Art Impressionniste et Moderne
Catalog
December 7th, 2023 at 3:00 PM
75008 Paris - France

51 lots

Lot no. 4
4. 4AR LÉONARD TSUGUHARU FOUJITA (1886-1968) Autoportrait au chat signé, daté 'Foujita 1928' et signé en japonais (au centre à droite) ; signé, daté 'Foujita 1928', signé et situé 'Paris' en japonais (sur le châssis au revers) huile sur toile Peint en 1928 signed, dated 'Foujita 1928' and signed in Japanese (right centre) ; signed, dated 'Foujita 1928', signed and located 'Paris' in Japanese (on the stretcher on reverse) oil on canvas Painted in 1928 34.7 x 27.2 cm. 13 11/16 x 10 11/16 in. L'authenticité de cette œuvre a été confirmée par Madame Sylvie Buisson et Monsieur Casimir Buisson. Provenance Collection particulière. Collection particulière (par descendance). Vente, Bukowskis, Stockholm, 27 avril 2009, lot 249. Collection particulière, Suède (acquis dans cette vente). Dans la tradition de la grande peinture classique représentée par Chardin, Rembrandt, Delacroix, Courbet et bien d'autres qui présentèrent à leurs mécènes et aux Salons officiels leur propre image peinte - images signatures -, le Japonais Foujita présente de la même manière sa peinture en même temps que lui-même. Le jeu constant qu'il installe entre son image et sa présentation au monde est une chose déjà largement pratiquée avant lui, mais il innove en la modernisant, en se l'appropriant. Les lunettes, les sourcils, les boucles d'oreilles, les oreilles elles-mêmes, se parlent et se répondent, objets faits de rondeurs et de courbes que celles de son chat tigré reprend à l'arrière, l'homme et l'animal ne faisant plus qu'un seul être bicéphale étonnamment majestueux et complexe, se découpant sur un fond blanc travaillé tout en nuances ivoirines, la chemise s'y intégrant parfaitement. Le peintre aime les femmes, leur douceur, leur corps rose pâle et ivoire. Il aime aussi les chats, ces animaux soyeux et souples auxquels la tradition japonaise confère des attributs féminins. Et lui-même, excessivement féminin, raffiné, s'accorde avec ce monde préféré, avec le chat qui parle au spectateur sur un plan émotionnel et ne laisse personne indifférent. L'œil tombe ici sur une situation qui est un moment privilégié, privé, volé à l'intimité de l'atelier. Offert par le peintre face au miroir, une cigarette à la bouche, vêtu d'une chemise à col ouvert, les bras hors du cadre, le peintre qui voit son chat s'installer derrière lui. L'animal a fait irruption, les yeux écarquillés. Comme par magie. Magique apparition. Connivence absolue tandis que le maître reste parfaitement impassible, regardant en direction du spectateur. Le petit félin est le compagnon idéal, à la fois indépendant et affectueux. Il incarne l'âme de l'atelier, la perfection naturelle, sans artifice, il est de ce fait le seul être vivant autorisé à le voir travailler. Le coup de pinceau est exact, pur, précis, sans repentir, et le maniement de la brosse qui l'entoure, duveteuse. L'ensemble des nuances font paraître la fourrure du chat extrêmement douce. Le textile de la chemise vaporeux. Douceur et précision que l'on retrouve aussi dans la façon dont Foujita peint sa propre frange, traçant ses cheveux un à un, les rangeant côte à côte comme avec son peigne. C'est une réelle recherche de perfection qui apparaît là, qui sied et ressemble à Foujita lui-même en ce jour de 1928, année surchargée de grandes commandes et d'expositions, sans doute l'une des plus intenses de sa vie d'artiste atteignant la gloire et le succès à Paris. Et pourtant, il veut donner de lui une image sereine, reposée. Si l'image était un son, ce serait une suite de soupirs, un enchainement de petites notes de contentement, une fugue mélodieuse. C'est dans ce paradoxe, cette décontraction qui fait fi de la fatigue, que Foujita vit alors au cœur de Montparnasse, des Années Folles. Sa grande prétention est d'atteindre chaque jour à la beauté et à l'harmonie. Pour cela, il lui faut abstraire tout stress, toutes nuisances. Le mariage que sa peinture fait entre l'Orient et l'Occident est le secret de cette réussite. Donner de lui l'image sereine du bonheur et de la réussite en revenant toujours à l'essentiel. Rappelons que le prénom