Lot no. 4
4. 4AR LÉONARD TSUGUHARU FOUJITA (1886-1968)
Autoportrait au chat
signé, daté 'Foujita 1928' et signé en japonais (au centre à droite) ; signé, daté 'Foujita 1928', signé et situé 'Paris' en japonais (sur le châssis au revers)
huile sur toile
Peint en 1928
signed, dated 'Foujita 1928' and signed in Japanese (right centre) ; signed, dated 'Foujita 1928', signed and located 'Paris' in Japanese (on the stretcher on reverse)
oil on canvas
Painted in 1928
34.7 x 27.2 cm.
13 11/16 x 10 11/16 in.
L'authenticité de cette œuvre a été confirmée par Madame Sylvie Buisson et Monsieur Casimir Buisson.
Provenance
Collection particulière.
Collection particulière (par descendance).
Vente, Bukowskis, Stockholm, 27 avril 2009, lot 249.
Collection particulière, Suède (acquis dans cette vente).
Dans la tradition de la grande peinture classique représentée par Chardin, Rembrandt, Delacroix, Courbet et bien d'autres qui présentèrent à leurs mécènes et aux Salons officiels leur propre image peinte - images signatures -, le Japonais Foujita présente de la même manière sa peinture en même temps que lui-même.
Le jeu constant qu'il installe entre son image et sa présentation au monde est une chose déjà largement pratiquée avant lui, mais il innove en la modernisant, en se l'appropriant. Les lunettes, les sourcils, les boucles d'oreilles, les oreilles elles-mêmes, se parlent et se répondent, objets faits de rondeurs et de courbes que celles de son chat tigré reprend à l'arrière, l'homme et l'animal ne faisant plus qu'un seul être bicéphale étonnamment majestueux et complexe, se découpant sur un fond blanc travaillé tout en nuances ivoirines, la chemise s'y intégrant parfaitement.
Le peintre aime les femmes, leur douceur, leur corps rose pâle et ivoire. Il aime aussi les chats, ces animaux soyeux et souples auxquels la tradition japonaise confère des attributs féminins. Et lui-même, excessivement féminin, raffiné, s'accorde avec ce monde préféré, avec le chat qui parle au spectateur sur un plan émotionnel et ne laisse personne indifférent. L'œil tombe ici sur une situation qui est un moment privilégié, privé, volé à l'intimité de l'atelier. Offert par le peintre face au miroir, une cigarette à la bouche, vêtu d'une chemise à col ouvert, les bras hors du cadre, le peintre qui voit son chat s'installer derrière lui.
L'animal a fait irruption, les yeux écarquillés. Comme par magie.
Magique apparition. Connivence absolue tandis que le maître reste parfaitement impassible, regardant en direction du spectateur.
Le petit félin est le compagnon idéal, à la fois indépendant et affectueux.
Il incarne l'âme de l'atelier, la perfection naturelle, sans artifice, il est de ce fait le seul être vivant autorisé à le voir travailler.
Le coup de pinceau est exact, pur, précis, sans repentir, et le maniement de la brosse qui l'entoure, duveteuse.
L'ensemble des nuances font paraître la fourrure du chat extrêmement douce. Le textile de la chemise vaporeux. Douceur et précision que l'on retrouve aussi dans la façon dont Foujita peint sa propre frange, traçant ses cheveux un à un, les rangeant côte à côte comme avec son peigne. C'est une réelle recherche de perfection qui apparaît là, qui sied et ressemble à Foujita lui-même en ce jour de 1928, année surchargée de grandes commandes et d'expositions, sans doute l'une des plus intenses de sa vie d'artiste atteignant la gloire et le succès à Paris.
Et pourtant, il veut donner de lui une image sereine, reposée.
Si l'image était un son, ce serait une suite de soupirs, un enchainement de petites notes de contentement, une fugue mélodieuse.
C'est dans ce paradoxe, cette décontraction qui fait fi de la fatigue, que Foujita vit alors au cœur de Montparnasse, des Années Folles.
