la couleur est un medium sensoriel universel : elle imprègne l'homme. Klein l'incombe d'une valeur spirituelle.
Par le choix d'une peinture monochrome, il induit l'absence de contenu forçant la quête du sens : l'unique révèle le vide. Réprimant dès lors par la monochromie les éléments de composition expressionniste et subjective de l'art, celle-ci éveille la réceptivité sensible de l'individu. Le vide nous expose à notre plénitude sensorielle puisque débarrassée de toute transcription graphique, l'oeuvre nous plonge dans la couleur pure.
Ce monochrome orange, en captivant tactilement notre regard, contribue à exprimer cette exigence. Son format allongé et ses coins légèrement arrondis accentuent la différence par rapport au tableau traditionnel, ce dernier étant encadré de limites clairement définies.
Accrochée en avant du mur, cette oeuvre semble devenir autonome par rapport au mur qui la supporte, lui conférant une indéfinition spatiale : la peinture rentre dans l'apesanteur. Redéfinissant ainsi la matérialité du support pictural, ce monochrome trouble la frontière auparavant établie entre sujet et objet.
Fils héréditaire de Delacroix, des Impressionnistes et du ciel, le père de l'IKB évoque par sa recherche d'une couleur humaine l'inhérence de notre sensibilité dans ce qu'elle a de plus absolu. La ligne court vers l'infini, tandis que la couleur, elle, « est » dans l'infini disait celui qui devina quelle était la couleur de la terre : bleue comme une orange…
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