de Foujita Tsugu haru signifiant, garant de la paix, héritier de la paix, le chat doux, pacifique, sans défense, est le moyen le mieux choisi pour le dire. L'homme et son animal ont des yeux qui transpercent le monde, et le dominent, garants de la paix, à la recherche de la paix absolue. Tout concourt dans cet autoportrait, la pureté de la ligne, de la couleur et de la composition, pour le dire. Sylvie Buisson, rédactrice du Catalogue Général Raisonné de l'Œuvre de Foujita avec Casimir Buisson, biographe de Foujita. In the tradition of great classical painting represented by Chardin, Rembrandt, Delacroix, Courbet and many others who presented self-portraits, as signature images, both to their patrons and in official Salons, the Japanese artist Foujita likewise unveils his own image within the presentation of his painting. His constant exploration of interplay between his image and its presentation to the world is not without ample precedent, yet he innovates through a modernizing approach to the practice, making it his own. The glasses, eyebrows, earrings, and even ears are in a dialogue, round and curving objects echoed by his tabby cat in the background, man and creature morphing into one remarkably majestic and complex bicephalous being, standing out from a white background of nuanced ivory tones, in which his shirt blends in seamlessly. The painter loves women, their gentleness, their pale rose and ivory bodies. He also loves cats, those silky and supple animals to which Japanese tradition attributes feminine qualities. He himself, excessively feminine, refined, harmonizes with this finer world, in which the cat resonates with the viewer on an emotional level, leaving no-one indifferent. Here, our eye falls on a situation that is a special, private moment snatched from the intimacy of the studio. Offered to the observer by the painter, himself facing the mirror, cigarette in his mouth, dressed in an open-collared shirt, arms outside the frame, the painter watches as his cat settles behind him. The animal bursts in, eyes wide open. As if by magic. A magical apparition. Absolute complicity while the master remains perfectly impassive, looking towards the viewer. The small feline is the ideal companion, both independent and affectionate. It embodies the soul of the studio, natural perfection, without artifice, and is thus the only living being allowed to see him work. The brushstroke is exact, pure, precise, without remorse, and the use of the brush, velvety. The range of nuances lends an exceptional quality of softness to the cat's pelage, and of flimsiness to the shirt. Softness alongside precision that we also find in Foujita's depiction of his own fringe, tracing individually each hair, organizing them side by side as under his comb. It is a true pursuit of perfection that appears there, which resembles Foujita himself on that day of 1928, a year overloaded with major commissions and exhibitions, undoubtedly one of the most intense years of his artistic life, attaining fame and glory in Paris. And yet, he wants to present an image of himself that is serene, well-rested. If this image were a sound, it would be a series of sighs, a sequence of small notes of contentment, a melodic fugue. It is within this paradox, this relaxation that defies fatigue, in which Foujita lives in the heart of Montparnasse during the Roaring Twenties. His great ambition is to achieve beauty and harmony every day. For this, he must ignore any stress, any disturbances. The fusion of his painting between East and West is the key to this success. It gives of himself a serene image of happiness and energy, by returning to the essential. Bearing in mind the meaning of Foujita's first name, Tsugu haru, as patron and heir of peace, the gentle, peaceful, defenceless cat is the ideal expression of this. Man and his creature have eyes that pierce the world and dominate it, defenders of pacificism, in search of absolute peace. In this self-portrait, everything contributes, the purity of line, of colour, and of composition, to express this. Sylvie Buisson, editor of the General Catalog Raisonné of Foujita's Work with Casimir Buisson, biographer of Foujita.