Sa grande prétention est d'atteindre chaque jour à la beauté et à l'harmonie.
Pour cela, il lui faut abstraire tout stress, toutes nuisances.
Le mariage que sa peinture fait entre l'Orient et l'Occident est le secret de cette réussite. Donner de lui l'image sereine du bonheur et de la réussite en revenant toujours à l'essentiel.
Rappelons que le prénom de Foujita Tsugu haru signifiant, garant de la paix, héritier de la paix, le chat doux, pacifique, sans défense, est le moyen le mieux choisi pour le dire.
L'homme et son animal ont des yeux qui transpercent le monde, et le dominent, garants de la paix, à la recherche de la paix absolue. Tout concourt dans cet autoportrait, la pureté de la ligne, de la couleur et de la composition, pour le dire.
Sylvie Buisson, rédactrice du Catalogue Général Raisonné de l'Œuvre de Foujita avec Casimir Buisson, biographe de Foujita.
In the tradition of great classical painting represented by Chardin, Rembrandt, Delacroix, Courbet and many others who presented self-portraits, as signature images, both to their patrons and in official Salons, the Japanese artist Foujita likewise unveils his own image within the presentation of his painting.
His constant exploration of interplay between his image and its presentation to the world is not without ample precedent, yet he innovates through a modernizing approach to the practice, making it his own. The glasses, eyebrows, earrings, and even ears are in a dialogue, round and curving objects echoed by his tabby cat in the background, man and creature morphing into one remarkably majestic and complex bicephalous being, standing out from a white background of nuanced ivory tones, in which his shirt blends in seamlessly.
The painter loves women, their gentleness, their pale rose and ivory bodies. He also loves cats, those silky and supple animals to which Japanese tradition attributes feminine qualities. He himself, excessively feminine, refined, harmonizes with this finer world, in which the cat resonates with the viewer on an emotional level, leaving no-one indifferent. Here, our eye falls on a situation that is a special, private moment snatched from the intimacy of the studio. Offered to the observer by the painter, himself facing the mirror, cigarette in his mouth, dressed in an open-collared shirt, arms outside the frame, the painter watches as his cat settles behind him. The animal bursts in, eyes wide open. As if by magic. A magical apparition. Absolute complicity while the master remains perfectly impassive, looking towards the viewer. The small feline is the ideal companion, both independent and affectionate. It embodies the soul of the studio, natural perfection, without artifice, and is thus the only living being allowed to see him work. The brushstroke is exact, pure, precise, without remorse, and the use of the brush, velvety. The range of nuances lends an exceptional quality of softness to the cat's pelage, and of flimsiness to the shirt. Softness alongside precision that we also find in Foujita's depiction of his own fringe, tracing individually each hair, organizing them side by side as under his comb. It is a true pursuit of perfection that appears there, which resembles Foujita himself on that day of 1928, a year overloaded with major commissions and exhibitions, undoubtedly one of the most intense years of his artistic life, attaining fame and glory in Paris. And yet, he wants to present an image of himself that is serene, well-rested. If this image were a sound, it would be a series of sighs, a sequence of small notes of contentment, a melodic fugue. It is within this paradox, this relaxation that defies fatigue, in which Foujita lives in the heart of Montparnasse during the Roaring Twenties.
His great ambition is to achieve beauty and harmony every day. For this, he must ignore any stress, any disturbances. The fusion of his painting between East and West is the key to this success. It gives of himself a serene image of happiness and energy, by returning to the essential. Bearing in mind the meaning of Foujita's first name, Tsugu haru, as patron and heir of peace, the gentle, peaceful, defenceless cat is the ideal expression of this. Man and his creature have eyes that pierce the world and dominate it, defenders of pacificism, in search of absolute peace. In this self-portrait, everything contributes, the purity of line, of colour, and of composition, to express this.
Sylvie Buisson, editor of the General Catalog Raisonné of Foujita's Work with Casimir Buisson, biographer of Foujita.