Catalog
12/07/2023
Offered by BONHAMS CORNETTE DE SAINT CYR
Lot no. 6
6. 6W PAUL GAUGUIN (1848-1903) Banc bois de chêne Exécuté circa 1886 oak wood Executed circa 1886 85 x 183 x 48 cm. 33 7/16 x 72 1/16 x 18 7/8 in. Cette œuvre sera incluse dans le Catalogue Raisonné digital de Gauguin, actuellement en préparation sous l'égide du Wildenstein Plattner Institute, Inc. Provenance René Baer, Strasbourg. Vente, Ader, Paris 10 décembre 1985, lot 39. Collection particulière, France (acquis dans cette vente). Expositions Saint-Germain en Laye, Musée du Prieuré, Le chemin de Gauguin, 7 octobre 1985 - 2 mars 1986, no. 426, p. 213. Pont-Aven, Musée de Pont-Aven, prêt temporaire, circa 1990 - 2005. Bibliographie C. Gray, Sculpture and Ceramics of Paul Gauguin, Baltimore 1963, no. 85, illustré p. 204 et 205. P. Tuarze, Pont-Aven, arts et artistes, Paris, 1973, p. 103. Musée départemental de Pont-Aven, Kenavo Monsieur Gauguin, Saint-Germain en Laye, 2003, illustré p. 112. « ...une fin d'après-midi en rentrant, je vis Gauguin qui sculptait l'un des bancs de bois de l'auberge, profitais pour m'approcher de lui et lui adressais la parole. [...] Gauguin ne voulut même pas prendre garde à moi. » Emile Jourdan Au-delà de ses peintures emblématiques et de ses voyages lointains, c'est dans les détails de son travail sur bois que l'on découvre une facette plus intime du génie de Paul Gauguin. D'une apparente simplicité, mais d'une richesse inouïe en histoire et en émotions, ce banc en bois sculpté par Gauguin est une fenêtre ouverte sur l'esprit d'un artiste qui a laissé une empreinte indélébile dans l'histoire de l'art. Objet du quotidien, il devient sous ses mains un véritable manifeste artistique. Les deux accoudoirs, sculptés par Gauguin lui-même, racontent une histoire de dualité et d'émotions contrastées. À une extrémité, une tête heureuse, sereine. À l'autre, une tête triste, mélancolique. Cette dualité n'est pas sans rappeler l'ambiguïté et la complexité de l'âme humaine, thèmes récurrents dans l'œuvre de Gauguin, lui-même partagé toute sa vie entre les moments de bonheur, liberté, apaisement, et les luttes intérieures et périodes sombres de sa vie. Gauguin a ainsi utilisé un banc de la célèbre Pension Gloanec, auberge qui fut le point de ralliement des artistes de l'Ecole de Pont Aven. Ce banc provient certainement d'un lit clos breton, pièce emblématique du mobilier breton traditionnel. Ce lit, à l'origine conçu pour offrir un espace intime et protégé, se transforme ici en véritable œuvre d'art. Les éléments du lit clos, tels que la rosace représentant un gouvernail et les barreaux, ne sont pas seulement réutilisés ; ils sont transfigurés, intégrés dans une nouvelle vision artistique où chaque détail compte. Le symbole du gouvernail insuffle ainsi une touche maritime à cette œuvre, évoquant le voyage, thème central de sa vie et de son art. La sculpture sur bois était pour Gauguin une forme d'expression privilégiée, un moyen de libérer sa créativité d'une manière plus brute et plus tactile que la peinture. Il y retrouve un dialogue particulier et plus intime avec la matière, un pas de plus dans sa quête incessante de vérité et de beauté. Exposé pendant 15 ans au musée de Pont-Aven, refuge des artistes de l'École de Pont Aven, il s'agit d'une pièce historique et majeure dans l'œuvre de l'artiste, témoignage rare de son talent de sculpteur, et de sa liberté de choisir des objets du quotidien comme support pour sa créativité. "...one late afternoon on my way home, I saw Gauguin carving on one of the wooden benches in the inn, and I took the opportunity to approach him and speak to him. [...] Gauguin didn't even want to take any notice of me." Emile Jourdan Beyond his emblematic paintings and his far-flung travels, it is in the details of his woodwork that we discover a more intimate facet of Paul Gauguin's genius. Seemingly simple, yet rich in history and emotion, this wooden bench carved by Gauguin is a window into the mind of an artist who left an indelible mark on the history of art. This everyday object becomes under his hands a real artistic manifesto. The two armrests, sculpted by Gauguin himself, tell us a story of duality and contrasting emotions. At one end, a happy, serene head. At the other, a sad, melancholy head. This duality is reminiscent of the ambiguity and complexity of the human soul, recurring themes in the work of Gauguin, who himself was torn throughout his life between moments of happiness, freedom and peace, and the inner struggles and dark periods of his life. Gauguin used a bench from the famous Pension Gloanec, an inn that was the meeting point for the artists of the Pont Aven School. The bench probably comes from a Breton closed bed, an emblematic piece of traditional Breton furniture. Originally designed to provide an intimate, protected space, this bed has been transformed into a genuine work of art. The elements of the closed bed, such as the rose window representing a rudder and the bars, are not just reused; they are transfigured, integrated into a new artistic vision where every detail counts. The symbol of the rudder gives a maritime touch to this work, evoking the travelling that was the central theme of his life and art. For Gauguin, wood sculpture was a privileged form of expression, a means of releasing his creativity in a more raw and tactile way than painting. Here he found a particular and more intimate dialogue with the material, a further step in his ceaseless quest for truth and beauty. Exhibited for 15 years at the Musée de Pont-Aven, home to the artists of the Pont Aven School, this is a major and historic piece in the artist's oeuvre, a rare testament to his talent as a sculptor, and his freedom to choose everyday objects as the medium for his creativity.
Catalog
12/07/2023
Offered by BONHAMS CORNETTE DE SAINT CYR
Lot no. 7
7. * HONORÉ DAUMIER (1808-1879) Trois spectateurs (Three Spectators) encre et aquarelle sur papier ink and watercolour on paper 10.2 x 12.4 cm. 4 x 4 7/8 in. Provenance Vente, Hôtel Drouot, Paris, 18 novembre 1946, lot 5. Vente, Hôtel Drouot, Paris, 24 mars 1952, lot 4. Collection particulière, Paris (acquis en 1968). Collection particulière, Paris. Vente, Sotheby's, Londres, 29 juin 1988, lot 305. Collection particulière, Royaume-Uni (acquis dans cette vente). William Louis-Dreyfus, Mt. Kisco, New York (acquis en 2009). Louis-Dreyfus Family Collections (par descendance en 2016). Collection particulière, Royaume-Uni. Bibliographie K. E. Maison, Daumier Drawing , Londres, 1960, n° 101, illustré n.p. Karl Eric Maison, Honoré Daumier, Catalogue Raisonné des peintures, aquarelles et dessins, vol.II, Londres, 1967, no. 489, illustré p. 167. Dessinateur, illustrateur, graveur, peintre, sculpteur, et surtout caricaturiste d'hommes politiques et des comportements de ses compatriotes, Honoré Daumier a changé la perception que nous avions sur l'art de la caricature politique et sociale, et a malmené avec humour la monarchie en place. En 1831 et 1832, la publication de deux lithographies stigmatisant les vices de la Monarchie de Louis-Philippe, Gargantua et La Cour du roi Pétaud, lui ont valu d'être incarcéré pendant six mois. Cette expérience marque un tournant dans la vie de Daumier. Il réalise dès lors peu de caricatures politiques, excepté Le Ventre législatif, Rue Transnonain et la statuette de Ratapoil (1851-1852), modelée à l'image des partisans d'un régime méprisé par l'artiste. La loi du 29 août 1835 contre la liberté de la presse sonne le glas des caricatures et de la satire politique. L'artiste n'a plus d'autres choix que de dépeindre la société contemporaine, ses mœurs et ses attitudes et s'en donne à cœur joie. Le Charivari, journal fondé par Philipon en 1832, sera son terrain de jeu privilégié et sa plus belle galerie. Cette envie de dénoncer et de relater les évènements de la société lui vient de son expérience familiale et personnelle, tant il a eu l'occasion d'observer les comportements des avocats, des juges, des huissiers, des artistes maudits, des rebus de la société.... Honoré Daumier n'eut pas la célébrité financière nécessaire pour vivre de son œuvre, néanmoins l'histoire de l'art et le marché le considèrent comme l'un des plus grands dessinateurs et peintres de son époque. Les trois spectateurs sont trois observateurs concentrés et happés par le spectacle qu'ils ont en face des yeux. Les témoins d'une audience ? Les participants à un débat politique ? Les spectateurs d'une pièce de théâtre ou d'opéra ? Nul ne sait. Quoiqu'il en soit, le jeu des ombres et des lumières sur les visages, la mise en scène théâtralisée, les expressions des trois spectateurs, l'équilibre parfait de la composition, témoignent du génie caricaturiste et de la confiance du trait de Daumier. On y retrouve ce don extraordinaire de donner vie à un personnage avec une inclinaison des sourcils ou quelques plis sur un front. Les touches de couleur aquarellées appuient l'impression de contraste. Quand la maîtrise technique se marie à l'intensité, l'intelligence et la justesse du message, on peut parler de génie. As a draughtsman, illustrator, engraver, painter, sculptor and, above all, caricaturist of politicians and more generally of his compatriots, Honoré Daumier changed our perception of political and social caricature, and took a humorous swipe at the monarchy in power. In 1831 and 1832, the publication of two lithographs stigmatising the vices of Louis-Philippe's monarchy, Gargantua and La Cour du roi Pétaud, led to him being imprisoned for six months. This experience marked a turning point in Daumier's life. From then on, he did few political caricatures, except for Le Ventre législatif, Rue Transnonain and the statuette of Ratapoil (1851-1852), based on the image of a regime that the artist despised. The law passed on the 29th of August 1835 against press freedom sounded the death knell for caricatures and political satire. The artist now had no choice but to depict contemporary society, its mores and attitudes, and made the most out of it. Charivari, the newspaper founded by Philipon in 1832, was his favourite playground and his best gallery. His desire to denounce and report on events in society stemmed from his family and personal experience, as he had the opportunity to observe the behaviour of lawyers, judges, bailiffs, cursed artists and the scum of society.... Honoré Daumier did not achieve the financial fame needed to make a living from his work, but art history and the market nevertheless consider him to be one of the greatest cartoonists and painters of his time. The Three spectators are three concentrated observers caught up in the spectacle before their eyes. Witnesses to a hearing? Taking part in a political debate? Watching a play or an opera? No one knows. In any case, the play of light and shadow on the faces, the theatrical setting, the expressions of the three spectators, the perfect balance of the composition, all testify of Daumier's genius as a caricaturist and of the confidence of his brushstrokes. It shows his extraordinary gift for bringing a character to life, with a tilt of the eyebrows or a few creases in the forehead. The different touches of watercolour add to the general contrast of light and shades. When technical mastery combines with the intensity, intelligence and accuracy of the message, we can call it genius.
Catalog
12/07/2023
Offered by BONHAMS CORNETTE DE SAINT CYR
Lot no. 8
8. * HONORE DAUMIER (1818-1879) Le boucher (The butcher) signé avec les initiales de l'artiste 'h.D' (en bas à gauche) encre et lavis d'encre et fusain sur papier Exécuté entre 1850 - 1860 signed with the artist's initials 'h.D' (lower left) Ink and wash and charcoal on paper Executed between 1850 - 1860 33 x 22 cm. 13 x 8 11/16 in. Le Comité Daumier a confirmé l'authenticité de cette œuvre, celle-ci sera incluse dans le supplément du Catalogue Raisonné de l'Œuvre de Daumier par K.E. Maison, actuellement en préparation par le Comité Daumier. Provenance Collection particulière. Vente, hotel Drouot, Paris, 10 décembre 1981, lot 17. Vente, Ader Tajan, Paris, 24 novembre 1988, lot 1. Vente, Christie's, New York, 8 mai 2003, lot 116. Collection Jose Mugrabi, New York. Collection particulière, Royaume-Uni. Exposition Francfort, Städel Museum ; New York, The Metropolitan Museum of Art, Daumier Drawing, 1992-1993, no. 56, illustré p. 148. Grâce à la découverte par un groupe de scientifiques français dirigé par Louis Pasteur, il fut établi à cette époque un lien entre les micro-organismes et la maladie. Les conditions épouvantables des boucheries parisiennes, et la menace de contagion bactérienne qu'elles représentaient pour la santé de la population urbaine, ont conduit à des appels généralisés en faveur d'une réforme du secteur. Lors de son observation de la société contemporaine face au sujet de l'hygiène, Honoré Daumier a regroupé, dans une série, douze lithographies intitulées Messieurs les bouchers, publiées dans le Charivari entre 1857 et 1858. Ces lithographies sont accompagnées d'arguments dépeignant la profession de boucher et condamnant toute la dureté et l'insalubrité du métier. Au même moment, Daumier exécute également une petite série d'aquarelles et de dessins qui se concentrent sur un seul boucher absorbé par son travail. Notre boucher fait partie de cette série. Cette scène dépeint avec précisions l'une des pratiques les plus décriées de l'époque, à savoir la découpe à même la rue. La tâche semble ardue et méticuleuse, ce qui rend encore plus humaine la condition de ce boucher, caricaturé à l'extrême dans le Charivari, concentré sur la découpe à effectuer. La perspective, et l'ombre envahissante de la scène font planner les commérages sur cette profession. Ce dessin est un exemple parfait de l'extraordinaire maîtrise technique de l'encre et du lavis de cet artiste exceptionnel, et de sa vision critique quasi photographique de la société contemporaine. Thanks to the discovery by a group of French scientists led by Louis Pasteur, a link was established at that time between micro-organisms and disease. The appalling conditions of Parisian butcheries, and the threat of bacterial contagion for the health of the urban population, led to widespread calls for reform in this sector. In his observations of contemporary society on the subject of hygiene, Honoré Daumier assembled a series of twelve lithographs entitled Messieurs les bouchers, published in Charivari between 1857 and 1858. These lithographs were accompanied by arguments depicting the profession of butcher and condemning the harshness and unhealthiness of the trade. At the same time, Daumier also produced a small series of watercolours and drawings focusing on a single butcher absorbed in his work. Our butcher is part of this series. This scene accurately depicts one of the most criticised practices of the time, namely butchering on the street. The task looks arduous and meticulous, which makes the butcher's condition even more human, as he is caricatured to the extreme in the Charivari, concentrating on his job. The perspective, and the intrusive shadows of the scene, cast a gloom over the gossip of this profession. This work is a perfect example of the exceptional technical skills of the artist in ink and wash, and of his almost photographic critical vision of society.
Catalog
12/07/2023
Offered by BONHAMS CORNETTE DE SAINT CYR
Lot no. 10
10. 10AR GEORGES ROUAULT (1871-1958) Paysage au bosquet deux cachets de l'atelier de l'artiste (au revers) huile, gouache et encre sur papier marouflé sur toile Peint circa 1929 - 1939 stamped twice with the artist atelier stamp (on reverse) oil, gouache and ink on paper laid on canvas Painted circa 1929 - 1939 74.5 x 104 cm. 29 5/16 x 40 15/16 in. Provenance Atelier de l'artiste. Puis par descendance au propriétaire actuel. Expositions Bâle, Galerie Beyeler, Georges Rouault Visionnaire, septembre-novembre 1971, illustré no. 21 et illustré en couverture). Cologne, Baukunst, Georges Rouault, Ölbilder und Gouachen der Jahre 1897 bis 1956 druckgraphik, janvier-mars 1972, no. 20. Tokyo, Musée des Beaux-Arts; Gifu, Musée préfectoral; Shizuoka, Musée préfectoral et Yamagata, Musée des Beaux-Arts, Rétrospective Georges Rouault, octobre 1998-mai 1999, no. 61, illustré p. 107. Paris; Tokyo et Osaka, Galerie Tamenaga, Georges Rouault, novembre 2007-mai 2008, p. 64, no. 26. Saint-Tropez, Musée de l'Annonciade, George Rouault, Paysages, juillet-octobre 2009, p. 120, illustré pl. 66. Troyes, Musée d'art moderne, George Rouault, Paysages, novembre 2009-février 2010. Saragosse, Ibercaja Patio de la Infanta, Georges Rouault, janvier-avril 2011, p. 31. Bibliographie Olivier Nouaille, Olivier Rouault, Rouault : L'Oeuvre Peint, Paris, 2021, Vol.3, no. 3579, illustré p. 165. Bonheur où est-il ? Prendre le temps de regarder le ciel s'éclaircir ou bien se culotter en avril sentir l'aubépine le croire encore au cœur du plus cruel hiver Poème de Georges Rouault, Paysages Légendaires, Paris, Éditions Porteret, 1929 L'œuvre de Georges Rouault s'étend sur plusieurs décennies, couvrant divers mouvements artistiques. Dans sa jeunesse, Rouault était affilié aux Fauves, puis a évolué vers un style plus sombre et expressif, inclassable. L'amitié et l'admiration de Georges Rouault pour Gustave Moreau, qui fut son maître et son mentor jusqu'à sa mort, et la profondeur de sa foi chrétienne, ont fortement influencé sa vision et son art. Il a produit de nombreuses œuvres religieuses, souvent poignantes et chargées d'émotion. Rouault avait l'étoffe et la destinée d'un des grands rénovateurs de l'art. Sa technique si particulière, caractérisée par des contours marqués, et sa palette chromatique expressive, accentuent la dimension émotionnelle et mystique de ses œuvres au service des thématiques religieuses ou sociales. Son trait, rapide et assuré, texturise des compositions riches et mystérieuses, parfois « légendaires ». « A mon sens, vous pouvez arriver à ce qui n'a plus été fait depuis bien longtemps : le paysage religieux. [...] le paysage mystique, pas un peintre n'a réussi depuis des siècles ; depuis Rembrandt. » André Suares critique, ami de Rouault "Happiness, where is it? Take the time to watch the sky clear or boldly face April, feel the hawthorn, still believe it's at the heart of the cruelest winter." Poem by Georges Rouault, Legendary Landscapes, Paris, Porteret Editions, 1929 Georges Rouault's work spans several decades, covering various artistic movements. In his youth, Rouault was affiliated with the Fauves, then evolved towards a style that is darker and more expressive, defying classification. Georges Rouault's friendship and admiration for Gustave Moreau, who was his master and mentor until his death, and the depth of his Christian faith, strongly influenced his vision and art. He produced numerous religious works, often poignant and laden with emotion. Rouault had the stature and destiny of one of the great renovators of art. His distinctive technique, characterized by bold outlines, and his expressive chromatic palette accentuate the emotional and mystical dimension of his works serving religious or social themes. His swift and confident stroke textures rich and mysterious compositions, sometimes considered 'legendary.' "In my opinion, you can achieve what hasn't been done in a long time: religious landscape... But the mystical landscape, no painter has succeeded for centuries; since Rembrandt." André Suares, critic, friend of Rouault
Catalog
12/07/2023
Offered by BONHAMS CORNETTE DE SAINT CYR
Lot no. 24
24. 24AR JOAN MIRÓ (1893-1983) Le lézard aux plumes d'or signé, inscrit, dédicacé et daté 'Le lézard aux plumes d'or. 20/VI/71. à mon ami Louis Broder, cordial souvenir de Joan Miro' (en bas au centre) et daté à nouveau '2/VI/69' (en bas à gauche) gouache, encre et crayon sur papier Exécuté le 2 juin 1969 signed, inscribed, dedicated and dated 'Le lézard aux plumes d'or. 20/VI/71. à mon ami Louis Broder, cordial souvenir de Joan Miro' (lower centre) and further dated '2/VI/69' (lower left) gouache, ink and pencil on paper Executed on 2 June 1969 66 x 50.5cm (26 x 19 7/8in). L'authenticité de cette oeuvre a été confirmée par le comité ADOM. Provenance Collection particulière, France. Collection particulière, France (acquis auprès de celle-ci). Cette gouache est l'oeuvre originale qui fut reproduite en lithographie pour l'affiche de l'exposition Joan Miró à la galerie Berggruen de Paris, du 23 novembre au 31 décembre 1971, à l'occasion de la sortie du livre Le Lézard aux plumes d'or, publié par Louis Broder. L'artiste y illustrait ses propres poèmes, publiés pour la première fois sous le titre Jeux poétiques dans la revue Cahiers d'art (1945-1946, numéro unique), ici remaniés et fondus en seul long poème. L'amitié entre Joan Miró et Louis Broder dura jusqu'à la mort de ce dernier. Cette oeuvre fut la dernière collaboration de l'artiste et de l'éditeur, qui avaient travaillé ensemble à de nombreuses reprises : Un poème dans chaque livre de Paul Eluard en 1956, La Bague d'aurore de René Crevel en 1957, Nous avons de René Char en 1959 et Feuilles éparses de René Crevel en 1965. Ils eurent en outre d'autres projets non aboutis, comme celui d'une édition illustrée des aphorismes de Marcel Duchamp Le titre de l'œuvre évoque le serpent à plumes de l'Amérique précolombienne, divinité rattachée à la fois à la terre et au ciel. Il s'agit ici en réalité d'un lézard, dont les plumes sont d'or. La composition de cette gouache d'un format impressionnant s'organise autour d'une forme tracée à l'encre de Chine, légèrement anthropomorphe, plaquée sur un fond rouge, avec en son centre un cercle gris enluminé de bleu, de jaune, et orné d'une arabesque évoquant un visage. Dans le bas de l'œuvre viennent s'encastrer des formes bleues et vertes, et tout autour de nouvelle arabesques et étoiles. Le graphisme du titre prolonge ces arabesques pour faire partie intégrante de la composition. Cette gouache originale présente de menues différences par rapport à l'affiche imprimée. Outre son importance historique, cette composition éclatante de couleurs, et parfaitement équilibrée, allie force et légèreté dansante, et est un parfait exemple de la maitrise du trait et de la créativité de Joan Miro, qui en ont fait un des plus grands artistes du XXème siècle. This gouache is the original work that was reproduced as a lithograph for the poster of the Joan Miró exhibition at the Berggruen gallery in Paris, from November 23rd to December 31st, 1971, to coincide with the publication of the book Le Lézard aux plumes d'or, published by Louis Broder. In this publication, the artist illustrated his own poems, first published under the title Jeux poétiques in the magazine Cahiers d'art (1945-1946, single issue), here reworked and merged into a single long poem. The friendship between Joan Miró and Louis Broder lasted until the latter's death. This work was the last collaboration between the artist and the publisher, who had worked together on numerous occasions: Un poème dans chaque livre by Paul Eluard in 1956, La Bague d'aurore by René Crevel in 1957, Nous avons by René Char in 1959 and Feuilles éparses by René Crevel in 1965. They also had other unfinished projects, such as an illustrated edition of Marcel Duchamp's aphorisms. The title of the work evokes the feathered serpent of pre-Columbian America, a divinity linked to both earth and sky. However, it is here a golden-feathered lizard. The composition of this impressively large gouache is organised around a slightly anthropomorphic form drawn in Indian ink, set against a red background, with a grey circle at its centre, illuminated in blue and yellow and adorned with an arabesque evoking a face. At the bottom of the work are blue and green shapes, surrounded by new arabesques and stars. The scripted nature of the title extends from these arabesque lines, forming an integral part of the composition. Besides its historical importance, this vibrant and perfectly balanced composition combines strength and dancing lightness. It is a perfect example of Joan Miró's mastery of the line and of his creativity, which made him one of the greatest artists of the 20th century.
Catalog
12/07/2023
Offered by BONHAMS CORNETTE DE SAINT CYR
Lot no. 40
40. 40AR RAOUL DUFY (1877-1953) Nature morte aux fruits cachet de l'atelier de l'artiste (en bas à droite) aquarelle, gouache et fusain sur papier stamped with artist's atelier stamp (lower right) watercolour, gouache and charcoal on paper 39.5 x 56 cm. 15 9/16 x 22 1/16 in. L'authenticité de cette œuvre a été confirmée par Madame Fanny Guillon-Laffaille et Monsieur David Guillon. Provenance Collection particulière, France. Collection particulière, France (acquis auprès de celle-ci). Raoul Dufy a apporté une contribution significative au monde de la mode et des textiles à travers ses collaborations avec des maisons de couture renommées. A partir de 1905, Dufy chercha à transposer depuis la peinture, son esthétique à différents supports. Il élargit alors son éventail de techniques avec une maîtrise virtuose : gravure, illustration, céramique, décors de théâtre, décorations murales, tapisserie, ou encore textile, soulignant un attrait particulier pour les arts décoratifs. A ce titre, la création textile constitua une partie importante dans sa production artistique qui fut marquée par des collaborations prestigieuses avec le célèbre couturier Paul Poiret et avec la maison de soierie Bianchini-Férier. C'est à partir de 1910 que Paul Poiret et Raoul Dufy s'associèrent et fondèrent ensemble « La petite Usine », un modeste atelier artisanal boulevard de Clichy où l'artiste réalisait l'ensemble des étapes de la création : le dessin, la gravure sur bois puis l'impression sur tissu. Cette collaboration fut un tremplin pour Dufy qui poursuivit ses créations textiles à l'échelle industrielle avec la manufacture Bianchini-Férier. Il s'exprima « Me voilà donc amené à la décoration et à la mode, non par délassement ou par amusement mais pour une expérience sérieuse. Que d'échos cette période de ma vie ne réveille-t-elle pas en moi ! Grâce à Poiret et à Bianchini-Férier, j'ai pu réaliser cette relation de l'art et de la décoration, surtout montrer que la décoration et la peinture se désaltèrent à la même source. » Ses motifs floraux aux couleurs audacieuses transposées sur des tissus imprimés, contribuèrent à la création de textiles luxueux et élégants. Le style de Dufy, reconnaissable à ses couleurs vives, ses lignes fluides et des motifs inspirés de la nature, a été particulièrement bien adapté au monde de la mode. Ses œuvres ont été intégrées dans la conception de robes, foulards et accessoires, marquant une influence artistique dans ce domaine. Son esthétique joyeuse, vibrante et sa capacité à capturer le mouvement ont ajouté une dimension artistique aux vêtements et aux textiles, faisant de lui un artiste prisé dans le contexte de la haute couture. Raoul Dufy made a significant contribution to the world of fashion and textiles through his collaborations with renowned couture houses. Starting from 1905, Dufy sought to translate his aesthetic from painting to various mediums. He expanded his range of techniques with virtuoso mastery, including engraving, illustration, ceramics, theatre set design, murals, tapestries, and textiles, emphasising a particular attraction to decorative arts. In this regard, textile creation played a significant role in his artistic production, marked by prestigious collaborations with the famous fashion designer Paul Poiret and the silk house Bianchini-Férier. It was from 1910 that Paul Poiret and Raoul Dufy partnered and together founded "La petite Usine", a modest artisan workshop on Boulevard de Clichy where the artist carried out all stages of creation: drawing, wood engraving, and fabric printing. This collaboration served as a stepping stone for Dufy, who continued his textile creations on an industrial scale with the Bianchini-Férier manufacture. In his own words: "So here I am led to decoration and fashion, not for relaxation or amusement, but for a serious experience. What echoes this period of my life awakens in me! Thanks to Poiret and Bianchini-Férier, I was able to realise this connection between art and decoration, especially to show that decoration and painting draw from the same source." His bold, colourful floral motifs transposed onto printed fabrics contributed to the creation of luxurious and elegant textiles. Dufy's recognisable style, characterised by vibrant colours, fluid lines, and nature-inspired motifs, was particularly well-suited to the world of fashion. His works were integrated into the design of dresses, scarves, and accessories, marking an artistic influence in this field. His joyful, vibrant aesthetic and ability to capture movement added an artistic dimension to clothing and textiles, making him a sought-after artist in the context of haute couture.
Catalog
12/07/2023
Offered by BONHAMS CORNETTE DE SAINT CYR